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1793. L’année aura imposé à Victor Hugo un titre iconique. C’est dire à quel point la geste révolutionnaire est ancrée dans le roman de l’histoire. Après que la Convention nationale a guillotiné Louis XVI en janvier 1793, entraînant la France dans une guerre avec les grandes monarchies européennes, la Révolution se radicalise sous l’égide des montagnards qui centralisent le pouvoir à Paris et liquident les ennemis intérieurs.
Au-delà de la très sombre image que les années de la Terreur laissent dans notre esprit, elles sont aussi celles de l’avènement d’un temps nouveau. Avec la proclamation de la République le 10 août 1792, un calendrier républicain fondé sur la nature et le système décimal est mis en place. Cette « révolution » de la mesure aura plus de succès dans le système métrique, héritage direct de l’époque. Le peuple français, et parisien en particulier, s’approprie un espace public animé de grandes manifestations festives et théâtrales. Voici une autre ambivalence de l’an II, et non des moindres : le vandalisme qui y a cours sera à l’origine des premières politiques de défense du patrimoine. À la main de fer de la Convention contrastes la conquête de libertés nouvelles, avec en particulier l’abolition de l’esclavage en février 1794.
Ce sont tous ces paradoxes d’une époque de mutations qui sont présentés au musée Carnavalet, où les peintures, sculptures et maquettes côtoient les archives et objets de l’époque, d’une lame de guillotine à la fameuse carmagnole. Voici six images issues de cet accrochage entre ombre et lumière.
Anonyme, d’après Jacques Louis David, Marat Assassiné (copie d’atelier), entre juillet et novembre 1793
Huile sur toile • 157 × 135 cm • Coll. Château de Versailles et Trianon • Photo Thierry Olivier
Si l’original est resté à Bruxelles, Marat assassiné de Jacques-Louis David est présenté sous la forme de sa copie conservée à Versailles. Montagnard, membre du Comité de sûreté générale, le peintre néoclassique (1748–1825) a tenu à voir de ses yeux le cadavre déjà en décomposition de son ami, poignardé par la contre-révolutionnaire Charlotte Corday alors qu’il prenait son bain. Dans la peinture, David atténue l’horreur pour présenter un Marat digne dans un espace dépouillé, avec une maestria redevable à Caravage. Si le catholicisme n’est plus en grâce à Paris, le peintre en reprend les codes iconographiques pour faire du révolutionnaire un Christ profane.
Jean-Baptiste Lesueur, Sans-culottes en armes, entre 1793 et 1794
Gouache • 36 × 53,5 cm • Coll. musée Carnavalet – Histoire de Paris • CC0 Paris Musées Collection
Le citoyen est un homme nouveau qui porte même un nom : le sans-culotte. C’est une façon pour les gens du commun de se distinguer des aristocrates aux vestes ouvragées et aux culottes précieuses. Le véritable révolutionnaire vient du peuple et porte un habit simple : le pantalon ample de travail et la carmagnole, cette veste rouge courte qui doit son nom au chant révolutionnaire. Sorti de l’oubli à la fin du XXe siècle, Jean-Baptiste Lesueur (1749–1826) a méticuleusement chroniqué les événements parisiens de la Révolution à l’Empire dans une série de gouaches sur carton découpées au trait volontiers grotesque.
Pierre-Antoine Demachy, Une Exécution capitale, place de la Révolution, vers 1793
Huile sur papier marouflé sur toile • 37 × 53,5 cm • Coll. musée Carnavalet – Histoire de Paris • CC0 Paris Musées Collection
Sur la place de la Révolution (actuelle place de la Concorde), la statue de la Liberté de François-Frédéric Lemot n’est pas seulement témoin des fêtes républicaines, mais aussi de la marche macabre de la guillotine, laquelle n’attire pas moins de monde et demeure le symbole de la Terreur. Après Louis XVI et Marie-Antoinette, « le poignard des Patriotes » écourtera d’une tête les girondins, les hébertistes, puis Danton et ses quatorze codétenus, et enfin, Robespierre le 28 juillet 1794. On estime que, durant la Terreur, 2 700 têtes auraient roulé dans le grand panier, dont la moitié entre le 10 juin et le 27 juillet 1794… Scrutateur de la Commune générale des arts, Pierre-Antoine Demachy (1723–1807) immortalise sur ses toiles les faits marquants de la République naissante.
Nicolas-Henri Jeaurat de Bertry, Allégorie révolutionnaire, 1794
Huile sur carton • 57,5 × 43 cm • Coll. musée Carnavalet – Histoire de Paris • CC0 Paris Musées Collection
Du coq à la guillotine, du sans-culotte au canon, sans oublier bien sûr le drapeau national, cette allégorie réunit tous les symboles des deux premières années de la République. À côté d’un jeune olivier placardé du mot « Liberté », un faisceau de lances surmonté d’une couronne civique et d’un bonnet phrygien se dresse vers un portrait de Jean-Jacques Rousseau, philosophe des Lumières et pionnier revendiqué par les acteurs de la Révolution. En revanche, on ne voit pas de contemporains. Le tableau final offert par Nicolas Henri Jeaurat de Bertry (1728–1796) à la Convention comprenait pourtant selon les descriptions des portraits de Marat et Lepeletier, autre « martyr » révolutionnaire, dans les cieux. En 2024, un examen de réflectographie démontre qu’un repeint a été effectué pour cacher ces figures en disgrâce : même après la mort, les têtes doivent tomber !
Nanine Vallain, La Liberté, 1794
Huile sur toile • 128 × 97 cm • Coll. musée de la Révolution française, Vizille
Perçue, pour des raisons objectives, comme l’une des périodes les plus sombres de notre histoire, la période 1793–1794 voit aussi l’avancée des droits, avec, pour la liberté, la première abolition de l’esclavage, et, pour l’égalité, l’accès des femmes au statut de citoyennes. La Révolution reste une aventure viriliste, mais il est vrai que les femmes n’y sont pas tout à fait laissées sur le côté. Si ce recours à l’allégorie peut dénoter un usage attendu de la figure féminine, La Liberté a le mérite d’être l’œuvre d’une femme, Nanine Vallain (1767–1815), qui l’a destinée vraisemblablement au Club des jacobins.
Florent Grouazel et Younn Locard, Construction d’un arc de triomphe en l’honneur des dames de la Halle pour la fête du 10 août 1793, 2024
Dessin réalisé pour l’exposition
Le parcours est accompagné, tout le long, des visions contemporaines de Florent Grouazel et Younn Locard (nés en 1987 et 1984), à l’encre et à l’aquarelle sur papier. Les deux auteurs de la bande dessinée Révolution (publiée aux éditions Actes Sud) proposent dans leurs dessins inédits des images vivantes et réalistes du quotidien des années 1793–1794 à Paris, avec ici l’une des stations de la fête de l’Unité et de la Réunion le 10 août 1793 où un arc de triomphe éphémère est érigé, boulevard Poissonnière, en l’honneur des « Dames des Halles », qui la nuit du 5 au 6 octobre 1789 ont marché jusqu’à Versailles depuis Paris pour réclamer du pain au roi et à la reine.
Paris 1793-1794. Une année révolutionnaire
Musée Carnavalet
Du 16 octobre 2024 au 16 février 2025
Adresse : 23 Rue de Sévigné • 75003 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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