Mounir Ayache, L’Odyssée d’Hassam A-Wazzan, 2024
Diorama • © Fred Mauviel / Ville de Paris
Dans un sablier, en plein désert ou en bord de mer : les diverses particules du sable s’écoulent, s’agglomèrent ou se dispersent d’un coup de vent. C’est sous le signe de la versatilité, caractéristique de cette matière insaisissable, que six artistes ont été réunis au Carré de Baudouin dans le 20e arrondissement de Paris.
Intitulé « Des grains de sable », cet accrochage offre une pluralité d’œuvres (vidéo, céramique, installation, jeu vidéo…), et autant d’univers. Lauréats de la 5e édition du prix 1 % marché de l’art, ces jeunes talents ont bénéficié d’une bourse de la Ville de Paris et du Crédit municipal de Paris pour financer leur projet.
Quelques grains de sable suffisent à enrayer une machine. Avec Obstructions, Paul Heintz (né en 1989) réactive des actions de grèves ouvrières. Grâce à un phénoménal travail de recherche d’archives, l’artiste a identifié des « gestes d’obstructions passées » qu’il a regroupés dans un livret. À partir de cet inventaire, il a orchestré une chorégraphie au sein d’une usine avec un groupe de travailleurs et de danseurs, dont il tire un film passionnant.
Paul Heintz, Obstructions, 2024
Performance • © Fred Mauviel / Ville de Paris / © Adagp, Paris 2024
C’est un autre genre de collectif que nous propose de son côté Elsa Sahal (née en 1975) : une armée de vases en forme de corps de femmes, nommée Bonbon Moustache. Ces huit sculptures en terre et verre soufflé érigent à leur sommet des « fleurs-nichons », selon l’expression de l’artiste. L’origine de son œuvre réside dans une lecture qui l’a percutée : Les Guérillères de Monique Wittig (1969). Et une phrase en particulier : « les vases sont debout, les potiches ont attrapé des jambes. » De ces mots découlent des céramiques hybrides, à la fois solides et liquides, à l’image du corps féminin.
Comme le sable qui s’infiltre dans les moindres recoins, de multiples informations, malléables et invasives, circulent sans cesse autour de nous. L’effet des mots sur les individus et les sociétés : voilà ce qui intéresse la vidéaste argentine Liv Schulman (née en 1985). Avec Un Círculo que se fue rodando/La chica con el chicle en el zapato, elle présente un film qui met en scène une quarantaine de personnages dans les rues de Buenos Aires. Tous portent des t-shirts à slogans, et débattent en boucle de sujets économiques, politiques…
Elsa Sahal, Bonbon Moustache, 2024
Sculptures en terre et en verre réalisées en collaboration avec des maîtres-verriers • © Fred Mauviel / Ville de Paris / galerie Claudine Papillon, Paris / © Adagp, Paris 2024
Par contraste, l’œuvre qui suit paraît beaucoup plus silencieuse. Il s’agit d’une Maison d’éternité, signée Chloé Quenum (née en 1983), dont on peut voir le travail actuellement à la Biennale de Venise dans le pavillon du Bénin. Avec cette installation, elle a conçu une tombe faite de briques, dont l’intérieur est recouvert de divers objets (un appui-tête, un tapis de sol, une veste). Mais cette œuvre parle bel et bien : l’artiste a noirci de ses mots la surface du tombeau !
Prosper Legault (né en 1994), lui, est un chasseur de mots. Pour Souvenirs de Paris, il a déniché enseignes et néons dans les rues de la capitale afin de les assembler en patchwork. Ce qu’il aime ? « Quand le vernaculaire devient spectaculaire. » Venu du monde de l’artisanat, avant de passer par les Beaux-Arts de Paris, il se dit sensible aux pièces vintages des commerces à partir desquelles il crée sa propre grammaire.
Propser Legaut, Souvenir de Paris, 2024
Assemblage monumental d’anciennes enseignes parisiennes et de néons • © Fred Mauviel / Ville de Paris / © Adagp, Paris 2024 / Courtesy galerie Rutkowki 68
Changement de décor : direction l’Afrique du Nord au XXVIe siècle ! Dans un jeu vidéo interactif, Mounir Ayache (né en 1991) nous mène sur les traces de Hassan al-Wazzan dit « Léon l’Africain », diplomate et auteur du XVIe siècle téléporté 1 000 ans plus tard. Prolongement d’un travail développé à la Villa Médicis, L’Odyssée d’Hassan al-Wazzan propose une esthétique alternative à la science-fiction américaine, et interroge ainsi les représentations coloniales qui enferment le monde arabe dans son passé. « La science-fiction a l’air inoffensive et pourtant elle influence les scientifiques et donc la réalité », explique-t-il. Or, c’est bien connu, quelques grains de sable suffisent à bouleverser un système…
Des grains de sable
Du 12 octobre 2024 au 14 décembre 2024
Entrée et visite guidée gratuite
Du mardi au samedi de 11h à 18h
Le jeudi de 11h à 20h30
www.pavilloncarredebaudouin.fr
Pavillon Carré de Baudouin • 121 Rue de Ménilmontant • 75020 Paris
www.mairie20.paris.fr
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