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Repérage

Fiac 2017 : nos artistes coups de cœur

Par et

Publié le , mis à jour le
Ils sont une dizaine à avoir attiré l’attention de la rédaction. Hommes, femmes, de tous âges et d’horizons variés, ils ont tous quelque chose en plus. À découvrir sans tarder.

1. István Nádler, le plus dissident

Champ de couleurs vives, alliance minimaliste de lignes courbes et droites, redoutable efficacité graphique… On pourrait croire à une peinture 100 % américaine, tendance hard edge. István Nádler est pourtant on ne peut plus hongrois. Né en 1938 à Visegrád, vivant aujourd’hui à Budapest, ce peintre prolifique est l’un des plus brillants représentants de l’avant-garde d’Europe centrale. Membre de groupes influents comme Iparterv ou Budapesti Műhely, il est collectionné par les plus grands musées, de la Nationalgalerie de Berlin au Guggenheim de New York. Mais qui le connaît en France ? La galerie Kisterem de Budapest lui consacre un solo show où sa peinture apparaît dans tout son éclat. Malgré le rideau de fer, Nádler est toujours parvenu à voyager, à s’inspirer de ses pairs européens et américains et à défier l’interdiction de l’art abstrait posée par le régime autoritaire de son pays jusqu’en 1989. Entre op’art et art concret, ses toiles vives affolent la rétine. Notamment celles des années 1960 et 1970, qui peuvent rivaliser sans rougir avec les grands de l’abstraction géométrique. La Mittel Europa a encore des trésors à dévoiler ! E.L.

István Nádler, Vence
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István Nádler, Vence, 1970

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Acrylique sur toile • 110 × 80 cm • Photo Miklós Sulyok. Courtesy István Nádler & Kisterem, Budapest

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Galerie Kisterem, Budapest

2. Christian Hidaka, le plus extravagant

Quel étrange univers ! Loin de toutes les modes, Christian Hidaka peint sur un fil : celui qui relie la peinture métaphysique d’un Chirico aux paysages des lettrés chinois, tout en faisant un détour par les troubadours du Moyen Âge ou les arlequins d’un Watteau. Aux pieds de cet artiste funambule, un gouffre : la peinture Renaissance en vertigineux fond de toile. Et pourtant c’est bien aujourd’hui qui s’exprime à travers les œuvres singulières de ce quadra londonien d’origine japonaise. À la fois électrique et hyperréaliste, géométrique et orientalisant, son monde évoque mille souvenirs, des miniatures persanes aux jeux vidéo. Entre perspective classique à l’italienne et absence de point de fuite à l’asiatique, l’artiste nous perd dans ses labyrinthes emplis des fantômes de l’histoire de l’art, imperturbables comme s’ils savaient où aller. Le tout dans des teintes extravagantes, qui font définitivement perdre la boule à ce petit théâtre du monde. E.L.

Christian Hidaka, Dancer On A Stage
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Christian Hidaka, Dancer On A Stage, 2017

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Huile et tempera sur toile de lin • 210 × 150 cm • © Michel Rein. Courtesy Christian Hidaka & galerie Michel Rein, Paris-Bruxelles

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Galerie Michel Rein, Paris-Bruxelles

3. Thu Van Tran, la plus intemporelle

Son installation pour l’actuelle biennale de Venise est des plus remarquées. On s’en réjouit ! Tout comme de voir Thu Van Tran à l’honneur à la Fiac. Présente avec des photographies évoquant les ravages de l’agent orange déversé par l’armée américaine sur la forêt tropicale du Viêtnam, la plasticienne française, née à Ho Chi Minh Ville en 1979, développe aussi un travail autour de l’Exposition coloniale de 1931, à Paris. Le Monument à la gloire de l’expansion coloniale française, groupe statuaire qui trônait devant le musée des Colonies (aujourd’hui musée de l’Histoire de l’immigration), a retenu son attention. Rongé par les champignons et les mousses, il est aujourd’hui déposé dans le jardin tropical de Nogent-sur-Marne : ruine-parabole du déclin de l’Empire français. L’artiste évoque cette histoire à travers des moulages, mais aussi des photographies noir & blanc. E.L.

Thu Van Tran, From Green to Orange
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Thu Van Tran, From Green to Orange, 2016

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Photographie, alcol, colorant, rouille • 133 × 101 cm • © DR. Courtesy Thu Van Tran et Meessen De Clercq, Bruxelles

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Galerie Meessen De Clercq, Bruxelles

4. Steve Gianakos, le plus borderline

Il se définit avant tout comme un satiriste. Dès ses débuts new-yorkais dans les années 1970, lorsqu’il fréquente Robert Rauschenberg, Andy Warhol ou John Chamberlain, Steve Gianakos s’attaque à la domination du pop pour le faire vriller sur ses bases et proposer une esthétique mêlant gore raffiné et humour noir. Malmenées par son crayon un brin pervers, ses girls de série B errent de mésaventures stupides en rencontres absurdes. Pingouin salace, ménagère pin-up passée au crible du cubisme, Miss Bunny enlaçant un loup de mer dans sa salle de bains… Ses dessins, empruntant à l’avant-garde de la BD américaine ses lignes noires, prennent le contre-pied du bon goût et du bon sens. Volontairement futile et borderline, sa peinture hérite tout autant du surréalisme comme art de la dérision. Macchabée en maillot, cochons jouant au ping-pong, mondaine à la tête de rosbif, Gianakos ne recule devant rien, encrassant volontiers ses œuvres de frottis de pastels et autres taches sanguinolentes. À 79 ans, il ne semble pas avoir perdu de sa verve. La France l’a découvert grâce au travail de la galerie Semiose qui lui ouvre grand son stand à la Fiac. Attention, ça va saigner ! E.L.

Steve Gianakos, Untitled
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Steve Gianakos, Untitled, 1990

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Acrylique sur toile • 90 × 60,5 cm • Photo Renaud Monfourny. Courtesy Semiose gallery, Paris

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Galerie Semiose, Paris

5. Corita Kent, la plus pop sister

Plutôt rock’n’roll, la bonne sœur ! Motarde, amoureuse du pop art, décapante sérigraphe, Sœur Corita Kent (1918–1986) n’a pas fait que prier au sein de l’ordre du Cœur Immaculé de Marie à Los Angeles où elle a passé la moitié de sa vie. Attirée par l’art dès l’enfance, elle s’est laissée embarquer par l’esthétique pop comme d’autres tombent en extase. Formée au Chouinard Art Institute dans les années 1940, celle qui est née sous le nom de Frances Elizabeth Kent enseigne l’art à toute l’avant-garde de l’époque, de John Cage à Buckminster Fuller en passant par les Eames, qui l’influencent en retour. Fiat Lux à la première exposition d’Andy Warhol à Los Angeles, en 1962 : elle oublie de plus en plus Jésus pour se faire pop artist avec un succès grandissant. À Noël 1966, elle fait la couverture de Newsweek avec ce titre : « The Nun : Going Modern ». Désireuse de démocratiser son art, Sœur Corita se met à produire des sérigraphies à tour de bras dans les années 1970, quand elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer et quitte les ordres. Paroles de chanson et coupures de journaux, extraits de Gertrude Stein et d’Albert Camus, mille mots essaiment son œuvre, loin de se réclamer uniquement des textes sacrés. Affiches, collages, couvertures de livres, ses images bourrées de messages de paix témoignent de cette période trouble que traversent alors les États-Unis. À l’image de la sérigraphie reprenant une photo de Martin Luther King, qu’elle accompagne des mots « Le roi est mort. Aime ton frère ». Et ta sœur ! E.L.

Corita Kent, Come Alive
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Corita Kent, Come Alive, 1967

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Sérigraphie • 33 × 58,5 cm • Courtesy Corita Art Center, Immaculate Heart Community, Los Angeles & Galerie Allen, Paris, Courtesy Corita Art Center, Immaculate Heart Community, Los Angeles

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Galerie Allen, Paris

6. Lea Lublin, la plus radicale

Comment a-t-on pu l’oublier si longtemps ? À explorer aujourd’hui l’œuvre de Lea Lublin, artiste franco-argentine d’origine polonaise, on peine à concevoir qu’une telle singularité n’ait pas davantage marqué les esprits. Disparue en 1999 à l’âge de 70 ans, cette plasticienne hors normes fait heureusement l’objet d’une sacrée redécouverte – comme en ce moment à l’occasion de « Radical Women », rassemblement stupéfiant de femmes artistes au Hammer Museum de Los Angeles. Radicale, Lea Lublin l’était : il faut au moins ça pour, jeune mère, occuper en plein Mai 68 le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, son bambin de sept mois sous le bras. Et le langer, l’éduquer, le nourrir, le coucher, au vu et au su du public, en une performance aussi violente que maternante. Radicale, elle l’était aussi dans les environnements immenses qu’elle créait : 900 m2 de labyrinthe de plastique transparent, où s’entremêlaient nature et technologie en ce qui concerne Subtunal, incroyable terrain de jeux pour grands et petits. Sa mémoire refait aujourd’hui surface à la Fiac : la galerie Espaivisor la met en dialogue avec Orlan, qui s’y connaît elle aussi en radicalité. E.L.

L’artiste dans sa structure Fluvio lors de la biennale Coltejer de Medellin (Colombie)
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L’artiste dans sa structure Fluvio lors de la biennale Coltejer de Medellin (Colombie), 1970

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© DR. Courtesy Lea Lublin & espaivisor, Valance

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Galerie Espaivisor, Valence

7. Ida Tursic & Wilfried Mille, les plus explosifs

Ida Tursic & Wilfried Mille font régulièrement jaillir de leurs peintures des mauvais diables – bêtes poilues (des bichons, leur nouvelle lubie), canards en plastique jaune, pin-up (Bettie Page notamment) au meilleur de leurs formes quand Hollywood les déshabillaient – puis des taches barbouillées qui rhabillent tout ce petit monde et signifient combien, ici, on se moque du bon goût. Les toiles, plus ou moins récentes, c’est-à-dire plus ou moins sèches tant le duo travaille dur (il est représenté par quatre galeries : Max Hetzler, Pietro Sparta, Alfonso Artiaco et Almine Rech), semblent portées par l’envie d’aller une touche trop loin, de déborder pour finalement gâcher le tableau, qui aurait pu paraître trop parfait. Trop bien léché, trop lisse. Or la matière picturale, selon Ida Tursic & Wilfried Mille, est faite pour gâter et tacher. Elle se tient mal. Elle est insatiable et goulue. Elle dévore ses sujets. Après les avoir superbement mis en valeur, elle leur repasse dessus et leur lance à la face ce qui d’ordinaire reste à l’écart et ne rentre pas dans le cadre, faute d’en être digne. Les chiens à poils longs ou frisés, les insectes, les escargots, les créatures de rien du tout et les matières non nobles ont toujours eu les faveurs des maîtres anciens (l’historien de l’art Daniel Arasse l’a bien démontré). Le duo suit cette pente-là, glissante et baveuse, de la peinture toute bouffie, non pas d’orgueil, mais bien d’excès et d’extravagances. J.L.

Ida Tursic & Wilfried Mille, Landscape and Sainte-Victoire by Night and Cold Flowers
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Ida Tursic & Wilfried Mille, Landscape and Sainte-Victoire by Night and Cold Flowers, 2016

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Huile sur toile • 250 x 400 x 5 cm • Courtesy Ida Tursic & Wilfried Mille et Almine Rech Gallery / © Ida Tursic & Wilfried Mille /Photo Rebecca Fanuele.

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Galerie Pietro Sparta, Chagny

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Galerie Almine Rech, Paris-Bruxelles-New York

8. Karla Black, la plus délicate

« Je veux faire des œuvres qui soient naturelles, comme on l’entend d’un arbre, d’une rivière ou d’une colline. L’expérience matérielle doit être bouleversante, comme peut l’être un paysage inhabité ». Ainsi Karla Black évoque-t-elle son travail, tout de souffle et de délicatesse. Poudre cosmétique, talc, gel ou savon, fard à paupières… De biennale en biennale, l’artiste écossaise déploie ses fragiles installations, réalisées à partir de matières peu communes, destinées d’ordinaire à disparaître. Elle les magnifie en paysages aux harmoniques délicates, composant un royaume de pastel. Son nuancier va du vert opalescent au rose layette, en passant par toutes les variétés de blanc. Dès qu’on entre dans son univers, on se sent fragile à son égal, comme si cet équilibre menaçait à tout instant de rompre. « La sculpture vous ancre dans une réalité matérielle, souligne l’artiste. C’est une absorption, elle vous enracine ici, dans le monde. » Formée à l’école d’art de Glasgow, dont sont issus Douglas Gordon et Jonathan Monk, Karla Black s’est vite constitué un monde à elle. Il sera mis en lumière cet automne à Paris, où la plasticienne réalise deux expositions à l’invitation du festival d’Automne, aux Beaux-Arts et aux Archives nationales. Deux décors impressionnants, qui devraient fondre devant la délicatesse de cette œuvre, à caresser comme un épiderme aimant. E.L.

Vue de l’exposition « Scotland + Venice », pavillon écossais de Venise (Palazzo Pisani) en 2011
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Vue de l’exposition « Scotland + Venice », pavillon écossais de Venise (Palazzo Pisani) en 2011

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Photo Jean Michel Pancin © Karla Black

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David Zwirner, New York-Londres

9. Julien Carreyn, le plus effeuilleur

Si Julien Carreyn a droit à tout notre empressement (rendez-vous sur les stands de la Galerie des Multiples, à la Fiac, et de Crèvecoeur à Paris internationale), ce n’est pas parce qu’il est plus une valeur sûre qu’un autre, mais bien parce qu’il est de ceux, trop rares, qui n’en font qu’à leur tête. Il œuvre rigoureusement comme bon lui semble. Du coup, ses œuvres, voire son style, ne ressemblent à rien d’autre. Ses photographies d’intérieurs habités par des jeunes filles dénudées assises (à moins qu’elles ne préfèrent rester debout) sont imprégnées d’une atmosphère fanée et désuète des années 1970 ou 1980. Pourtant, ces clichés ne cultivent pas la vieillerie française avec une benoîte nostalgie : les filles sont d’aujourd’hui, de même que le mobilier qui leur sert d’écrin et qui provient d’un groupe de designers néo-rustiques (Ker-Xavier). Le charme vivace et remuant de ses images vient surtout de leur impression, de l’art tatillon de Julien Carreyn de leur trouver un papier approprié, à la fois soyeux et bon marché, et de les mettre en scène de manière triviale (on les prend en main, on les feuillette) et roborative. Parce que c’est cela, le secret. Les images ont ce don d’exciter les sens et l’imagination. Elles donnent envie de basculer dans leur cadre, d’habiter leur fiction et de parer nos existences de leur charme discret, ornant nos murs de leur aguichante photogénie. J.L.

Julien Carreyn, Julien Carreyn avec Ker-Xavier
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Julien Carreyn, Julien Carreyn avec Ker-Xavier, 2017

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Photographie issue d’un coffret de 9 tirages • dimensions variables • 12 ex. numérotés et signés • Courtesy Galerie Crèvecœur, Paris / Valentine Jouanjus.

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Galerie Crèvecoeur, Paris

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Galerie des Multiples, Paris

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FIAC 2017

Du 19 octobre 2017 au 22 octobre 2017

www.fiac.com

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