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Giovanni Giacometti, Soleil d’hiver à Maloja, 1926
Huile sur toile • 60 x 80 cm • © Stifung für Kunst, Kultur und Geschichte, Winterthour
Une « neige éblouissante », des « glaciers étincelants », l’« eau bleu pâle » des lacs, le « vert sombre » des forêts de sapins… Dans Les Plaisirs et les Jours (1896), l’écrivain Marcel Proust se souvient avec délice de son séjour dans les Grisons, le plus vaste des cantons suisses bordé par le Liechtenstein, l’Autriche et l’Italie. Un territoire constitué de profondes vallées et de massifs dominés par des pics vertigineux, « terre promise » du philosophe Friedrich Nietzsche…
Une telle beauté ne pouvait qu’attirer les peintres. En 1886, l’Italien Giovanni Segantini (1858–1899), âgé de vingt-huit ans, s’installe à Savognin, ébloui par la lumière vibrante des montagnes environnantes qu’il se met à gravir pour y poser son chevalet. L’artiste y adopte un divisionnisme inspiré de Georges Seurat (1859–1891). Mais au lieu de juxtaposer de petits points colorés, il étire de longs filaments de couleur pure en lignes parallèles, puis remplit les interstices avec d’autres teintes et même, parfois, de la poussière d’or ou d’argent. Des « traits » évoquant tantôt les lignes du bois, le cours d’un torrent ou le scintillement de l’herbe au soleil…
Giovanni Giacometti, Paysage de neige (soleil), 1910
huile sur toile • 73 × 89 cm • © Stiftung für Kunst, Kultur und Geschichte, Winterthour
En 1894, Segantini déménage à Maloja, un village situé à 1800 mètres d’altitude entre les vallées de l’Engadine et de Bregaglia, où il rencontre Giovanni Giacometti (1868–1933) qui devient son élève. Avec son matériel et ses toiles sur le dos, ce natif des Grisons monte en funiculaire puis à pied jusqu’au sommet des montagnes pour saisir les effets de la lumière sur la roche et la magie étrange du « serpent de Maloja » : un long ruban de nuages bas qui, à l’automne, flotte entre les sommets dans la vallée de Sils-Maria…
« Ce qui les y fascine avant tout, c’est cette lumière incroyable, très vive », explique Corsin Vogel, artiste originaire des Grisons, commissaire scientifique et scénographe de l’exposition. Mais Segantini est également sensible à « l’aura mystique » de ces géants de roche aux formes torturées, incarnations immobiles de la puissance de la nature qui submerge l’homme, et lieux de transition entre terre et ciel. Possédé par la grandeur de ces paysages, le barbu au regard extatique peindra ainsi quelques paysages montagneux empreints d’un symbolisme fantastique, mettant en scène des femmes accrochées à des branches tortueuses, ou en lévitation au-dessus de la neige. En 1899, alors qu’il travaille sur un projet refusé (La Vie, La Nature, La Mort, imposant triptyque de paysages qu’il destinait à l’Exposition universelle de Paris de 1900), l’artiste meurt à seulement 41 ans, foudroyé par une péritonite dans sa cabane du Schafberg, véritable refuge d’ermite perché à 2730 mètres d’altitude…
Ferdinand Hodler, Lac de Silvaplana, 1907
huile sur toile • 60,5 x 73,5 cm • © Kunstmuseum, Soleure / SIK-ISEA, Zürich
Mais Giovanni Giacometti, installé à Stampa (Bregaglia) avec sa famille en 1905, poursuit l’aventure avec deux de ses compatriotes : Ferdinand Hodler (1853–1918) et son élève Cuno Amiet (1868–1961) qui l’accompagnent régulièrement pour peindre sur les berges ensoleillées du lac de Sils ou dans de minuscules nids d’aigle battus par le vent. En vrai mordu des cimes, Hodler n’hésite pas à braver la neige en tirant son matériel sur une luge, le dos chargé de plusieurs toiles ! Au contact de ces deux amis, Giacometti évolue peu à peu vers une peinture plus synthétique et des couleurs plus audacieuses, osant d’éclatants contrastes de jaune, de rose et de bleu.
Alberto Giacometti, Trois hommes qui marchent, 1948
bronze • 71,1 × 40,1 × 41,5 cm • Coll. Fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul de Vence • © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2021
Un autre artiste va suivre Giovanni : son propre fils Alberto Giacometti (1901–1966), dont la célébrité finira par éclipser la sienne ! Le temps d’une salle, l’exposition donne un aperçu des débuts méconnus du fameux sculpteur de silhouettes filiformes, qui a commencé sa vie d’artiste en peignant des paysages à l’aquarelle et à l’huile dans le val Bregaglia aux côtés de son père dont il reprend la palette. Devenu parisien en 1922, Alberto continue à revenir dans les Grisons pour dessiner les montagnes de son enfance, évoluant peu à peu vers des couleurs plus sombres et un trait plus acéré, proche de l’aspect de ses sculptures…
Devant le chef-d’œuvre de l’exposition, Soleil d’hiver près de Maloja (1926) de Giovanni Giacometti, Corsin Vogel a eu l’idée lumineuse de placer une sculpture d’Alberto, Trois hommes qui marchent (1948). Une œuvre qu’il voit comme une évocation de Giacometti père, Amiet et Hodler se promenant ensemble dans la montagne, leurs jambes étirées comme des bâtons de randonneurs !
La montagne fertile, les Giacometti, Segantini, Amiet, Hodler, et leur héritage
Du 27 février 2021 au 30 mai 2021
Palais Lumière • Quai Charles Albert Besson • 74500 Évian-les-Bains
ville-evian.fr
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