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Alberto Giacometti dans son atelier, 1951
Photographie en noir et blanc • © Michel Sima (D.R.) Archives Fondation Giacometti, ADAGP, Paris 2025
Il n’y a dans la collection du musée Cantini qu’une seule œuvre d’Alberto Giacometti (1901–1966) – une peinture, Portrait de Diego. Tête noire (1957). Alors, pour lui consacrer une exposition entière, la première de l’artiste suisse à Marseille, le musée a collaboré avec la fondation Giacometti, laquelle l’a accompagné avec son fonds extrêmement riche, mais aussi avec toute l’intelligence et la finesse qu’on lui connaît.
Le résultat, orchestré par trois commissaires (Inès de Bordas et Romain Perrin de la fondation Giacometti, et Louise Madinier du musée Cantini), est à ne pas manquer. Programmée jusqu’au 28 septembre prochain, cette rétrospective thématique s’organise autour de la question du vide chez Giacometti, mais prend tout de même le temps de raconter sa vie et de retracer sa trajectoire artistique, dès sa naissance en Suisse, dans le canton des Grisons.
Alberto Giacometti, Caroline, 1965
Huile sur toile • 130 × 89 cm • Coll. Fondation Giacometti, Paris • © Succession Alberto Giacometti ADAGP, Paris 2025
S’ouvrant sur son arrivée à Paris au début des années 1920 et ses premiers pas à la Grande Chaumière, le parcours s’attarde sur l’intérêt de l’artiste pour la statuaire de la Haute Antiquité, notamment égyptienne, et pour la simplification des volumes. Il évoque aussi ses premières expositions, et raconte son incursion chez les surréalistes – incursion seulement puisque Giacometti revient rapidement à la figuration et au travail d’après modèle.
De ses débuts à ses ultimes chefs-d’œuvre, c’est donc le vide qui est mis en lumière. Celui qui environne ses sculptures, et celui qui s’y intègre, aussi, comme lorsque Giacometti sculpte un cadre de métal autour d’une composition équilibriste (Boule suspendue, 1930), sans verre. Mis en évidence, l’air qui entoure les motifs de plâtre se regarde comme un élément constitutif de l’œuvre en volume, et fait comprendre l’importance sensuelle du vide.
Alberto Giacometti, Boule suspendue, 1930–1931
Plâtre, métal peint, ficelle • 60,6 × 35,6 × 36,1 cm • Coll. Fondation Giacometti, Paris • © Succession Alberto Giacometti ADAGP, Paris 2025
Car il suppose une attention aiguisée à l’infime, ce thème permet aussi de mieux observer l’allongement des formes, leurs textures granuleuses, la tension de fils de métal mise en scène comme une dramaturgie sculpturale (Fil tendu [fleur en danger], 1932). Mais aussi leurs ventres creux (Femme cuillère, 1927) qui évoquent les objets rituels anciens venus d’Afrique que l’artiste observe dans des expositions à Paris.
Alberto Giacometti, Femme cuillère, 1927
Plâtre • 146,5 × 51,6 × 21,5 cm • Coll. Fondation Giacometti, Paris • © Succession Alberto Giacometti ADAGP, Paris 2025
C’est aussi l’occasion d’apprécier le travail hors-norme de Giacometti sur le format, avec de toutes petites pièces, dont une micro-figurine sur un socle pas plus gros qu’un morceau de sucre (Toute petite figurine, 1937–1939).
Enfin, le parcours se termine sur une très belle conversation avec des œuvres extra-européennes issues des collections des musées de Marseille, évocation de l’ultime projet de livre-musée de l’artiste, qui écrivait en 1965 : « Tout l’art du passé, de toutes les époques, de toutes les civilisations, surgit devant moi, tout est simultané comme si l’espace prenait la place du temps. » Sans être exacte ni exhaustive, cette présentation poétique entend, selon les commissaires, « dessiner une cartographie imaginaire ». Une manière d’ouvrir Giacometti à de nouveaux dialogues.
Alberto Giacometti. Sculpter le vide
Du 6 juin 2025 au 28 septembre 2025
Musée Cantini • 19 Rue Grignan • 13006 Marseille
musees.marseille.fr
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