Jean-Jacques Henner, La Comtesse Kessler, vers 1886
Huile sur toile • 109 x 69,5 cm • Coll. musée national JeanJacques Henner, Paris • © RMN-Grand Palais / Franck Raux
Pierre-Auguste Renoir, Jeune femme à la rose, 1918-1919
La couleur de la sensualité chez Renoir
Auguste Renoir nous livre ici le portrait d’un de ses derniers modèles, Andrée Heuschling, une « rousse bien en chair », actrice et première épouse de son fils, Jean Renoir. « La touche du peintre et le camaïeu de roux qu’Auguste Renoir affectionne en font plus l’incarnation d’un idéal féminin qu’un portrait », précise Claire Bessède, conservatrice et commissaire de l’exposition.
Huile sur toile • 41,5 × 33,5 cm • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris • © Petit Palais / Roger-Viollet
Carolus-Duran, Lilia, 1889
Le modèle roux en scène
Une nuque fragile, un dos tout en courbes voluptueuses, un profil à peine esquissé… La chevelure rousse ramassée en un chignon négligé est destinée ici à magnifier l’anatomie du modèle peint par Carolus-Duran. Une œuvre qui évoque les études de nus vus de dos de son ami Jean-Jacques Henner, présentées dans les salles du musée. Mais à la différence de celui-ci, l’artiste donne à son œuvre un caractère théâtral, renforcé par le rideau rouge de l’arrière-plan.
Huile sur toile • 90 x 74 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Jean-Jacques Henner, La Liseuse, 1883
Brûlante lecture
Une des œuvres les plus célèbres de Jean-Jacques Henner ! On ne sait ni quel personnage elle incarne, ni où elle se trouve : c’est tout simplement une femme qui lit. « Sa chevelure d’un roux presque doré illumine le tableau et contribue à sa sensualité », souligne Claire Bessède. La masse vaporeuse de sa crinière se fond dans le décor, créant une sorte d’écrin cotonneux à l’éclatante nudité du modèle.
Huile sur toile • 94 x 123 cm • Coll. musée national Jean-Jacques Henner, Paris • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Jean Paul Gaultier / Maison Martin Margiela, Création spéciale pour Sonia Rykiel, 2008
Le « rouge hurlant » de Sonia Rykiel
À travers ces tenues, les deux couturiers rendent hommage à la créatrice de mode Sonia Rykiel, disparue en 2016, qui avait fait de sa chevelure rousse un véritable emblème. « J’étais rousse. Rousse comme il n’est pas permis de l’être. Rousse sang. Pas d’une couleur orangée très vive mais d’un rouge flamboyant, un rouge rubis, un rouge hurlant. » Ces créations mettent en lumière la puissance et le magnétisme qui sont les attributs de la chevelure rousse, mais aussi son caractère éminemment distinctif.
Feutre sur papier / Défilé • 21 × 29,5 cm • Coll. particulière Nathalie Rykiel • © Jean-Paul Gaultier / © Frédérique Dumoulin
George Catlin, Portrait de Wa-ta-we-buck-a-nak (Général Commandant), vers 1846
Un redoutable attribut
Dès 1820, George Catlin se passionne pour la culture indienne et entreprend cinq voyages dans l’Ouest américain, où il rencontre quarante-huit tribus. Ici, il fait le portrait d’un chef indien portant la coiffure caractéristique des Ioways : une crête de cheveux teints en rouge orangé. « Comme son collier en griffes de grizzli ou les traits de couleur qu’il a sur le visage, cette crête rousse contribue à le mettre en valeur et à le rendre impressionnant. Il incarne à la fois la sauvagerie et la séduction, le drame et la vitalité », selon Claire Bessède.
Huile sur toile • 81 x 65 cm • Coll. musée du quai Branly - Jacques Chirac, Paris • © RMN-Grand Palais / Patrick Gries / Bruno Descoings
Jules Renard, livre illustré par Pierre Falké, Poil de Carotte, 1928
Les infortunes de « Poil de carotte »
Dans ce roman autobiographique, ici joliment illustré par Pierre Falké, Jules Renard raconte l’enfance difficile d’un garçon roux surnommé « Poil de carotte ». « J’étais roux, franchement roux et méchant, madame, mais à mesure que la bonté me venait par la raison, mon poil passait au blond. » Si l’écrivain a voulu dénoncer les humiliations dont il a été l’objet, le succès de son livre a paradoxalement popularisé ce sobriquet.
© RMN-Grand Palais / Mathieu Rabeau
Geneviève Boutry, Lauriane, 2009
Au-delà des préjugés
La photographe contemporaine Geneviève Boutry, sensible aux discriminations subies par cette minorité (2 % dans le monde), a consacré aux roux deux séries de portraits et un livre qui capturent l’identité singulière de chacun de ses modèles. Ici, la longue chevelure rousse aux accents romantiques de cette jeune femme est particulièrement mise en valeur par sa tenue sombre et le décor hivernal.
Argentique, tirage sur papier • 30 x 40 cm • Coll. & © Geneviève Boutry
Roux ! de Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel
Du 30 janvier 2019 au 20 mai 2019
Musée national Jean-Jacques Henner • 43, avenue de Villiers • 75017 Paris
www.musee-henner.fr
À lire
Rousses ! Les flamboyantes à travers l’histoire
Par Édith Pauly
Éd. Quai des Brunes • 128 p. • 21 €
Tantôt sorcières, tantôt femmes fatales, depuis le Moyen Âge les rousses font face aux préjugés. Édith Pauly leur rend justice avec son livre « Rousses ! Les flamboyantes à travers l’histoire ». Peinture, cinéma, littérature et aussi publicité, l’auteure et journaliste fait la part entre mythes et réalité, et décortique les idées reçues, qui peuvent aujourd’hui encore être tenaces.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Henner, le peintre des « ors fauves »
La Comtesse Kessler, femme d’un banquier allemand installé à Paris, aurait demandé au peintre de faire son portrait par l’intermédiaire d’une amie. Cette dernière lui écrivit : « Vous aurez une chevelure admirable à peindre ». De fait, la crinière de feu de cette femme vêtue de noir et à la peau laiteuse suffit à donner de l’éclat au tableau. Jean-Jacques Henner, peintre des « ors fauves », crée alors une harmonie colorée diablement séduisante.