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FONDATION LOUIS VUITTON

« L’Atelier rouge » de Matisse : une éblouissante révolution à la fondation Louis Vuitton

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Publié le , mis à jour le
Avec L’Atelier rouge, toile sidérante de 1911, le peintre se réinvente en un geste foudroyant. La fondation Louis Vuitton, qui a exceptionnellement réuni la majorité des œuvres figurant sur le tableau, retrace l’histoire de ce coup d’éclat qui fit basculer la peinture dans la modernité et déboussola Matisse lui-même.
Henri Matisse, L’Atelier rouge, Issy-les-Moulineaux
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Henri Matisse, L’Atelier rouge, Issy-les-Moulineaux, 1911

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Huile sur toile • 181 x 219,1 cm • Coll. MoMA, New York • © Succession Henri Matisse / Photo The Museum of Modern Art, New York / © Digital image / Scala, Florence

Qu’est-ce qui lui a pris ? Pourquoi diable Matisse a-t-il soudain vu rouge, noyant sa toile sous cette nuance brique qui n’épargne aucun détail ? En cet hiver 1911, lui-même semble abasourdi par son geste. Rouges le sol et les murs ; rouges les tables, la chaise, le vase et la commode. La radicalité est totale. L’Atelier rouge est une révolution. « Ce tableau ne s’est pas fait comme je l’avais imaginé au départ, confie l’artiste à l’écrivaine hongroise Vilma Balogh à l’aube de 1912. Je l’aime bien, mais je ne le comprends pas tout à fait. Je ne sais pas pourquoi je l’ai peint exactement comme cela. »

Ce serait presque inconsciemment que le peintre alors au sommet aurait fait de ce canevas le laboratoire de toutes les expériences qui fonderont l’aventure de l’art moderne ? Avec ce coup d’éclat, il dérègle les curseurs de notre regard. Aujourd’hui encore, la sidération demeure, que provoque cet all-over avant l’heure. Assurément, il s’agit de l’une de ses toiles les plus sophistiquées : un abysse pour le regard. Le lieu physique s’y efface sous l’invasion du rouge vénitien pour laisser place à un espace mental, à la fois plan et profond, fini et infini.

Uun geste foudroyant

« Pour le sujet des décorations de la chambre, vous pouvez prendre ce que vous voulez (figures, paysages, natures mortes) même un peu (mais peu) du nu. »

L’œuvre a été peinte au cours de l’année 1911, dans l’atelier d’Issy-les-Moulineaux où Matisse vient d’emménager. La première demeure qu’il a pu s’offrir sur mesure, avec sa serre entourée de jardins inspirants. Matisse a 41 ans et déjà une belle carrière. Sa révolution fauve, au début du siècle, l’a ouvert au bouleversement de la couleur. Depuis, il invente d’étranges scènes arcadiennes, atteignant des sommets avec ses deux versions de la Danse.

Henri Matisse, La Danse
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Henri Matisse, La Danse, 1909–1910

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Huile sur toile • 260 × 391 cm • Coll. musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg • © Succession Matisse / Photo State Hermitage museum, Saint-Pétersbourg

C’est ce styliste d’une certaine joie de vivre que nous retrouvons en cet hiver d’avant-guerre. Encore une fois, il se réinvente d’un geste foudroyant. Le magnat russe Sergueï Chtchoukine lui a passé commande. Il est enchanté par la Danse qu’il vient d’acquérir auprès de Matisse, cette ronde de corps orangés qui flottent sur un fond vert et bleu. En fidèle collectionneur, il lui cherche des compagnons dignes de son audace. Concernant les trois panneaux qu’il commande au peintre, il lui laisse carte blanche : « Pour le sujet des décorations de la chambre, vous pouvez prendre ce que vous voulez (figures, paysages, natures mortes) même un peu (mais peu) du nu. » Ainsi naît l’Atelier rouge.

Les œuvres du tableau réunies

Portrait de Matisse par Ewing Galloway
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Portrait de Matisse par Ewing Galloway

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Quelques années après s’être installé à Issy-les-Moulineaux, où il a peint l’Atelier rouge, Matisse (1869–1954) découvre Nice. Il y vivra jusqu’en 1943, avant de s’installer à Vence.

© Succession Henri Matisse / Photo Ewing Galloway / UIG / Bridgeman Images

Entrons dans sa danse pour en comprendre la splendeur. Dans cet océan de carmin, l’espace s’estompe, les surfaces se déroutent, si bien que l’atelier semble entrer en lévitation. « À ce moment crucial de l’évolution de l’art moderne, Henri Matisse n’a pas choisi entre la figuration et l’abstraction, entre la profondeur picturale illusoire et la planéité de l’image. Il s’appuie plutôt sur la couleur pour exprimer son monde de manière à la fois concrète et conceptuelle », analysent Ann Temkin et Dorthe Aagesen dans le catalogue de l’exposition présentée par la fondation Louis Vuitton.

Aucun point de focale ici : le regard s’écartèle ; une force centrifuge emporte chaque motif, accentuée encore par la rondeur du verre et de l’assiette au premier plan, par le cadran de l’horloge qui, au fond, a perdu ses aiguilles pour nous soustraire au cours du temps.

Henri Matisse, Grand nu couché (Nu rose)
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Henri Matisse, Grand nu couché (Nu rose), 1935

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Huile sur toile • 66,4 × 93,3 cm • Coll. The Baltimore Museum of Art • © Succession Henri Matisse, 2023 © The Baltimore Museum of Art / Photo Mitro Hood

Pourtant, plusieurs plans se dessinent, soulignés par les différentes échelles, les quelques allusions à une troisième dimension et les diverses nuances de rouge, couleur qui fut appliquée en toute dernière instance, une fois l’ensemble des éléments posé : par endroits, l’artiste a peint une sous-couche rose, à d’autres endroits elle est bleue, ce qui fait virer le rouge vénitien de la plus délicate manière et fait vibrer l’espace. Sur cette surface stupéfiante, flottent 11 œuvres agencées dans la pièce.

Une galerie en suspens, état des lieux de sa création au temps T. Le miracle de l’exposition de la fondation Louis Vuitton, c’est de les rassembler exceptionnellement, 113 ans après cette apothéose. Seules deux n’ont pu être retrouvées : le buste en plâtre Jeannette (IV) a disparu, n’en reste que les tirages en bronze. Et le Grand Nu de 1911, que Matisse surnommait la Nuit, a été détruit après sa mort, à la demande du peintre insatisfait. L’Atelier rouge en offre l’unique souvenir en couleurs.

À gauche, « Baigneurs » de Matisse (1907). À droite, « Le Luxe (II) » de Matisse (1907-1908)
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À gauche, « Baigneurs » de Matisse (1907). À droite, « Le Luxe (II) » de Matisse (1907–1908)

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Huile sur toile / détrempe sur toile • 73 × 59 cm / 209,5 × 139 cm • Coll. SMK, Copenhague • © Succession Henri Matisse / Photo SMK, The National Gallery of Denmark, Copenhague

Parmi ces 11 œuvres, certaines sont des toiles, d’autres de petites sculptures. Nus et scènes arcadiennes en majorité, dont l’œil peine parfois à discerner les détails dans le traitement rapide que le peintre leur réserve. Quasiment toutes datent de la période 1906–1911, exception faite d’un souvenir des débuts, Corse, le vieux moulin, peint en 1898 à Ajaccio.

Pour Matisse, la note est doublement autobiographique : c’est au cours de son voyage de noces qu’il a découvert la Corse et la lumière méditerranéenne. En septentrional merveilleusement dépaysé, il s’y enthousiasme des « amandiers en fleurs au milieu d’oliviers argentés », de « la mer bleue, bleue, si tellement bleue qu’on en mangerait », décrit-il à son compère Albert Marquet. Ce tableau est l’un des premiers où il laisse la couleur charpenter la composition. Treize ans après, avec L’Atelier rouge, elle la domine absolument.

Autoportrait en creux

Certaines toiles sont facilement identifiables, leurs teintes proches de l’original. D’autres font l’objet de changements radicaux. Ainsi, son Jeune Marin peint à Collioure, en 1906. Peu importe à Matisse que ce chef-d’œuvre aujourd’hui conservé au Metropolitan de New York ait crispé les amateurs de l’époque, à l’instar de ce critique qui écrivait : « Mère Nature ne déformerait pas l’infirme le plus hideux avec les zigzags délirants du malheureux marin de Matisse. Comme dans un dessin d’enfant, ses yeux sont entourés d’un trait de l’épaisseur d’un doigt. Il n’y a pas de mots pour le décrire, il faut aller le voir. »

À gauche, « Jeune Marin (II) » de Matisse (1906). À droite, « Cyclamen » de Matisse (1911)
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À gauche, « Jeune Marin (II) » de Matisse (1906). À droite, « Cyclamen » de Matisse (1911)

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Huile sur toile • 101,3 × 82,9 cm / 72,5 × 59 cm • Coll. MoMA, New York / Coll. particulière • © Succession Henri Matisse / Photo The Metropolitan Museum of Art, New York / Dist. RMNGrandPalais / Courtesy Andrew Strauss, Paris

Dans la version pour L’Atelier rouge, le peintre le pousse encore plus loin en modernité. À l’angle supérieur droit, les trois nus de Luxe sont également métamorphosés. Ils sont coupés, et leur peau se pare du même rouge qui envahit l’atelier.

L’original, variation à partir de son chef-d’œuvre Luxe, calme et volupté de 1904, est l’une de ses premières peintures à la détrempe, technique à la colle à l’os qu’il découvre avec les fresques de Giotto et de Piero della Francesca lors d’un voyage en Italie en 1906. Luxe est comme une figure annonciatrice de la Danse (I) et (II) – clin d’œil à Chtchoukine peut-être ? Il subit ici le même traitement étonnant que les meubles, auquel seul résiste le fauteuil jaune en rotin : à part lui, vase, tables, chaise, commode, socles, tous n’existent que par le cerne clair de leur silhouette, réserves ménagées par l’artiste dans son invasion de rouge.

Henri Matisse, Luxe, calme et volupté
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Henri Matisse, Luxe, calme et volupté, 1904

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huile sur toile • 98 x 111,8 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Succession H. Matisse / Photo RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

« En fin de compte, l’atelier est l’artiste et l’artiste est l’atelier ».

Vase à long col, céramiques, tapisserie, les objets qui ponctuent l’espace évoquent l’attrait de Matisse pour les arts décoratifs qu’il aimait collectionner, notamment les émanations des cultures islamiques dont l’inspiration est ici prégnante. « Pour Matisse, ces objets servaient ses fins avec autant de personnalité que ses modèles humains », soulignent les autrices du catalogue. Ils dialoguent, par leurs courbes, avec les corps sculptés dont la toile est émaillée. La présence de Nu debout, très cambré (1906–1907) ou de Figure décorative (1908) rappelle l’importance majeure que Matisse conférait à la sculpture durant cette décennie.

À gauche, « Nu debout, très cambré » de Matisse (1906-1907). À droite, « Nu à l’écharpe » de Matisse (1909)
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À gauche, « Nu debout, très cambré » de Matisse (1906–1907). À droite, « Nu à l’écharpe » de Matisse (1909)

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Terre cuite / Huile sur toile • 22 × 9 × 9 cm / 16,5 × 89 cm • Coll. particulière / Coll. SMK, Copenhague • © Succession Henri Matisse / Photo Jean-Louis Losi / © SMK, The National Gallery of Denmark

Les deux pièces imposent aussi leur sensualité dans cette toile que l’historienne de l’art Linda Nochlin définissait comme « une association sûre d’elle-même entre plaisir pictural et corps féminin nu ». Mais au final, on peut la lire aussi comme un autoportrait, dont le peintre n’est paradoxalement pas si absent. « En fin de compte, l’atelier est l’artiste et l’artiste est l’atelier », suggère le catalogue.

« Plus encore que son frère L’Atelier rose ou son cousin Intérieur aux aubergines, L’Atelier rouge incarne cette équivalence. Tout en assumant la responsabilité de représenter la réalité du domaine privé du peintre, le tableau met à l’épreuve son courage et sa croyance en son projet créatif. Un « panneau décoratif », remarquablement plat et néanmoins profond, monochrome sans l’être vraiment, se révèle être, pour Matisse, un terrain d’essai pour repenser la peinture moderne. »

Henri Matisse, Intérieur aux aubergines
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Henri Matisse, Intérieur aux aubergines, 1911

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Détrempe à la colle sur toile • 212 × 246 cm • Coll. musée de Grenoble • © Succession H. Matisse, 2021 / Photo Ville de Grenoble / Musée de Grenoble / Photo J.L. Lacroix

Une fois fini, L’Atelier rouge aurait dû rejoindre le palais de Chtchoukine à Saint-Pétersbourg. Matisse en demande 10 000 francs et prévient son commanditaire : « Ce tableau surprend tout à fait à première vue. C’est nouveau évidemment. Mme Stein le trouve le plus musical de mes tableaux. » Mais Chtchoukine renâcle. « Ce tableau me pose problème », confie-t-il à l’écrivaine Vilma Balogh. Au peintre, il précise qu’il « préfère maintenant [ses] tableaux avec des figures ». L’Atelier rouge ne fera jamais le voyage en Russie. Les doutes de son mécène ébranlent-ils la confiance du peintre en la puissance de sa toile ? Cette icône de la modernité a en tout cas été longtemps mal aimée.

Exposé dans un night-club de Londres

Henri Matisse, L’Atelier aux poissons rouges
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Henri Matisse, L’Atelier aux poissons rouges, 1912

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Autre contrechamp à l’Atelier rouge, cette toile s’ouvre sur la porte de l’atelier avec sa vue sur le jardin. Elle joue du même répertoire, confrontant le pan quasi abstrait de la fenêtre aux œuvres figuratives de la pièce, ici plongée dans un bleu nuit moins radical.

Huile sur toile • 118 × 101,5 cm • Coll. Barnes Foundation, Philadelphie • © Succession Henri Matisse / Photo Barnes Foundation / Bridgeman images

À peine sec, ce « panneau rouge », comme on l’appelait alors, est exposé à New York, Chicago, Boston. Nul acheteur à l’horizon. Critique d’art à Chicago, Harriet Monroe ricane : « Matisse […] jette sur sa toile des figures et des meubles avec l’impartialité prodigue et l’insouciance d’un enfant qui dessine. » Pas plus de succès à Düsseldorf, où il est montré dans la foulée. Puis il disparaît des expositions jusqu’en 1926. Et le voilà enfin qui entre en mains privées. Sur fond de décor exotique, il orne désormais les murs du Gargoyle Club, célèbre night-club de Soho, à Londres. Il faut attendre 1941 pour qu’il soit exposé au Museum of Modern Art de New York (MoMA). 30 ans après sa création, Alfred H. Barr Jr., directeur fondateur du musée, l’acquiert et le baptise du titre dont usait la famille Matisse : L’Atelier rouge.

Alors, enfin, il commence à susciter l’émoi chez les conservateurs et les artistes. Pour Barr, L’Atelier rose, Intérieur aux aubergines et L’Atelier rouge constituent une série de « très grandes compositions extrêmement élaborées qui distinguent sa peinture de 1911 de celle de n’importe quelle autre année […]. Ces intérieurs sont si vastes et si complexes que l’on peut raisonnablement les qualifier de « symphoniques ». »

Henri Matisse, L’Atelier rose
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Henri Matisse, L’Atelier rose, 1911

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Réalisé quelques mois avant l’Atelier rouge, au printemps 1911, l’Atelier rose en est bien plus que le brouillon : il fait partie des « intérieurs symphoniques » que Matisse réalise à la demande du collectionneur russe Chtchoukine et se trouve toujours conservé au musée des Beaux-Arts Pouchkine, à Moscou, qui abrite cette collection hors pair.

Huile sur toile • 181 x 221 cm • Coll. Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou • © Succession Henri Matisse / Photo Scala, Florence

Certes, le puissant critique Clement Greenberg note sans tendresse : « Ce n’est que le début fragile de quelque chose comme une décoration spectaculaire que Matisse réalisera avec plus de réussite quelques années plus tard sous l’influence du cubisme. » Mais l’enthousiasme prend le pas sur le scepticisme d’avant-guerre. Voilà « l’une des meilleures œuvres de Matisse, mais aussi l’une des plus belles du XXe siècle, clame James Thrall Soby, du comité des collections du musée. Outre ses qualités intrinsèques, [L’Atelier rouge] montre clairement pourquoi Matisse est resté un rival redoutable de Picasso en termes d’influence sur les jeunes artistes. » Septuagénaire, Matisse travaille alors à Nice sur ses papiers découpés et sur la chapelle du Rosaire à Vence, héritiers en droite ligne de ses expérimentations de 1911 qui foudroient toute une génération de jeunes abstraits américains.

Ce qui les frappe, souligne le catalogue, c’est que « l’atelier apparaît moins comme un lieu réel, avec son poids et ses dimensions, que comme un lieu de l’imagination. Paradoxalement, c’est sa planéité qui fait sa plénitude, créant un espace circulatoire illimité, insensible aux contraintes d’une pièce réelle. » Avec L’Atelier rouge, la peinture se peint. Au MoMA, Mark Rothko viendra le contempler souvent.

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Henri Matisse L’Atelier rouge

Du 7 mai 2024 au 9 septembre 2024

www.fondationlouisvuitton.fr

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À lire

Catalogue par Ann Temkin et Dorthe Aagesen – Coéd. fondation Louis Vuitton / Hazan • 232 p. • 45 €

Un catalogue brillant, digne d’une enquête policière, qui explore chaque pan de l’histoire de cette toile : sa modernité radicale, son destin, le rapport du peintre à son atelier. Il revient aussi sur chacune des œuvres peintes en abyme dans L’Atelier rouge. Seul regret : la postérité de cette toile, qui a fasciné tant d’artistes, n’est pas analysée.

Hors-série Beaux Arts Éditions • 84 p. • 14 € 

Retrouvez dans l’Encyclo : Henri Matisse Fauvisme

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