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Paris

Le patrimoine en péril de Gaza révélé à l’Institut du monde arabe

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Publié le , mis à jour le
À l’heure où Gaza connaît une destruction sans précédent, l’Institut du monde arabe remet en lumière son histoire plurimillénaire dans une exposition. Mosaïques, vases, amphores, figurines… Une centaine de pièces archéologiques rares témoignent du passé foisonnant de ce territoire, jadis carrefour commercial majeur. Témoignage poignant d’un passé riche et cosmopolite, cet accrochage rappelle avec force l’urgence de protéger l’héritage culturel d’un territoire en péril.
Tête de femme cypriote coiffée du Sakos, Gaza
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Tête de femme cypriote coiffée du Sakos, Gaza, milieu du Ve siècle av. J.-C

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Calcaire • Coll. Col. S. Abu Salim • Photo Maillard

« Cette exposition est un hommage au peuple de Gaza », déclare Jean-Baptiste Humbert, ancien directeur du département d’archéologie de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Lors de l’inauguration de « Trésors sauvés de Gaza. 5 000 ans d’histoire » à l’Institut du monde arabe, l’archéologue, qui a participé aux toutes premières fouilles sur le territoire gazaoui en 1994, ne cache pas son émotion. L’accrochage a « une portée symbolique et politique au moment où le président américain prétend s’emparer de Gaza et chasser ses habitants », soutient quant à lui Jack Lang, président de l’institution.

Alors que depuis l’attaque, qui a fait 1 200 morts, et la prise d’otages par le Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, plus de 50 000 Gazaouis ont été tués par l’armée israélienne, les dommages sur de nombreux sites patrimoniaux s’avèrent immenses. C’est la mémoire de millénaires d’art et d’histoire aujourd’hui en danger que l’Institut du monde arabe remet en lumière, 25 ans après « Gaza méditerranéenne, histoire et archéologie en Palestine » – un accrochage pionnier qui révélait les découvertes archéologiques exceptionnelles des équipes franco-palestiniennes.

Une collection archéologique en exil

« Qui se souvient que Gaza fut pendant 2000 ans le plus grand carrefour commercial de la région ? »

Élodie Bouffard

Montée en quelques mois, cette nouvelle exposition présente ainsi une centaine de pièces archéologiques qui témoignent de la vie quotidienne à Gaza, de l’âge du bronze à l’époque ottomane. Stockées depuis 17 ans dans un port franc de Genève avec des centaines d’autres, ces objets auraient dû faire partie d’un musée archéologique à Gaza – qui n’a malheureusement jamais pu voir le jour.

Fragment de récipient : Chien et panthère se faisant face, Gaza, Blakhiyah
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Fragment de récipient : Chien et panthère se faisant face, Gaza, Blakhiyah, Ve siècle av. J.-C.

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Céramique à figures rouges • 6 × 4 cm • Autorité Palestinienne • Photo Bettina Jacot Descombes

Issues des campagnes de fouilles conduites par l’Autorité palestinienne en collaboration avec l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, les pièces en question arrivent en 2006 jusqu’au musée d’Art et d’Histoire de Genève pour sa grande exposition « Gaza à la croisée des civilisations ». 260 œuvres de la collection privée de Jawdat Khoudary viennent également augmenter cette collection en exil, de nouveau mise en valeur aujourd’hui à l’Institut du monde arabe.

Une scénographie autour de la « l’idée de la trace »

Ces « objets en transit, prêts à repartir » sont disposés dans une salle « pensée comme un espace de stockage ».

« Qui se souvient que Gaza fut pendant 2000 ans le plus grand carrefour commercial de la région ? », interroge Élodie Bouffard, la commissaire de l’exposition. Pour ne pas oublier les splendeurs de Gaza, elle a conçu un parcours chronologique qui nous fait traverser plusieurs civilisations (babylonienne, romaine, byzantine, arabe…) sur cinq millénaires à travers des vases, amphores, lampes à huile, figurines… De grands anneaux en marbre blanc témoignent de l’activité maritime à Gaza dès le Ve siècle avant notre ère, quand un pavement de mosaïque représentant une girafe, un éléphant ou encore un chien féroce nous transporte à l’époque byzantine…

À gauche : Flacon anthropomorphe de l’époque romaine (I<sup>er</sup>– II<sup>e</sup> siècles) ; à droite : Grande lampe à protomé de lion de la période romaine (I<sup>er</sup>siècle) ou période byzantine (V<sup>e</sup>– VI<sup>e</sup> siècles)
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À gauche : Flacon anthropomorphe de l’époque romaine (Ier– IIe siècles) ; à droite : Grande lampe à protomé de lion de la période romaine (Iersiècle) ou période byzantine (Ve– VIe siècles)

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à gauche :
Lieu de découverte : Gaza, Blakhiyah (antique Anthédon de Palestine), probablement d’une tombe de la nécropole nord au vu de l’état de conservation.
Verre transparent légèrement verdâtre, soufflé dans un moule. Forme : flacon anthropomorphe à deux têtes et bord en bandeau ; diamètre 4,50 cm; haut. 9 cm
Autorité Palestinienne
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à droite :
Lieu de découverte : Gaza, découverte sous-marine, 2004
Bronze, fonte creuse (corps de la lampe) et fonte pleine (poignée).
Forme en 2 parties : corps de la lampe + anse plastique ; poignée anciennement soudée à la partie arrière du réservoir.
long.: 28 cm; larg.: 11.7 cm; haut.: 7 cm; haut. max.: 20 cm
Autorité Palestinienne

L’espace nous permet – un peu à la manière de la Galerie du Temps du Louvre-Lens – de déambuler d’une œuvre à une autre, et nous offre une traversée dans l’histoire. Le duo d’architectes palestiniens Elias et Yousef Anastas a imaginé une scénographie autour de la « l’idée de la trace ». Ces « objets en transit, prêts à repartir » sont disposés dans une salle « pensée comme un espace de stockage », décrivent les scénographes. « On voulait rappeler que ces pièces viennent d’un même contexte, sans les sacraliser, ni les théâtraliser », ajoutent-ils.

Le défi de la protection du patrimoine gazaoui

La deuxième partie de l’exposition porte sur la question de la protection du patrimoine en temps de guerre. Grâce aux données de l’UNESCO et au travail d’un groupe de chercheurs (historiens, archéologues, géographes…) autour du projet « Gaza histoire », une carte du patrimoine bombardé nous permet de visualiser et de comprendre l’ampleur des destructions des bâtiments historiques, des sites religieux, des centres culturels… Tandis que le musée de Rafah a été complètement rasé par les frappes aériennes, le monastère de Saint-Hilarion est inscrit depuis juillet 2024 sur la liste du patrimoine mondial en péril de l’UNESCO.

À gauche : Vase en forme de cratère (seconde moitié de la XVIII<sup>e</sup> dynastie ; à droite : Prêtresse au tambourin, Gaza (VIll<sup>e</sup>-VIl<sup>e</sup>siècle av. J.-C.)
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À gauche : Vase en forme de cratère (seconde moitié de la XVIIIe dynastie ; à droite : Prêtresse au tambourin, Gaza (VIlle-VIlesiècle av. J.-C.)

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Lieu de découverte : Gaza, Tell el-Ajjul, 1997
Calcite, récipient taillé dans un gros bloc, poli à l’extérieur, traces de peinture noire sous le col et sur la panse. Forme : fond plat, large panse aux épaules arrondies, deux anses, col haut et lèvre en bourrelet
haut.: 26 cm; diam. max.: 22.5 cm; diam.: 17 cm ouverture
Autorité Palestinienne
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à droite :
Terre cuite. Collection Samir Abu Salim

Photos Bettina Jacot Descombes / Ph. Maillard

Face au risque grandissant d’anéantissement, une « archéologie d’urgence et de préservation » s’est imposée aux Palestiniens. L’exposition décrit les actions menées pour documenter et sauver ces trésors, dont beaucoup sont soutenues par l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine (ALIPH), le principal fonds mondial dédié à la protection du patrimoine dans les zones de conflit. Parmi les initiatives, le projet « Intiqal » permet notamment de former sur place des étudiants en archéologie et en architecture. Coordinateur scientifique de ce programme, l’archéologue René Elter en est certain : « sans patrimoine on ne peut pas s’ancrer dans un sol. »

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Trésors sauvés de Gaza. 5000 ans d’histoire

Du 3 avril 2025 au 2 novembre 2025

www.imarabe.org

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