Bernard Gotfryd, Andy Warhol au Jewish Museum, 1980
photographie en 35 mm, transparence et couleur • Coll. de photographies de Bernard Gotfryd • © Wikimedia Commons / Photo Bernard Gotfryd
Jeudi 18 mai, la Cour suprême des États-Unis a émis, au terme d’un procès long de sept ans, un jugement qui fera date dans l’histoire de l’art. Elle vient en effet de donner raison à la photographe Lynn Goldsmith, qui avait attaqué la fondation Warhol en arguant que le pape du pop art Andy Warhol aurait dû lui payer des droits d’auteur contre l’utilisation, pour des sérigraphies, de son portrait en noir et blanc du musicien Prince !
L’histoire commence en 1981, lorsque Lynn Goldsmith immortalise Prince pour l’hebdomadaire Newsweek. En 1984, lorsque le jeune musicien est propulsé au rang de star grâce à son album Purple Rain, le magazine Vanity Fair demande à Andy Warhol de réaliser son portrait dans le même style que ses sérigraphies de Marilyn Monroe. Contre 400 dollars, Lynn Goldsmith autorise alors que son cliché serve de base à la création d’une seule image frappante, où le chanteur-compositeur-interprète apparaît la peau violette sur un fond orange vif. Mais en 2016, près de trente ans après la mort de Warhol, elle tombe sur une variante de ce portrait dans d’autres couleurs… Et découvre que l’artiste en avait tiré non pas une mais seize sérigraphies différentes sans son accord !
Le portrait photographique de Prince par Lynn Goldsmith, 1984 (à gauche) ; l’un des seize portraits sérigraphiés sur toile de Prince par Andy Warhol, 1984 (à droite)
© Collection de la Cour Suprême des États Unis
« Les œuvres originales […] de tous les photographes bénéficient de la protection de leurs droits d’auteur, même contre des artistes célèbres. Ces protections couvrent les œuvres dérivées qui transforment les œuvres originales », a estimé la juge Sonia Sotomayor, mettant fin à l’intense bataille judiciaire.
Logique… À ceci près : l’essence même du pop art ne réside-t-elle pas dans le « vol » (et la démultiplication à l’infini) d’images populaires comme des photographies piquées dans des magazines, des arrêts sur image de films, des cases de bandes dessinées ou des publicités ? Ce mouvement irrévérencieux aurait-il pu se développer jusqu’aux cimaises des plus grands musées si des droits avaient dû être payés pour chaque détournement ?
Par ailleurs, si Lynn Goldsmith doit être indemnisée, quid des nombreux autres créateurs à l’origine des images empruntées par Warhol et ses amis ? La fondation Warhol a de quoi craindre, comme d’autres institutions similaires, une avalanche de nouveaux procès…
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