Institut des Cultures d’Islam

Entre artisanat et art, dans les « cosmogrammes  » secrets de Sara Ouhaddou

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À l’Institut des Cultures d’Islam à Paris, l’artiste franco-marocaine Sara Ouhaddou croise magnifiquement art et artisanat dans une exposition qui nous dévoile les coulisses de sa pratique. Une œuvre généreuse et profonde, à découvrir et à partager en entrée libre.
Sara Ouhaddou, Halima, Moulay Bousselham
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Sara Ouhaddou, Halima, Moulay Bousselham, 2022-2024

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Photographie imprimée sur papier-peint, vitrail • 240 x 320 cm • © Sara Ouhaddou, Adagp Paris 2025 / Photo Jean-Christophe Lett

Dans les salles de l’Institut des Cultures d’Islam (ICI), des voix résonnent en langue amazighe. Tendons l’oreille : « Je cherche à ne pas oublier. À ne pas tout perdre. Ces choses-là, les gens croient qu’elles ne valent rien. Mais elles sont précieuses. Toi, tu le dis tout le temps. Elles nous relient. À nos mères, à nos terres, à nos gestes. À nous-même. »

Pour trouver sa voie, Sara Ouhaddou (née en 1986), invitée à l’ICI pour sa première exposition monographique, écoute perpétuellement les autres – dont, très souvent, sa mère : « Mon point de départ est de raconter des histoires. Je raconte des histoires et je demande à ce que l’on m’en raconte en retour. » Française d’origine marocaine, l’artiste vit et travaille entre la France et le Maroc. Diplômée de l’école Olivier-de-Serres, elle bâtit depuis plus de dix ans une œuvre à la croisée des mondes, de résidences prestigieuses (Cité internationale des arts, Villa Albertine) en expositions internationales (Centre Pompidou, Biennale de Marrakech).

Portrait de Sara Ouhaddou
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Portrait de Sara Ouhaddou

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© Ministère de la culture d’Arabie Saoudite

À la lisière de l’art et de l’artisanat, cette touche-à-tout emploie toute une palette de savoir-faire (céramique, verre, broderie…), qu’elle revisite et questionne en permanence à travers un dialogue nourri avec des artisanes et artisans du monde entier, du Maroc au Japon, en passant par le quartier parisien de la Goutte-d’Or.

Cartographie intime de la création

« Le processus fait partie intégrante de l’œuvre : sans lui, elle n’est pas complète, elle est inachevée. »

Comment les œuvres naissent-elles ? « Il n’y a pas de création possible sans les autres », répond l’artiste. Rares sont les expositions qui, à l’instar de cette mini-rétrospective placée sous le commissariat de Ludovic Delalande, nous dévoilent les coulisses de la création. Pour entrer dans l’esprit de Sara Ouhaddou, le parcours donne à admirer ses « cosmogrammes », un mot puisé dans le lexique de l’anthropologie qui a donné son titre au parcours présenté à l’ICI.

Sara Ouhaddou, Cosmogrammes (détail)
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Sara Ouhaddou, Cosmogrammes (détail), 2024

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Installation • Format variable • © Sara Ouhaddou, Adagp Paris 2025 / Photo Victoria Tomaschko, IFA Berlin

Aux murs, le regard picore d’immenses cartes mentales élaborées à chaque projet : ces « cosmogrammes » documentent le travail de terrain de la plasticienne, incluant des récits personnels, des souvenirs, des anecdotes, mais aussi des photographies, des images, du texte, des objets, des échantillons de matières, ou encore des éléments de contexte sociologique et politique. Ces outils quotidiens et essentiels, parfois tenus sur de longues années, Sara Ouhaddou les conserve habituellement dans son atelier. Exposés à l’ICI aux côtés des œuvres — broderies, vitraux, céramiques, bijoux —, ils rendent visibles la complexité des recherches et des récits qui sous-tendent chaque création : « Le processus fait partie intégrante de l’œuvre : sans lui, elle n’est pas complète, elle est inachevée », affirme l’artiste.

« Le principe de Sara Ouhaddou, observe Ludovic Delalande, dépasse la simple production artistique pour devenir une méthode, une manière d’être au monde. » Plutôt que d’imposer une vision, elle initie une conversation, souvent à partir d’éléments abstraits ou de maquettes en papier, sachant que la forme finale naîtra de l’échange. « L’œuvre prend alors forme en fonction de nombreux paramètres : les contraintes, les possibilités, les envies, les récits, et plus largement le contexte », abonde Sara Ouhaddou.

Dialogue, transmission et émancipation

Sara Ouhaddou, Il y en a toujours un dessus, il y en a toujours un dessous (détail)
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Sara Ouhaddou, Il y en a toujours un dessus, il y en a toujours un dessous (détail), 2024

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Métal, vitrail, perles en verre soufflé et perles en céramique • Format variable • © Sara Ouhaddou, Adagp Paris 2025 / Photo Younes Lagrouni, Galerie Polaris

De rencontres en partages, naissent des actes collectifs qui, en interrogeant les hiérarchies entre art et artisanat, peuvent servir d’outils d’émancipation. Sara Ouhaddou crée des « exercices » qui permettent non seulement de produire des œuvres, mais aussi d’ouvrir des voies vers l’autonomie et le développement économique pour les artisans avec lesquels elle collabore. Il y a par exemple cette expérience émancipatrice à Tétouan, où Sara Ouhaddou a rencontré des brodeuses : « Leur savoir-faire, destiné au trousseau de mariage, s’arrête après l’union ». À celles désirant continuer et développer une activité économique, l’artiste a lancé un défi : broder du caoutchouc, exercice justifiant l’introduction d’une machine numérique, pilotée par logiciel pour une production en série. Cette collaboration va guider des artisanes vers l’autonomie, à l’image d’Amina qui a depuis ouvert son propre atelier dans son garage.

Le langage de l’art

Cette œuvre généreuse se raconte également au travers d’un alphabet imaginaire, né en 2015. Fruit d’une réflexion sur sa propre identité et sa relation à la langue arabe – qu’elle ne parle pas –, ce système de signes visuels mêle motifs artisanaux et formes issues de l’architecture arabo-andalouse. « Ce n’est pas un alphabet que l’on peut lire, mais un langage que l’on doit déchiffrer, comme mes parents l’ont fait toute leur vie », confie-t-elle. En témoigne une installation de bazins brodés, issus d’une collaboration avec des artisans de la Goutte-d’Or, qui tapissent une salle de son exposition parisienne. Tisser ensemble reste la plus belle manière d’entrelacer les histoires.

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Cosmogrammes

Du 20 septembre 2025 au 15 février 2026

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