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Paul Gauguin, Portrait d’une jeune fille, Vaïte (Jeanne) Goupil, 1896
Huile sur toile • 75 × 65 cm • Coll. Ordrupgaard, Copenhague • © Ordrupgaard, Copenhague/Photo Anders Sune Berg
Son nom est imprononçable mais il faut bien le placer sur la carte de l’art ! En ce mois de septembre 1918, à l’inauguration de la collection Ordrupgaard, les visiteurs ébahis, dont l’ambassadeur de France Alexandre Robert Conty, récemment arrivé de son précédent poste en Chine, découvrent neuf Manet, autant de Monet, cinq Cézanne et la bagatelle de douze Gauguin ! Les plus grands maîtres français sont tous là, à l’exception de quelques personnalités isolées comme Georges Seurat. Sortant quasiment de l’inconnu, voici un ensemble de peinture française du XIXe siècle et du début du XXe siècle qui s’impose d’emblée – dans un monde à peine sorti du carnage et qui a soif de beauté – comme l’un des plus riches hors de France.
Les visiteurs et les journalistes de 1918 soulignent le charme et l’originalité du lieu, avec ses vieux bancs en chêne, ses bibliothèques en acajou, ses chaises Renaissance tapissées de rouge, ses tapis et ses chandeliers. Le tout noyé dans l’écrin de verdure de l’ancienne réserve de chasse royale… Il était naturel que le Musée Jacquemart-André, issu lui-même d’une aventure de collectionneurs particuliers, porte un regard chaleureux sur cet homologue danois et l’accueille dans ses murs. Les circonstances du calendrier ont facilité sa venue : Ordrupgaard lance en effet un grand chantier de modernisation architecturale et Paris s’est imposé comme la première étape obligée d’une tournée internationale de ses chefs-d’œuvre.
Wilhelm Hansen au milieu de sa collection au moment de l’inauguration, en septembre 1918
© Ordrupgaard, Copenhague
À vrai dire, ce que les visiteurs découvrent en cet automne 2017 n’est pas l’exacte collection d’il y a un siècle. Car ce qui rend encore plus émouvant – ou romanesque – l’aventure de Wilhelm Hansen et de son épouse a été leur capacité à surmonter un sérieux revers de fortune. En 1922, Hansen est confronté à la faillite de la Landmandsbank, la plus grande banque du pays. Pour rembourser ses emprunts, il est contraint de vendre des pièces majeures. Adieu Monsieur Brun de Manet et une Meule de foin de Monet, partis au Japon ! Adieu La Sieste de Gauguin, parti au Metropolitan Museum of Art de New York ! Adieu le Père Tanguy de Van Gogh, parti à la Ny Carlsberg Glyptotek ! Hansen aurait pu jeter l’éponge, se contenter d’une retraite dorée de manager. Il préfère relever le défi et, une fois ses finances rétablies, se reconstitue une seconde collection de qualité comparable.
Camille Corot, Le Moulin à vent, Vers 1835–1840
Huile sur toile • 25 × 39,5 cm • Coll. Ordrupgaard, Copenhague • © Ordrupgaard, Copenhague/Photo Anders Sune Berg
Une quarantaine de toiles importantes – dont des Pissarro (Pruniers en fleur à Éragny), des Sisley (Allée de châtaigniers à La Celle-Saint-Cloud), des Degas (Femme se coiffant), des Monet (Falaise de Sainte-Adresse), des Courbet (Le Change) rejoignent les cimaises d’Ordrupgaard. Le Moulin à vent de Corot symbolise cette volonté : acheté en 1918 avec ses associés, il doit être cédé à la Landmandsbank en 1923… puis est racheté en 1925 par Hansen pour rester depuis dans la collection. Ce beau paysage menacé par une cohorte de nuages pressés – et cependant gorgé de soleil – est une belle allégorie de la passion entêtée des Hansen.
Cet article est paru dans « Le jardin secret des hansen. la collection Ordrupgaard », Le journal de l’exposition, ed. Beaux Arts & Cie, 16 p., 5 €
Le jardin secret des Hansen - La collection Ordrupgaard
Du 15 septembre 2017 au 22 janvier 2018
Musée Jacquemart-André • 158, boulevard Haussmann • 75008 Paris
www.musee-jacquemart-andre.com
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Au début de son second séjour en Polynésie, Paul Gauguin fait la connaissance d’un riche voisin, Auguste Goupil, qui lui commande un portrait de sa fille. Hansen obtiendra l’œuvre directement auprès de lui en 1918.