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Jacques Henri Lartigue, Déjeuner du Motor Yacht Club de la Côte d’Azur, le “MYCCA”, chez Maxim’s décoré des toiles de Jacques Henri Lartigue, album de 1953
Paris, AAJHL • © Ministère de la Culture - France / AAJHL
Dès sa plus tendre enfance, elles le fascinent, ces élégantes de la Belle Époque aux tenues sophistiquées qu’il croise aux champs de courses ou au Bois de Boulogne lors de ses promenades en famille. Jacques Henri Lartigue (1894–1986) les croque sur des petits carnets, les dessine à la volée, avant de les photographier pour mieux garder en mémoire toutes les splendeurs de leur garde-robe. « Ces dessins témoignent d’un grand sens de l’observation de la mode de son époque et d’un souci du détail, notamment pour les accessoires qui complètent les tenues : chapeaux, parures, voilettes, etc. », précise Caroline Oliveira, l’une des commissaires de l’exposition. C’est sur ce parallèle entre photographies et croquis – réalisés entre 1907 et 1915 – que l’exposition ouvre le bal, livrant un portrait de la société bourgeoise et mondaine du début du XXe siècle.
Jacques Henri Lartigue, Elégantes se promenant, février 1911
Aquarelle • 8.5 × 12.7 cm • Paris, AAJHL • Dessin Jacques Henri Lartigue © AAJHL
Connu du grand public davantage pour ses peintures et ses photographies, celui que la presse des années 1950 surnomma le « peintre des fleurs et des femmes » aimait en effet la création sous toutes ses formes, s’autorisant toutes les extravagances. Il ne s’interdisait rien. Car, comme l’écrit l’historienne de l’art et co-commissaire de l’exposition Marianne Le Galliard dans le catalogue, « il y a deux activités bien distinctes aux yeux de Lartigue (…) : d’un côté ce qu’il nomme ses « vrais » tableaux, et de l’autre sa « fausse » immense peinture. Il y a celle qui se vend et celle qui n’existe qu’un instant. La « vraie » se livre dans la douleur, la « fausse », par son caractère éphémère et collaboratif, est pur plaisir. La première se contemple, la deuxième s’apprécie en un éclair : « Le décor d’un gala est une chose faite pour être vue en deux minutes. Une chose dont la beauté, la gaieté ou l’inattendu doivent sauter dans tous les yeux d’un seul coup. » »
Photographie anonyme, Jacques Henri Lartigue décorant la salle des Ambassadeurs pour le gala « Marché aux fleurs », Casino de Cannes, avril 1936
Paris, AAJHL • Collection Jacques Henri Lartigue © Ministère de la Culture – France / AAJHL / DR
Ces décors de gala que Jacques Henri Lartigue évoque sont également présents dans le parcours de l’exposition, à travers une série de photographies. Monumentaux et éphémères, ces ornements de fleurs, papillons scintillants et ballons gonflables, qui ne subsisteront que le temps d’une soirée au casino de Cannes ou de Lausanne dans les années 1930, constitueront une véritable respiration pour l’artiste. Rythmé de manière chronologique grâce à une scénographie qui retranscrit habilement « l’esprit Lartigue » à travers des ambiances à la fois élégantes, sobres et flamboyantes, le parcours met l’accent sur le caractère décalé et spontané d’une partie de son œuvre.
Jacques Henri Lartigue, Le gala « Multicolore », Casino de Cannes, 29 février 1936.
Album de l’année 1936. Photographies Jacques Henri Lartigue et Traverso • Photographie et collection Jacques Henri Lartigue © Ministère de la Culture – France / AAJHL
« À la manière d’un homme invisible, il saisit sur le vif les moments qui précèdent un défilé […] »
Au rendez-vous également, des peintures inspirées des créations de Carven, Marcel Rochas ou Jacques Fath – qui furent ses amis –, des illustrations pour la presse de mode ou encore des échantillons de tissus provenant de la manufacture de soierie lyonnaise Bianchini-Férier. Dès la fin des années 1930 et 1940, Jacques Henri Lartigue se pique de curiosité pour le monde de la mode et apprécie tout particulièrement assister aux défilés et aux préparatifs des collections qu’il photographie. « À la manière d’un homme invisible, il saisit sur le vif les moments qui précèdent un défilé : le mannequin qui enfile hâtivement une robe, Carven et son assistante absorbées par l’étude du tableau de passage des modèles, une employée et un mannequin vues de dos qui profitent d’un moment de calme… Toutes ont oublié la présence du photographe », relate Laurent Cotta, conservateur au Palais Galliera, à propos des vingt-six ans d’amitié entre Carven et Jacques Henri Lartigue.
Sans-titre, non daté
25 × 32 cm • L’Isle-Adam, musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, dépôt de la Fondation de France • © Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam
Cet insatiable touche-à-tout s’intéresse aussi à la décoration. Il réalise ainsi des dessins de coussin, qui seront ensuite confectionnés par sa mère et sa cousine. « Tout me suggère des idées nouvelles. Idées de tissus, meubles, décoration, robes ou photos… », écrit-il alors qu’il n’a que 26 ans et qu’il vient d’épouser Madeleine Messager, fille du compositeur André Messager. Curieux et sociable, il côtoie des personnalités influentes de son époque. Musiciens, comédiens, artistes, marchands d’art et créateurs de mode gravitent autour de lui.
« C’est sans doute ce bouillonnement culturel dans lequel il évolue dès les années 1920 qui lui inspire ses « idées nouvelles » », précisent Marianne Le Galliard et Caroline Oliveira. « Lorsqu’il couche des idées et des motifs répétitifs sur de grandes feuilles de papier (des planches de motifs présentées dans l’exposition), Lartigue n’a pas nécessairement réfléchi à ce qui allait advenir de ces dessins, il ressent uniquement le besoin de créer. Il écrit d’ailleurs dans son journal en 1927 : « Prendre une feuille de papier, y pondre des lignes, des couleurs, des valeurs, des mots, des phrases sans réfléchir, selon sa fantaisie. » »
À gauche, “Appartement du photographe Hiro décoré avec du papier peint pour lequel Lartigue créa le motif, New York, 1966”, photographie de Jacques Henri Lartigue datant de 1966 et à droite, une robe longue des Maisons Bianchini-Férier et Schiaparelli, d’après un motif attribué à Jacques Henri Lartigue (vers 1937)
Taffetas mousseline crêpe, imprimé. Soie. • Coll. Paris, AAJHL. Lyon, musée des Tissus et des Arts décoratifs • Photographie Jacques Henri Lartigue © Ministère de la Culture - France / AAJHL. © Brochier Soiries / MTMAD Lyon – Pierre Verrier
Cette « fantaisie », qui donne son nom à l’exposition, se donne à voir tout au long du parcours. Elle trouve son point d’orgue dans une robe en mousseline de soie, légère et vaporeuse, réalisée par les ateliers Bianchini-Férier de Lyon à partir d’un motif coquelicot créé par Jacques Henri Lartigue. Pièce maîtresse de l’exposition, elle a été acquise in extremis par le musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon en septembre 2018, alors que la sélection des œuvres pour l’exposition était achevée. Non griffée mais attribuée à Elsa Schiaparelli, elle se distingue par des plis serrés et remontants qui forment une ligne fluide et élégante, et sa coupe caractéristique des années 1930.
À la fin des années 1960 et jusque dans les années 1980, des revues telles que Vogue solliciteront Jacques Henri Lartigue pour photographier les collections de grands couturiers de l’époque, à l’image de Pierre Cardin. Tout au long de son existence, cet artiste aux multiples talents aura conservé un lien tangible avec l’univers de la haute couture et de la mode.
Fantaisies. Jacques Henri Lartigue, décors et haute couture
Du 12 mai 2019 au 22 septembre 2019
Musée d’art et d’histoire Louis Senlecq • 31 Grande Rue • 95290 L'Isle-Adam
ville-isle-adam.fr
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