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Aboubakar Fofana, Ka touba Farafina yé (Bénédiction africaine), 2017
À voir à l’Université d’agriculture d’Athènes • Photo Stathis Mamalakis
C’est une première, et un acte politique fort : pour la première fois, la Documenta quitte son bercail de Kassel, en Allemagne, pour s’aventurer sur d’autres terres. Destination Athènes, donc, pour l’équipe de cette institution des institutions, qui crée l’événement tous les cinq ans dans le monde de l’art contemporain. Apprendre d’Athènes : tel est leur motto. Pour ce faire, une flopée de commissaires se sont installés dans la capitale grecque, s’inspirant de sa stratégie de survie en pleine crise économique autant que de son passé. De Diogène à la crise des réfugiés, mille fils sont tissés avec le territoire, malgré les critiques acerbes qu’ont pu adresser les Hellènes au projet venu d’Allemagne, leur ennemi juré. Plutôt qu’une exposition, c’est une polyphonie qui envahit la ville, impossible à résumer en quelques lignes.
C’est en visitant les petits lieux, parmi la cinquantaine d’espaces investis, que l’on peut approcher au mieux la richesse du projet, que tente de résumer une vaste exposition au EMST, le grand musée d’art contemporain de la ville. À l’école polytechnique se dessine un hommage critique à la charte de l’architecture moderniste de Le Corbusier et consorts. Au musée d’archéologie du Pirée, les corps de performeurs se glissent entre les statues antiques. Au conservatoire de musique, appelé Odeio, les auditoriums abandonnés en semi-ruine revivent sous le CAC 40 en cantate par Emeka Ogboh, mis en tension avec les paysages peints en grisaille par Edi Hila. Venus d’Albanie, du Nigeria comme de l’Inde, souvent passés sous les radars, les artistes invités composent une chorale chargée des tragédies du monde et pourtant traversée en même temps d’une grande complexité conceptuelle. Pour se remettre de ce concert qui revendique de pouvoir virer au brouhaha, il est recommandé de s’arrêter enfin à l’école d’art, où une éclipse filmée magnifiquement par Amar Kanwar pose l’esprit et le regard, en point d’interrogation cosmique.
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