Émile Zola, Vue plongeante prise du premier étage de la tour Eiffel, exposition universelle, Paris, 1900
Tirage moderne jet d'encre d'après le négatif original • © Ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, dist GrandPalais Rmn Photo presse
On connaît le romancier, le journaliste engagé et le critique d’art. On sait moins, en revanche, qu’Émile Zola (1840–1902) a aussi pratiqué la photographie. Cette facette méconnue du célèbre écrivain français se révèle à la faveur d’une exposition à l’espace Richaud de Versailles, ancien hôpital royal reconverti en centre d’art, qui rassemble jusqu’au 20 avril plus d’une centaine de clichés réalisés par Zola lui-même, mais aussi par son entourage. Un événement organisé avec la Médiathèque du patrimoine et de la photographie qui, après l’achat de quelque 2 000 négatifs en 2017, œuvre activement à la reconnaissance de cet épisode exaltant de la vie de l’auteur.
Bien qu’il ait fréquenté les plus grands photographes de son temps comme Nadar ou Étienne Carjat, Émile Zola ne s’est véritablement intéressé à la photographie qu’à partir de ses 48 ans, initié par des amis. L’écrivain vient alors d’achever son grand cycle romanesque des Rougon-Macquart. Si les débuts sont hasardeux, Zola se passionne vite pour cet art qu’il pratiquera de manière intense durant les huit dernières années de sa vie. Il fait l’acquisition de toutes sortes d’appareils et installe dans chacune de ses maisons un laboratoire, où il expérimente différents procédés de tirage, tel un scientifique. Ainsi, dans un savoureux autoportrait allégorique, l’écrivain-photographe n’hésite pas à se mettre en scène vêtu d’un tablier blanc, examinant le contenu d’une éprouvette comme un chimiste.
Émile Zola, La lecture : Émile Zola et ses enfants, 1894–1902
Tirage moderne jet d’encre d’après le négatif original • © Ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, dist GrandPalais Rmn Photo presse
Le Zola photographe n’a rien à voir ou presque avec l’auteur de Germinal ou de l’Assommoir. Si les sujets sociaux prédominent dans son œuvre littéraire, ils sont en revanche totalement absents de son œuvre photographique. Celle-ci offre au contraire au spectateur une touchante plongée au cœur de l’intimité et de la vie familiale du grand écrivain, qui se révèle être un véritable papa poule, doublé d’un amoureux des animaux. Sa maison de Médan et ses alentours l’inspirent tout particulièrement. L’homme de lettres capture ainsi inlassablement l’atmosphère paisible des journées ensoleillées passées à arpenter la campagne en tricycle et en calèche, ou à se promener en barque le long de la Seine. Certaines images, comme prises à la volée, montrent ses amis proches en pleine séance de danse improvisée ou de jeu.
Émile Zola, Quartier des Batignolles. Temps de pluie, Paris, 1894–1902
Tirage moderne jet d’encre d’après le négatif original • © Ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, dist GrandPalais Rmn Photo presse
La photographie est pour Zola une affaire de liens, qu’il cultive en confectionnant des albums offerts ensuite à ses proches.
Émile Zola, qui avait fait aménager à Médan une véritable ferme peuplée d’animaux en tout genre (oiseaux, lapins, poules, vaches…), passe aussi de longs moments à photographier ses chiens, et en particulier le petit Pinpin, son adorable loulou de Poméranie. Sa femme, Alexandrine, comme ses amis, s’emparent eux aussi des appareils de l’écrivain, si bien que ce dernier apparaît sur de nombreuses images. Pour lui, la photographie est avant tout une aventure collective. Elle est aussi principalement une affaire de liens, qu’il cultive en confectionnant des albums offerts ensuite à ses proches.
Émile Zola, Denise et Jacques à la fenêtre, Verneuil-sur-Seine, été 1897
Tirage moderne jet d’encre d’après le négatif original • © Ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, dist GrandPalais Rmn Photo presse
Deux visages reviennent avec insistance dans son œuvre – ceux de Denise et de Jacques, ses enfants nés de sa relation avec Jeanne Rozerot, son deuxième grand amour de plus de vingt ans sa cadette. À travers l’objectif, il les regarde grandir et documente avec spontanéité et tendresse les bonheurs simples de la vie familiale. Zola affectionne aussi le genre du portrait, qu’il maîtrise admirablement, à tel point que la composition de certaines images évoque des œuvres impressionnistes. C’est ce que démontre une salle de l’exposition où les photographies de l’écrivain dialoguent avec de reproductions de grands chefs-d’œuvre de Berthe Morisot, Édouard Manet ou encore Gustave Caillebotte – autant d’artistes que l’écrivain a défendus dans ses écrits sur l’art et dont les œuvres ont probablement contribué à forger son regard.
Émile Zola, Le pont d’Iéna, la foule des visiteurs et le palais du Trocadéro vus du 2e étage de la tour Eiffel, exposition universelle, Paris, 1900
Tirage moderne jet d’encre d’après le négatif original • © Ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, dist GrandPalais Rmn Photo presse
La photographie accompagne Émile Zola lorsque, condamné pour son article « J’accuse… ! » (1898), il est contraint de s’exiler à Londres pour échapper à la prison. Plongé dans la tourmente de l’affaire Dreyfus, il témoigne de cette année passée loin de chez lui en plus de 200 images : visites de ses proches, scènes de rue ou monuments.
Cette nouvelle approche documentaire, qui s’était déjà exprimée lors d’un voyage en Italie avec Alexandrine quelques années plus tôt, caractérise aussi les prises de vues réalisées à son retour en France, lors de l’Exposition universelle de 1900. L’œil toujours à l’affût, l’écrivain rivalise d’audace. Il opte pour des cadrages insolites ou des vues plongeantes, joue avec la perspective… « À mon avis, vous ne pouvez pas dire que vous avez vu quelque chose à fond si vous n’en avez pas pris une photographie », affirmait celui qui, peu de temps avant sa mort survenue en 1902, signait un touchant portrait de son épouse : « Le photographe Émile Zola ».
Zola photographe
Du 19 février 2025 au 20 avril 2025
Espace Richaud • 78 Boulevard de la Reine • 78000 Versailles
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique