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Jan Van Imschoot, Les fameux paresseux heureux, 2021
Courtesy Stichting musae, collection Joseph © Bertrand Huet - Tutti
« L’imagination est et reste la source de toute forme d’art. Un artiste sans imagination est comme un café sans bière. » Cette citation du peintre Jan Van Imschoot, aussi limpide qu’énigmatique, pourrait être une excellente porte d’entrée dans son œuvre foisonnante actuellement exposée au SMAK de Gand. En un peu plus de 80 toiles, l’exposition balaie trois décennies de création du peintre flamand et met en lumière ses préoccupations artistiques.
Dans les années 1990, Van Imschoot fait partie de ces peintres qui redonnent à la peinture figurative ses lettres de noblesse. L’artiste, qui vit en France depuis une dizaine d’années, puise volontiers son inspiration chez les grands maîtres de l’histoire de l’art : Rubens, Tintoret, Caravage, Manet… Pour celui qui qualifie son coup de pinceau d’« anarcho-baroque », ces influences sont un riche matériau qu’il recompose à sa guise.
« Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est pensé et qu’est-ce qui est rêvé ? Autant de questions qui me confirment que la réalité et la vérité n’ont rien à faire dans l’art. »
Mais cette fascination pour l’art d’hier se mêle de préoccupations on ne peut plus contemporaines, et s’entrechoque avec des images d’actualité, des questionnements liés au genre, à la liberté ou à la violence… Avec, toujours, des toiles fourmillant de détails et d’allusions historiques ou érotiques, des titres équivoques et des références parfois cryptiques qui en font un héritier tout désigné des artistes dada et de René Magritte.
Comme eux, le peintre né en 1963 se garde bien de donner des réponses toutes faites et laisse au spectateur le soin de faire carburer son imagination, de se faire ses propres histoires. Quitte à ce que ces histoires soient très sombres, tant les toiles du peintre peuvent parfois se teinter de violence et de perversité.
Pour faire plus ample connaissance avec Jan Van Imschoot, voici un petit décryptage de trois œuvres emblématiques :
Jan Van Imschoot, Offering, 1993
Collection S.M.A.K.
Dans cette œuvre du début de sa carrière, Van Imschoot réinterprète l’imagerie chrétienne des corps de martyrs jeunes et dénudés, montrant les stigmates des violences qu’ils ont subies. Horrifié par la découverte à douze ans du Jugement de Cambyse de Gérard David, le peintre travaille pendant des années sur la représentation de la cruauté, avant d’être rattrapé par la violence insoutenable des images de l’actualité récente : « Montrer la violence dans toute sa nudité, c’est terminé, mais elle est toujours indirectement présente dans mon œuvre. La viande dans une nature morte est le résultat de la mise à mort d’un animal, les fleurs sont les parties génitales arrachées aux plantes… »
Jan Van Imschoot, Le combat contre l’aube, 2020
Collection S.M.A.K. © Bertrand Huet – Tutti
Les natures mortes du XVIIe siècle : voilà une autre source d’inspiration pour Van Imschoot, notamment celles de Joachim Beuckelaer, foisonnantes d’allusions grivoises, ou de Willem Claeszoon Heda, aux connotations plus religieuses. Des symboles évidents pour les contemporains de ces deux peintres, mais dont le sens s’est parfois perdu et qui peuvent sembler énigmatiques aujourd’hui. Un jeu sur le discours et le langage de la peinture qui est particulièrement présent chez Jan Van Imschoot.
Jan Van Imschoot, L’échange des bêtises, 2021
Courtesy Templon, Paris, Brussel, New York © Bertrand Huet-Tutti
Fasciné par Manet, Jan Van Imschoot rend ici un hommage appuyé au Déjeuner sur l’herbe du peintre français. Il y glisse aussi une allusion au champagne du Bar aux Folies Bergère, au collier noir d’Olympia et à l’autoportrait de Manet… Mais il ajoute un autre nu féminin qui, lui, vient directement d’un tableau du vénitien Tintoret. Un carambolage de références dont il tire une toile inquiétante, où un marteau, un pistolet et un orteil ensanglanté laissent présager un sombre dénouement.
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