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Nino Migliori, Série “Gente dell’Emilia”, 1956
© Fondazione Nino Migliori, Bologna, Italie
Nino Migliori, Cellogramme, 1956
La langue des images
En parallèle de son travail documentaire, Nino Migliori cherche, dès le début des années 1950, à créer de nouvelles méthodes de développement et d’impression, afin de trouver un langage visuel qui lui soit propre. Sans jamais s’inspirer du travail d’autres photographes, il va alors mettre au point des procédés toujours plus inventifs les uns que les autres… Jusqu’à parfois s’affranchir totalement de l’appareil photographique pour créer de « pures images ». C’est le cas ici avec le cellogramme, technique qui consiste à glisser des petits triangles de cellophane colorés entre deux plaques de verre traversées par des faisceaux de lumière.
© Fondazione Nino Migliori, Bologna, Italie
Nino Migliori, Série “Cancellazioni”, 1954
Grattages et suppressions
Au cours de ses expérimentations, l’artiste italien dit ne se fixer aucune limite. N’ayant que faire d’être considéré ou non comme un photographe par ses pairs, il inventera sans relâche des procédés aléatoires de création d’images, alternant entre purs jeux de lumière et modifications de la pellicule ou de la plaque photographique. Dans ce cliché issu de sa célèbre série Cancellazioni, il altère son sujet en gravant, à coups de scalpel, une plaque déjà imprimée. L’artiste intervient sur la matérialité de l’œuvre comme sur son sujet, qui se transforme ainsi en martyre recouverte d’entailles.
© Fondazione Nino Migliori, Bologna, Italie
Nino Migliori, Série “Cinquantapersessanta”, 1991
Hybridation instantanée
« Photographier, dit Nino Migliori, c’est choisir et transformer. » L’artiste n’a eu en effet de cesse de chercher à laisser son empreinte, en modifiant la réalité ou en créant, par divers procédés, ses propres phénomènes visibles. Mais avec l’essor du Polaroid au cours des années 1980, cette formule va prendre une nouvelle dimension dans le travail de l’artiste : il découvre qu’en posant simplement ses mains ou en exerçant une pression avec ses ongles sur l’image pendant son développement instantané, il en modifie directement le contenu. De là, découle une des périodes durant laquelle il s’amusera notamment à modifier ses appareils pour obstruer l’image de l’intérieur, ou à peindre directement sur les instantanés créant ces images hybrides saisissantes, à mi-chemin entre abstraction et impressionnisme.
© Fondazione Nino Migliori, Bologna, Italie
Nino Migliori, Il Compianto di Niccolò dell’Arca de la série “Lumen”
Sain renouvellement
Invité en 2006 par l’Université de Parme à poursuivre certaines de ses expérimentations, Nino Migliori se laissera finalement guider une nouvelle fois par sa soif de nouveauté, en proposant un travail totalement inédit. S’imaginant au Moyen Âge, il photographie de nuit et à la torche le Baptistère de Parme, un des chefs-d’œuvre de Benedetto Antelami réalisé la fin du XIIIe siècle. En ressort de véritables tableaux vivants, qui nous laissent non seulement imaginer le mélange d’intimidation et d’admiration que devait susciter en d’autres temps la vue d’un tel édifice, mais qui prouvent, une fois encore, le génie et le souci constant de renouvellement de l’artiste italien.
© Fondazione Nino Migliori, Bologna, Italie
Nino Migliori. La Matière des rêves
Du 17 janvier 2018 au 25 février 2018
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Réalisme et liberté
Né en 1926 à Bologne où il vit et travaille encore aujourd’hui, Nino Migliori est un enfant de la guerre. Lorsqu’il commence la photographie en 1948, il dit « éprouver le besoin de saisir la réalité d’une vie ». Une vie synonyme à l’époque, après la double décennie fasciste, d’une liberté sociale et individuelle enfin retrouvée. Dans un style purement documentaire, proche de la photographie humaniste – alors en plein essor – il célèbre les gestes anodins avec beaucoup de tendresse et de poésie, tout en proposant des points de vue innovants sur la ville, notamment grâce à des perspectives nouvelles.