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Aristide Maillol (1861 – 1944) est l’un des plus importants sculpteurs de l’ère post-rodinienne. En 1905, l’exposition de sa Méditerranée prend des accents de manifeste esthétique : le retour à une épure classique – qualifié de retour à l’ordre – après l’expressionnisme d’Auguste Rodin, l’immobilité à la place du mouvement, l’intemporalité et les thèmes arcadiens. Maillol a exercé une influence durable sur le XXe siècle, de Constantin Brancusi à Henry Moore.
Aristide Maillol, Non daté
© Selva/Leemage
« Je travaille comme si rien n’existait, comme si je n’avais rien appris. Je suis le premier Homme qui fait de la sculpture. »
Maillol est né à Banyuls-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, et s’installe à Paris en 1882 pour devenir artiste. Il fait ses armes à l’École des Beaux-arts, inscrit dans la classe de Jean-Léon Gérôme. Maillol pratique d’abord la peinture, influencé par la pureté arcadienne de Pierre-Puvis de Chavannes puis par les Nabis auxquels il appartient.
1905 marque la date de son avènement sur la scène artistique. Maillol expose sa sculpture Méditerranée au Salon d’Automne (celui qui signe la naissance du fauvisme), une allégorie féminine nue et monumentale qui contraste avec l’expressionisme de Rodin, alors plus célèbre sculpteur français. Le jeune Maillol impose un renouveau de l’idéal classique. « C’est une œuvre silencieuse » écrit André Gide au sujet de cette sculpture manifeste.
Dès cette date, Maillol reçoit des commandes d’État, qui lui permettent de vivre. Là encore, le sculpteur impose une lecture non-conventionnelle du monument. S’il privilégie l’allégorie, il renonce à toute narration historique et met en scène des corps de femmes nues monumentaux pour symboliser une action ou un personnage, comme en témoigne son Monument à Cézanne commandé par la ville d’Aix-en-Provence en 1912.
Les années 1930 marquent la consécration du sculpteur avec des expositions à Bâle, New York et lors de l’exposition universelle de 1937 à Paris, où triomphe le dépouillement formel du mouvement Art Déco.
Une femme a durablement marqué la vie de Maillol : Dina Vierny, sa muse. En dépit de leur grand écart d’âge (Dina est née en 1919), ils forment un couple fusionnel. Après la mort de Maillol en 1944, des suites d’un accident de voiture, Dina Vierny s’attèle à défendre la postérité du sculpteur. Elle fait donation à l’État de 19 sculptures installées au jardin du Carrousel du Louvre et porte le projet de la création du musée Maillol à Paris, inauguré en 1995.
Aristide Maillol, Méditerranée dit aussi La Pensée, 1923–1927
Marbre • 110,5 cm de haut • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Méditerranée, 1923–1927
Beauté silencieuse, d’une expression lisse et apaisée, la pierre originale de la Méditerranée (actuellement en Suisse) a fait sensation au Salon d’automne de 1905. La figure est repliée sur elle-même, méditative (elle est d’ailleurs également connue sous le titre La Pensée). Il s’agit d’une allégorie mais qui rejette toute narrativité au profit de l’expression de l’essence : ici, une tranquillité toute arcadienne.
Aristide Maillol, L’Action enchaînée, 1905–1908
Bronze • 215 cm de haut • Jardin du Carrousel, Paris • Xavier Richer / Photononstop
L’Action enchaînée, 1905–1908
Maillol se voit confier un monument en hommage à Auguste Blanqui, révolutionnaire socialiste du XIXe siècle, par Georges Clemenceau. Plutôt que de figurer le personnage, comme le veut la tradition du monument, l’artiste choisit de dresser une figure de femme aux mains liés symbolisant l’action enchaînée. Ce nu allégorique est puissant, très musculeux. L’œuvre fait scandale lors de son installation à Puget-Théniers, les contemporains s’attendant à une représentation plus traditionnelle du personnage historique.
Aristide Maillol, Monument à Cézanne, 1912
Pierre • 140 × 227 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Gianni Dagli Orti / Aurimages
Monument à Cézanne, 1912
Ce monument, commandé à Maillol par la ville d’Aix, lui a été refusé en 1925. Il s’agit pourtant d’un nu très classique : étendu sur un drapé, le bras gauche posé sur son genou relevé, l’allégorie tient dans la main une branche d’olivier. La raison du refus : peut-être la personnalité de Paul Cézanne, artiste encore décrié ? Mais surtout l’emplacement dans la ville, qui n’avait pas rallié la majorité des voix. Au final, l’œuvre est acquise par la Ville de Paris.
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