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Lena Vandrey, Les Anges à Jérusalem, 1999
technique mixte • Coll. Musée Lena Vandrey, Bourg Saint Andéol • Courtesy Musée Lena Vandrey / Photo Edie Lanciau
Lena Vandrey en 1990 dans son atelier, Les Planes
Courtesy Musée Lena Vandrey
C’est annoncé d’emblée : ceci n’est pas une exposition classique, non. Il ne s’agit pas d’aller de A à Z, des débuts à la confirmation, mais d’explorer un monde. Celui d’une artiste toujours en mouvement, qui devinait jusque dans la rouille le potentiel plastique des objets abandonnés. Pour nous guider dans cet univers de bric, de broc et de poésie, le commissaire Frédéric Legros – directeur du Palais du Facteur Cheval, voisin du château d’Hauterives – a choisi de s’entourer de Mina Noubadji-Huttenlocher. Compagne durant 35 ans de Lena Vandrey (1941–2018) et directrice de son musée à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), celle-ci ne sait pas cacher son émotion devant la petite troupe de journalistes venue découvrir la rétrospective de l’amour de sa vie, dont elle commente les œuvres en citant ses souvenirs – en tremblant parfois, aussi.
Vues de l’exposition “Lena Vandrey. Insomnia” au château de Hauterives
Courtesy Musée Lena Vandrey / Photo Origins Studio
Là, elle devient tour à tour bonne d’enfants, guide touristique, mannequin pour Ungaro et interprète pour Interpol !
Et si cette visite est particulière, c’est sans aucun doute parce que le personnage l’est aussi. Lena Vandrey est née en pleine Seconde Guerre mondiale à Breslau (aujourd’hui Wroclaw), dans une Pologne annexée par l’Allemagne nazie. À 18 ans, elle fuit ces terres qui veulent trop vite oublier l’atrocité, et se réfugie à Paris « pour faire œuvre réparatrice ». Là, elle devient tour à tour bonne d’enfants, guide touristique… Mais aussi, Frédéric Legros le dit en riant de ces grands écarts, « mannequin pour Ungaro et interprète pour Interpol ! » Il faut dire aussi que Lena est jolie, solaire. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les images d’archives où elle parle avec clarté, évoquant par exemple le souvenir poignant d’un jouet – que l’on retrouve dans l’une de ses installations –, un petit éléphant réalisé à partir d’un gant, offert à Lena enfant par une tante attentionnée et douée de ses doigts. « Cet éléphant m’a accompagnée toute ma vie. C’est mon fétiche, c’est mon totem. J’aime les éléphants. »
Elle dit d’ailleurs en avoir la mémoire et en être presque encombrée. Il en va de même des objets, qu’elle retient par poignée avant qu’ils ne disparaissent dans le néant, sauvant des boîtes jetées par leurs propriétaires, des cadres, des morceaux de choses. C’est une « matérialiste », explique Mina Noubadji-Huttenlocher, autrement dit une femme qui recueille les matières comme autant de trésors. Amie des brocanteurs et des antiquaires, elle a aimé restaurer des maisons que le temps, les exodes et la guerre avaient abîmées. « Restaurer ces ruines, ça m’a beaucoup plu. J’ai eu l’impression de vivre à genoux » pour « remettre droit ce que les gens avaient détruit ».
Lena Vandrey, Sans Titre, (Cycle Anges Matiéristes), 1970–1980
technique mixte • Coll. Musée Lena Vandrey, Bourg Saint Andéol • Courtesy Musée Lena Vandrey / Photo Edie Lanciau
« Nous pouvons tous faire la même chose, nous l’avons tous en nous. Il faut simplement se souvenir de ce que nous étions. »
Réparatrice, donc. Bricoleuse, surtout, et souvent ses œuvres jouent d’astuce, défiant l’usage classique des châssis [ill. en Une]. Sans toile (elle les a parfois découpées, décidant ce qui lui survivrait ou non dans un geste qui dit la « radicalité du personnage », analyse Frédéric Legros), les châssis voient s’enrouler autour de leurs barrettes de bois des personnages en carton – souvent des anges, ou de grandes figures féminines comme Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette et la Papesse Jeanne, qui forment son panthéon bien à elle. On devine le geste, l’expérimentation, on voit aussi les époques qui se télescopent, l’artiste réutilisant volontiers d’anciennes œuvres pour de nouvelles compositions. Jusqu’à y inclure un dessin réalisé à l’âge de deux ans ! Car selon elle, c’était l’âme qui créait ; elle n’aimait pas l’idée de l’artiste solitaire et surplombant. « Nous pouvons tous faire la même chose, nous l’avons tous en nous. Il faut simplement se souvenir de ce que nous étions. »
Le musée Lena Vadrey à Bourg Saint-Andéol
Courtesy Musée Lena Vandrey / Photo Edie Lanciau
La grande joie de sa vie ? Son propre musée, inauguré en 2002 dans un hôtel particulier de Bourg-Saint-Andéol – qu’elle a retapé entièrement elle-même, bien sûr. Au fil des salles dont le joli chaos a inspiré la scénographie de l’exposition du château d’Hauterives, elle offre aux visiteurs curieux une plongée intense dans les coulisses de son imaginaire, avec une générosité qui lui ressemble. Rencontrer ses œuvres, c’est donc un peu la rencontrer elle, sa curiosité pour les matières et sa tendresse pour les brisures disant beaucoup de son humanité. Pas de posture, pas de stratégie commerciale, mais une façon émue d’être au monde.
Lena Vandrey. Insomnia
Du 11 juin 2022 au 28 août 2022
Château de Hauterives • 26390 Hauterives
www.facteurcheval.com
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