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Fondation Gianadda – Martigny

Gustave Caillebotte, indémodable peintre de la modernité : la preuve par cinq

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Publié le , mis à jour le
Cadrages immersifs, passion pour l’urbanisme, mixité sociale de ses modèles, amour de la nature… Au XIXe siècle, Gustave Caillebotte s’affiche en maître de la modernité, peignant avec réalisme les grandes mutations de son époque. À la fondation Pierre Gianadda de Martigny, en Suisse, une exposition regroupant pas moins de 90 toiles révèle l’ampleur de son talent… En voici les cinq fondements.

1. La fascination pour les mutations urbaines

Lorsqu’il réside avec sa famille au 77 rue Miromesnil, derrière la gare Saint-Lazare, Gustave Caillebotte (1848–1894) est témoin des transformations fulgurantes ordonnées par le baron Haussmann entre 1853 à 1870 : son immeuble est typique de cette nouvelle architecture majestueuse et uniformisée, dans un quartier où de grandes percées rompent avec l’esprit labyrinthique du Paris d’autrefois. Ici, l’artiste nourrit l’idée de peindre la monumentalité des travaux urbains, des vues plongeantes et vertigineuses depuis les balcons filants, des promenades le long des avenues… En 1876, il figure l’impressionnante perspective du Pont de l’Europe, un viaduc réalisé par la plus importante fonderie de l’époque ! Ses entretoises croisées laissent échapper la vapeur des trains roulant au-dessous, en souvenir d’une bouleversante révolution industrielle… Un an plus tard, il immortalise sur sa toile Rue de Paris, temps de pluie, un croisement de plusieurs rues en étoile, symbole de l’urbanisme haussmannien. Son engouement pour la capitale moderne est tel qu’il déménagera ensuite boulevard Haussmann, à côté de l’opéra Garnier, au troisième étage d’un immeuble flambant neuf. Depuis son balcon circulaire, la vue sur le nouveau Paris est imprenable…

Gustave Caillebotte, Le Pont de l’Europe
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Gustave Caillebotte, Le Pont de l’Europe, 1876

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Huile sur toile • 125 × 181 cm • © photo : Fine Art Images Heritage Images Via Getty Images

2. Des modèles issus de toutes classes sociales

Quelques années auparavant, à l’hôtel particulier de la famille Caillebotte de la rue Miromesnil, les travaux de surélévation battent leur plein. Tous les matins, les ouvriers s’attellent à raboter le parquet, le torse nu. Cette scène pittoresque, Caillebotte décidera plus tard de l’immortaliser sur un tableau de plus d’1,40 mètres de long. « Le sujet est vulgaire sans doute, mais nous comprenons qu’il puisse tenter un peintre », avoue le critique Louis Énault. Avec ce chef-d’œuvre refusé au Salon officiel de 1875, Gustave Caillebotte, âgé de seulement vingt-sept ans, devient à la peinture ce qu’Émile Zola (1840–1902) est déjà à la littérature avec son courant naturaliste, s’intéressant à la vie des classes sociales les plus défavorisées. Amusante coïncidence : en 1877, au moment même où Zola fait paraître L’Assommoir contant les méfaits de l’alcoolisme au sein de la classe ouvrière, l’artiste figure des peintres en bâtiment rafraîchissant la devanture d’un marchand de vin ! Jardiniers au travail, bourgeois lisant ou jeunes filles aisées au piano… Quel que soit leur statut, ses modèles reçoivent le même traitement : ils semblent vaquer à leurs occupations le plus naturellement du monde.

Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet
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Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875

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Huile sur toile • 102 × 145,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, à Paris • © Bridgeman Images

3. Un maître des cadrages immersifs

Lorsqu’ils se tiennent aux balcons parisiens, ses modèles tournent le dos au spectateur pour mieux l’inviter à observer le vertigineux paysage urbain qui se déroule en contre-bas ; au premier plan du Pont de l’Europe, un chien trottinant entraîne le spectateur dans la ligne fuyante de ce viaduc grandiose, donnant l’impression d’être projeté dans la scène… C’est un fait : Gustave Caillebotte est un maître de la composition. Claude Ghez, professeur honoraire à l’université de Columbia, s’est penché sur sa méthode si particulière (utilisée surtout pour Le Pont de l’Europe et Jour de Paris, temps de pluie). Déduction : les perspectives sont tirées de photographies, mais le résultat est souvent déformé. Les lignes de fuite sont superposées ou les angles de vue élargis pour donner l’impression que la scène se déroule sur un grand boulevard, alors qu’il s’agit en réalité d’une banale rue ! Parfois même, les personnages sont dressés de telle manière qu’une fois le tableau accroché au mur, le visiteur se tienne pile à leur hauteur. L’immersion est totale.

Gustave Caillebotte, L’Homme au balcon, boulevard Haussmann
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Gustave Caillebotte, L’Homme au balcon, boulevard Haussmann, 1880

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Huile sur toile • 116,5 cm x 89,5 cm • Coll. privée • © photo : Leemage Corbis Via Getty Images

4. Obsessions pour la nature et le nautisme

Alors qu’à Giverny, son ami impressionniste Claude Monet (1840–1926) a conçu son propre jardin, Caillebotte se met lui aussi à s’inspirer de la nature environnante depuis sa demeure du Petit Gennevilliers, où il s’installe en 1888. Pour décorer sa nouvelle salle à manger, il se met à brosser des capucines jusqu’à envahir la toile, leurs corolles rouges vibrant au contact de leurs petites feuilles rondes. Inspiré par les estampes japonaises et leurs cadrages resserrés sur la nature, il saisit aussi des marguerites déployant fièrement leurs pétales blancs sur fond vert, telle une photographie en plein champ. Bouquets de dahlias, de chrysanthèmes, de glaïeuls, d’orchidées… Tout au long de sa vie, Caillebotte peint des toiles fleuries qu’il refuse pourtant d’exposer ou de vendre, gardant secrète son obsession pour la botanique. Autre passion dévorante : le nautisme. Inscrit au Cercle de la voile de Paris dès 1876, il en devient vice-président seulement quatre ans plus tard ! La fondation Gianadda expose une pléthore de ses paysages impressionnistes des bords de Seine, où l’eau calme émet des reflets verdoyants, les arbres frémissants, noyés dans un bras de rivière… Autant de révélations d’une technique inouïe.

Gustave Caillebotte, Marguerites
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Gustave Caillebotte, Marguerites, 1892

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Coll. Musée des impressionnismes, Giverny • © photo : Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images

5. La solidarité avant tout

En 1879, Gustave Caillebotte peint son autoportrait dans son atelier-salon de Paris, pinceaux à la main, redingote sombre. Derrière lui, accrochée au mur, se dévoile le bas d’une œuvre célèbre, facilement reconnaissable… il s’agit du Bal du moulin de la Galette réalisée par son camarade Auguste Renoir (1841–1919) et achetée deux ans plus tôt lors de la Ve exposition impressionniste ! Car contrairement à ses camarades, Caillebotte n’a nul besoin de peindre pour vivre. Riche héritier, il acquiert des toiles souvent rejetées par la critique, peintes par ses acolytes Degas, Pissarro, Sisley… « Personne n’en veut, j’achète », déclare-t-il. Au total, il détient une quinzaine de tableaux de son tendre ami Claude Monet, chef de file du mouvement impressionniste, avec qui il partage sa passion pour l’horticulture et le nautisme. Mais le 21 février 1894, Caillebotte décède soudainement d’une congestion cérébrale, à l’âge de quarante-cinq ans, mettant fin à des décennies de fraternité. Monet semble inconsolable face à la mort de son témoin de remariage, de celui qui l’a soutenu autant que possible, quitte à payer ses loyers d’atelier : « La mort de ce pauvre Caillebotte qui m’a causé un grand chagrin… » dira-t-il.

Gustave Caillebotte, Autoportrait au chevalet
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Gustave Caillebotte, Autoportrait au chevalet, 1879

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Huile sur toile • 90 × 115 cm • Coll. particulière • © photo : Fine Art Images/Heritage Images via Getty Images

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Caillebotte, impressioniste et moderne

Du 18 juin 2021 au 21 novembre 2021

www.gianadda.ch

Retrouvez dans l’Encyclo : Impressionnisme Gustave Caillebotte

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