PHOTOGRAPHIE

De Bob Marley aux Sex Pistols : les photos mythiques de Dennis Morris exposées à la MEP

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Publié le , mis à jour le
Vous avez certainement déjà vu ces images cultes, sans connaître leur auteur. La MEP met en lumière l’œuvre de Dennis Morris, photographe des plus grandes stars de la musique, de Bob Marley aux Sex Pistols en passant par Oasis et la regrettée Marianne Faithfull. Une expo vibrante !
Dennis Morris, Babylon by van, Londres
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Dennis Morris, Babylon by van, Londres, 1973

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© Dennis Morris

« T’es prêt, Dennis ? », lance Bob Marley, assis à l’avant d’une voiture, à son jeune passager qui le prend alors en photo. Deux ou trois jours plus tôt, l’ado d’à peine seize ans avait séché les cours pour faire le pied de grue devant le Speakeasy Club à Londres où se produisait son idole, dans l’espoir de tirer son portrait. Quelques « Yeah man plus tard », Dennis Morris rejoint la tournée « Catch a Fire ». Nous sommes en 1973. La carrière de la star du reggae est à son apogée, celle du petit Dennis (il ne le sait pas encore) vient de décoller.

Plus de 50 ans plus tard, le photographe s’émeut encore de la bienveillance dont a fait preuve le musicien à son égard. « Il m’a expliqué ce que c’était d’être un homme noir, et comment en être fier », raconte le sexagénaire au look impeccable. Rien, avant cette rencontre décisive, ne le prédestinait à devenir le photographe des plus grandes stars de la musique.

L’œil d’un autodidacte

Dennis Morris, Dalston Boy, Hackney, Londres
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Dennis Morris, Dalston Boy, Hackney, Londres, 1975

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© Dennis Morris

Originaire de la Jamaïque, Dennis Morris a grandi à Hackney dans le nord-est de Londres, un quartier aujourd’hui largement gentrifié mais qui, au début des années 1960, portait encore les stigmates de la Seconde Guerre mondiale. C’est dans l’une des églises de ce quartier populaire qu’il découvre la photographie à neuf ans. « J’ai été subjugué par le processus du développement de l’image, j’ai trouvé ça magique », se souvient celui qui, malgré son jeune âge, se met à arpenter les rues tel un mini Cartier-Bresson. « On me surnommait ‘Mad Dennis’ (‘Dennis le fou’) car je me promenais toujours avec mon appareil et je prenais tout en photo ».

Inspiré par les images de Gordon Parks, Dennis Morris rêve d’une carrière de photojournaliste. Dans son studio de fortune aménagé dans un coin de son salon, comme dans les caves des maisons où tout le voisinage vient s’encanailler le samedi soir au son de sound systems savamment bricolés, il documente la vie quotidienne de la « génération Windrush », du nom du navire qui a transporté après la Seconde Guerre mondiale des groupes de migrants caribéens vers la Grande-Bretagne.

Dennis Morris, Home studio, Dalston, Hackney, Londres
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Dennis Morris, Home studio, Dalston, Hackney, Londres, début des années 1970

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© Dennis Morris

« On vivait à l’étroit, dans des conditions difficiles, et il était courant de diviser la pièce en deux avec un rideau. Mais on était très fiers. Nos chambres étaient impeccables, tout était à sa place », commente Dennis Morris au sujet de sa série « Dignity and Pride ». Il poursuit ensuite son exploration de la société britannique du côté de Southall, où s’est établie la communauté Sikh, s’amuse aussi de l’excentricité de ces Anglais qui participent à des concours de grimaces.

Un proche de Bob Marley

« Pour photographier Bob, il fallait juste être conscient. »

Vient ensuite la rencontre avec Bob Marley, qui bouleverse tout. Malgré son jeune âge, l’œil de Dennis Morris, qui a déjà vu tant de choses, parvient à révéler l’homme derrière l’icône rastafari. Qu’il soit en train de jouer au foot ou de fumer un énorme joint, le musicien semble irradier de lumière sur chacune des images du photographe, qui brillent par leur spontanéité. « Nous avions une manière de travailler ensemble qui était tout à fait naturelle. Il y avait une confiance entre nous. C’est ce qui en faisait la beauté. Pour photographier Bob, il fallait juste être conscient », relate celui qui a compté parmi les proches du musicien jusqu’au décès prématuré de ce dernier, à seulement 36 ans, des suites d’un cancer de la peau particulièrement agressif.

Dennis Morris, Lively up yourself
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Dennis Morris, Lively up yourself, 1977

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© Dennis Morris

Dès lors, Dennis Morris se fait un petit nom dans l’univers du reggae des années 1970 et multiplie les allers-retours entre la Jamaïque et l’Angleterre. Lee « Scratch » Perry, Peter Tosh, King Tubby et The Gladiators défilent face à son objectif, tout comme des groupes plus confidentiels, pour lesquels il signe les pochettes de disque. NME, Time Out, Melody Maker : ses clichés inondent la presse musicale tandis qu’il s’illustre aussi comme directeur artistique, façonnant l’image et l’allure des musiciens qui croisent sa route.

Le photographe des Sex Pistols

Dennis Morris capture sans détour la rage d’une jeunesse aux abois qui pogote dans un bain de bière tiède et de sueur comme si sa vie en dépendait.

Du reggae au punk, Dennis Morris documente les contre-cultures qui ont embrasé l’Angleterre des années 1970, période sombre marquée par la récession et le chômage de masse. Devenu photographe officiel des Sex Pistols, il capture sans détour la rage d’une jeunesse aux abois qui pogote dans un bain de bière tiède et de sueur comme si sa vie en dépendait. Tout y est : les chambres d’hôtel ravagées par la tornade Sid Vicious, l’énergie communicative de Johnny Rotten, la mélancolie ravageuse de Nancy Spungen…

Dennis Morris, Sid Vicious, Stockholm, Suède, 25 Juillet 1977
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Dennis Morris, Sid Vicious, Stockholm, Suède, 25 Juillet 1977

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© Dennis Morris

L’exposition se clôt sur un vertigineux trombinoscope. Patti Smith, The Stone Roses, Oasis… Sur les cimaises défilent les plus grandes icônes du rock qui ont un jour croisé la route du photographe, dont les clichés (volés) se déclinent désormais à l’envi sur les t-shirts et autres goodies cheap du marché de Camden. Parmi toutes ces stars, l’une brille plus que les autres : c’est Marianne Faithfull, disparue quelques jours avant le début de l’exposition. En 1979, Denis Morris shoote la pochette du mythique Broken English. Une image magnétique, prise à la volée lors d’une soirée passablement alcoolisée. Un one shot pour l’éternité.

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Dennis Morris. Music + Life

Du 5 février 2025 au 18 mai 2025

www.mep-fr.org

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