Vue sur la Tamise vers le Palais de Westminster à Londres
© Jon Arnold Images / Hemis
La Tamise entre dans l’histoire de l’art dès le XVIe siècle, lorsque le Flamand Anthony van den Wyngaerde produit l’une des vues les plus spectaculaires que l’on en connaisse : spécialiste des peintures de villes, il réalise à Londres des panoramas si vastes qu’ils vont de Westminster jusqu’à la Tour de Londres, et représentent (entre autres) le London Bridge recouvert d’habitations.
Un siècle plus tard, c’est le grand incendie de 1666 (il a duré quatre jours et quatre nuits !) qui fascine les artistes dont Lieve Verschuier, ce dernier faisant entrer l’eau du fleuve dans un tumultueux dialogue avec un ciel rougeoyant hanté de fumées noires.
Si le Britannique John Constable s’est intéressé au fleuve londonien, c’est surtout Joseph Mallord William Turner qui lie à jamais son nom au sien, le représentant dans un brouillard cotonneux – aussi emblématique du ciel anglais que de ses proches recherches aux confins de l’abstraction –, tantôt lumineux et solaire (Le Dernier Voyage du Téméraire), tantôt gris et hanté par la pollution de la révolution industrielle (La Tamise au-dessus du pont de Waterloo).
Claude Monet, Charing Cross Bridge, The Thames, 1903
Huile sur toile • 73,3 × 100,3 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts de Lyon • Photo Alain Basset
« C’est le brouillard qui lui donne son ampleur magnifique. »
Monet
Dans son sillage, nombreux sont les impressionnistes qui viendront à Londres peindre la Tamise et ses ponts – Pissarro, Sisley –, Monet consacrant à Charing Cross, au pont de Waterloo et au Parlement de Londres des séries entières. Il déclare alors : « Sans le brouillard, Londres ne serait pas une belle ville. C’est le brouillard qui lui donne son ampleur magnifique. »
André Derain, Pont sur la Tamise, 1905
Huile sur toile • 80 × 100 cm • Coll. Musee de l’Annonciade, Saint-Tropez, France • © Bridgeman Images
Sur une commande d’Ambroise Vollard, André Derain fera lui aussi le voyage jusqu’à Londres, mais pour se concentrer sur l’animation des quais et les nombreux bateaux qui peuplent le fleuve, qu’il exaltera de puissantes teintes jaunes, bleues et vertes.
Joseph Mallord William Turner, L’Incendie de la chambre des lords et des communes, 1835
Huile sur toile • 92 × 123.2 cm • Coll. Cleveland Museum of Art, OH, USA • © Bequest of John L. Severance / Bridgeman Images
De sa source dans le Gloucestershire jusqu’à son estuaire en mer du Nord, la Tamise serpente sur un peu moins de 350 kilomètres, reliant Oxford, Reading, Windsor et Londres. C’est elle qui a inspiré aux Romains l’idée de fonder Londinium sur ses rives ; le port a été longtemps un atout majeur pour la ville, notamment aux XVIIIe et XIXe siècles. Elle est aujourd’hui bordée de nombreux monuments comme la Tour de Londres et Big Ben, mais aussi de quelques lieux emblématiques du Londres d’aujourd’hui, dont la Tate Modern et le London Eye.
Parmi les événements qui ont marqué son histoire, et outre l’incendie de 1666, la Tamise a également connu celui du Parlement le 16 octobre 1834, lequel a provoqué la destruction du palais de Westminster et inspiré à Turner une série de peintures d’une beauté stupéfiante, les lueurs dorées perçant le smog bleuté avec une intensité presque aveuglante.
C’est tout nouveau ! Après près d’une décennie de travaux et cinq milliards de livres d’investissement, le Thames Tideway Tunnel vient d’être inauguré. Long de 25 kilomètres, celui-ci a été conçu pour réduire la pollution de la Tamise. Ce « super-égout » a pour but d’améliorer la qualité de l’eau et d’adapter le fleuve à la taille de la ville, qui ne cesse d’accueillir de nouveaux habitants. Il réduit aussi les risques d’inondation, accentués par le changement climatique.
Outre cet ouvrage phénoménal, la Tamise d’aujourd’hui s’apprivoise lors de longues promenades le long de ses quais aménagés, et regorge de visites culturelles, dont celles de l’abbaye de Westminster, celle de la Tate Modern ou, plus originale, celle du Banksy Tunnel, une longue artère de 300 mètres de long dédiée au street art.
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