En partenariat avec Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de Corée du Sud

Nam June Paik, “Wrap Around the World”, extrait vidéo, 1988
« L’histoire contemporaine de la Corée ressemble à un film. En un siècle, elle est passée d’une nation colonisée à un puissant exportateur culturel, des ruines de la guerre à une économie mondiale de premier plan », explique le commissaire Lee Daehyung. Car c’est bien du tissu social, politique et culturel de cette péninsule d’Asie de l’Est, célèbre pour ses villes high-tech qui contrastent avec le charme authentique de sa culture traditionnelle, dont parle cette exposition regroupant des vidéos et expériences numériques. L’écologie, l’urbanisation, la mémoire collective… : les thèmes abordés traitent de notre modernité, de ses défis et contradictions.
Les artistes choisis ? 11 talents coréens, nés entre la fin des années 1960 et le début des années 1990, sans oublier bien sûr le pape de l’art vidéo, Nam June Paik, né à Séoul en 1932, qui a le droit à une section dédiée. L’occasion de revoir « Wrap Around the World », émission de « satellite art » créée à l’origine pour les Jeux olympiques de Séoul en 1988. Selon le commissaire, l’artiste rêvait alors « d’un monde où l’art transcende les formes fixes et évolue continuellement grâce au numérique. Il se représentait le paysage futur d’un monde meilleur, où humains et technologie fusionnent pour maximiser le potentiel créatif de l’humanité. »
Kang Yiyun, Finite, 2021
Ainsi, toutes les œuvres de l’exposition rejoignent ce propos – comme autant d’expériences exceptionnelles pour le visiteur. Parmi les créations en réalité virtuelle et les installations immersives, on retient la plongée dans les songes surréalistes des artistes Dong-wook Kim & Jin-kyung Jeon (Inside Dream) ou l’œuvre vidéo Finite de Kang Yiyun, qui alterne destruction et régénération en faisant disparaître des feuillages au profit de buildings, des flammes au profit de glaciers… L’esthétique léchée et le rythme, souvent lent, invitent à la méditation et au recueillement.
Immergés dans les univers poétiques des artistes, nous partons à la découverte de leurs aspirations, de leurs préoccupations et de leur douloureux passé. En effet, qui pense à la Corée du Sud pense à la Corée du Nord, leur frontière et la terrible guerre qui les opposa entre 1950 et 1953. « Rien n’est impossible puisqu’on a survécu à la guerre ! Je me souviens encore du ton moralisateur que prenait mon grand-père lorsqu’il répétait cette phrase, lui qui avait traversé les vents violents de la colonisation japonaise et de la guerre de Corée. Sa souffrance et son esprit inflexible ont naturellement été transmis à la génération de mes parents. Une génération qui a participé à la reconstruction du pays, à sa reprise économique et à son industrialisation. »
Kwon Hayoun, 489 Years, 2016
« En revanche, la génération suivante, née dans l’abondance matérielle, a cherché de nouvelles valeurs et de nouveaux défis pour remplacer la mémoire de ce lointain passé », confie le commissaire, animé par le pouvoir libérateur de l’art. L’expérience en réalité virtuelle de Kwon Hayoun en est le parfait exemple : simulant des souvenirs de soldats dans la zone coréenne démilitarisée, on y entre comme dans un jeu vidéo, guidé par les témoignages sonores. Son titre, « 489 Years », indique le nombre d’années nécessaires pour déminer cette zone tampon entre la Corée du Sud et la Corée du Nord qui, grâce à la réalité virtuelle, se transforme peu à peu en frontière naturelle…
Yeom Ji Hye, Symbioplot: Where We Cohabit, 2020
Une manière de glorifier la technologie, puissant moteur de la croissance économique du pays et source de ses bouleversements sociaux. L’envol est tel que, depuis les années 2010, le rayonnement culturel opère à l’international : les séries coréennes envahissent les plateformes de streaming, les boys bands de K-pop font un carton plein dans le monde entier, et nombreux sont les jeunes qui relayent sur les réseaux sociaux leurs séjours à Séoul, ville où s’assouvissent leurs fantasmes de modernité. L’exposition, en choisissant des œuvres qui sondent la pensée humaine, l’inconscient et la mémoire collective, éclaire ainsi le récit de cette hallucinante métamorphose.
Decoding Korea
Du 26 juillet 2024 au 25 août 2024
Grand Palais Immersif • Place de la Bastille • 75012 Paris
grandpalais-immersif.fr
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