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Musée de la Corse – CORTE

L’échappée belle d’Henri Matisse en Corse

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En 1898, le jeune Henri Matisse, tout juste marié, passe six mois merveilleux sur l’île de Beauté. Dans ce pays où « tout brille, tout est couleur, tout est lumière », l’artiste s’affranchit peu à peu des codes et libère la couleur. Une exposition au musée de la Corse à Corte revient sur cette période charnière de la carrière du peintre, qui annonce les prémices de la révolution fauviste.
Henri Matisse, La mer en Corse, le Scoud
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Henri Matisse, La mer en Corse, le Scoud, 1898

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Huile sur toile • Corte, musée de la Corse • © Succession H. Matisse Photo : Musée de la Corse/Philippe Jambert

« Je suis dans un pays merveilleux où je vais rester probablement très longtemps (je n’ose pas dire deux ans). » Ce lieu que décrit avec enchantement Henri Matisse dans une lettre adressée à son ami Albert Marquet, rencontré des années plus tôt dans l’atelier de Gustave Moreau, c’est la Corse. Le peintre vient alors d’accoster à Ajaccio le 5 février 1898 en compagnie de sa jeune épouse Amélie après une traversée des plus chaotiques : pluie, vent, grêle et mauvaise mer n’ont pas épargné les pauvres passagers du vapeur Bocognano ! Mais alors que la tempête s’est enfin dissipée, place à l’éblouissement.

L’enfant du Nord, né au Catteau-Cambrésis en 1869, s’enthousiasme très vite pour les amandiers en fleurs et les orangers dont les fruits sont semblables à des « bijoux sertis ». Mais surtout, il se prend de passion pour les eaux tranquilles de la Méditerranée, cette mer « bleu, bleu, si tellement bleu qu’on en mangerait ». Bientôt, le couple pose ses valises dans un appartement de la charmante villa de la Rocca, une maison construite quelques années auparavant dans ce qui allait devenir le quartier touristique de la ville – le quartier dit « des étrangers ». À l’image des stations balnéaires de la Riviera, Ajaccio devient à la Belle Époque une destination prisée par une bourgeoisie en quête de douceur pour les longs mois d’hiver.

Henri Matisse, au moment de son mariage avec Amélie le 10 janvier 1898 à Paris
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Henri Matisse, au moment de son mariage avec Amélie le 10 janvier 1898 à Paris

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Archives Henri Matisse • Photo : Archives Henri Matisse / DR

La découverte de la lumière du Sud est une révélation pour Matisse, qui n’a connu que le Nord, Paris et la Bretagne. Le jeune peintre, qui s’est dernièrement initié à l’impressionnisme à Belle-Île, traverse alors une intense période de doute marquée par toutes sortes d’expérimentations picturales. Il ne le sait pas encore, mais ce voyage marquera un tournant dans sa carrière. En six mois, l’artiste, comme pris d’une fièvre créatrice, peint 55 toiles et dessine à l’encre de Chine. « C’est lentement que je parvins à découvrir le secret de mon art. Il consiste en une méditation d’après la nature, en l’expression d’un rêve toujours inspiré de la réalité », se souvient-il dans les années 1920.

Matisse apprivoise enfin son art. Peu à peu, les contours s’estompent sur la toile. Il abolit les règles de la perspective, brouille les repères visuels. Mais surtout, le peintre abandonne les terres et les bistres, des tons sombres et tristes qui prédominaient alors sur sa palette. Du bout de son pinceau, il fait enfin jaillir la couleur tout en s’affranchissant de ses sujets, à l’image de La Cour du moulin à Ajaccio (1898), dont les murs se parent d’un intense camaïeu de rose. « La couleur doit être pensée, rêvée, imaginée » n’avait de cesse de répéter le maître Gustave Moreau dans son atelier… Violet, vermillon ou encore vert émeraude : l’ancien élève du symboliste s’approprie ce nouveau langage qui traduit son amour pour la lumière méditerranéenne. Lumière qui deviendra la quête quasi existentielle de son art : « il faut avant tout sentir cette lumière, l’avoir en soi. »

« Un impressionniste épileptique et fou »

Sa peinture se fait généreuse, sensuelle. Celui qui autrefois préférait copier les grands maîtres au Louvre se prend de passion pour la peinture de plein air. Il passe alors de longues heures à arpenter les jardins de la ville, en particulier une oliveraie située à deux pas de sa villa. Amandiers, oliviers, pêchers en fleurs… Matisse assiste avec délice à l’arrivée du printemps, et au fur et à mesure que la nature se réveille, le peintre, lui, se révèle. Il plante aussi évidemment son chevalet en bord de mer, comme lorsqu’il peint La Mer en Corse, Le Scoud (1898) [ill. en une], dont l’achat en 2019 par la collectivité de Corse a marqué le point de départ de cette exposition. Avec ce vaste paysage nimbé de couleurs chatoyantes, le peintre rejette toute forme de mimétisme et s’affranchit du réel.

Henri Matisse, Pêcher en fleurs
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Henri Matisse, Pêcher en fleurs, 1898

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huile sur toile • Collection particulière • © Succession H. Matisse / Photo : Xavier Martinez

De retour en France après six mois d’éblouissement, Matisse partage son enthousiasme avec son ami Henri Evenepoel. La réaction de ce dernier est sans appel : « J’ai revu également mon ami Matisse, de retour de Corse, pour quelques jours ! rapporte-t-il dans une lettre. Il m’en a rapporté d’extraordinaires études par un impressionniste épileptique et fou ! Je lui ai dit très franchement ma façon de penser ! C’est insensé, lui qui avait de si jolies qualités. » Sous le soleil ardent de l’île de Beauté, un Fauve est né.

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Matisse en Corse. Un pays merveilleux

Du 24 juillet 2021 au 30 décembre 2021

www.musee-corse.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Henri Matisse Fauvisme

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