Article réservé aux abonnés
David Hockney, Tea Painting in an Illusionistic Style, [Peinture de thé dans un style illusionniste], 1961
Huile sur toile • 232,5 × 83 cm • © Coll. Tate, Londres / Photo Tate / © David Hockney
David Hockney, Lithographic Water Made of Lines, Crayon and Two Blue Washes Without Green Wash, [Eau lithographique composée de lignes, de crayon et de deux lavis bleus sans lavis vert], 1978 - 1980
Sous le soleil de la cité des Anges
Goodbye Perfide Albion : en 1964, David Hockney, en quête de liberté, s’installe à Los Angeles, où il peut vivre ouvertement son homosexualité. Il nourrit alors une fascination pour l’architecture moderniste des riches villas de la cité des Anges, les corps athlétiques et l’eau, omniprésente. La piscine devient son sujet de prédilection et le motif central de nombre de toiles mythiques, à commencer par A Bigger Splash – grande absente de l’exposition du musée Granet. La piscine devient le terrain le plus fertile de ses expérimentations graphiques.
Lithographie sur papier • 75 x 86,7 cm • Coll. Tate, Londres / Photo Richard Schmidt / © David Hockney / Tyler Graphics Ltd.
David Hockney, Mr. and Mrs. Clark and Percy, [M. et Mme Clark et Percy], 1970 - 1971
Portraits psychologiques
Sa peinture prend un tournant naturaliste dans les années 1970. Pour rester fidèle au réel, David Hockney réalise en amont nombre de croquis et dessins et se munit aussi d’un appareil photo Pentax 35mm. Il entreprend alors une série de doubles autoportraits où les sujets, bien qu’accompagnés, apparaissent figés dans leur solitude, à la manière des toiles d’Edward Hopper. En témoigne ce grand tableau consacré à un couple d’amis : elle, enceinte, est l’amie proche et la muse de l’artiste, tandis que lui est aussi l’amant de ce dernier… Tout deux se tiennent de part et d’autre d’une fenêtre entrouverte, à travers laquelle regarde le chat : Hockney montre ici la déliquescence du couple, sur le point de se séparer.
Acrylique sur toile • 213,4 x 304,8 cm • Coll. Tate, Londres / Photo Tate / © David Hockney
David Hockney, The Perspective Lesson, [La Leçon de perspective], 1984
Nouvelles perspectives
Fasciné par toutes sortes d’expérimentations visuelles et techniques, David Hockney adopte un style radicalement nouveau dans les années 1980. Avec sa série « Moving focus », il défie les lois de la perspective en s’appuyant sur un principe de « focale changeante », soit la représentation, en simultané, de plusieurs points de vue. L’artiste interroge sans cesse la notion d’espace et invente une nouvelle dimension où sa créativité apparaît sans limite !
Lithographie sur papier • 76 x 56,3 cm • Coll., Tate, Londres / © David Hockney / Tyler Graphics Ltd. / Photo National Gallery of Australia, Canberra
David Hockney, Caribbean Tea Time, [L’Heure du thé aux caraïbes], 1987
Hommage à Matisse
Ses nombreux voyages, notamment au Mexique, lui inspirent d’audacieuses compositions colorées, où l’espace paraît distordu : l’intérieur et l’extérieur fusionnent, donnant au spectateur l’impression d’embrasser, d’un regard, plusieurs dimension en même temps. C’est à partir de ses carnets de voyage qu’il réalise Caribbean Tea Time (1987), un grand paravent composé de quatre panneaux, inspiré autant de ceux d’Extrême-Orient que des gouaches découpées d’Henri Matisse, aux formes dansantes. Une symphonie de couleurs vibrantes !
Lithographie, sérigraphie, papier imprimé et pochoir sur papier sur 4 panneaux • 215,2 x 85,1 cm (chaque panneau) • Coll. Tate, Londres / © David Hockney / Tyler Graphics Ltd.
David Hockney assisté de Jonathan Wilkinson, In the Studio, December 2017, [Dans l’atelier, décembre 2017], 2017
Immersion dans l’atelier
Clou de l’exposition du musée Granet, In the studio (2017) revisite les fameux doubles portraits des années 1970, tout comme ses recherches sur la perspective. Composée à partir de 3 000 photographies numériques assemblées en un panorama monumental, l’œuvre montre l’artiste à lunettes rondes dans son atelier, entouré de nombreuses œuvres. Là encore, il renonce au point de fuite traditionnel et opte pour de multiples focales. En choisissant la thématique de l’atelier, Hockney, brillant théoricien de l’art, s’inscrit dans la lignée des plus grand, de Gustave Courbet (L’Atelier du peintre, 1855) en passant par Henri Matisse (L’Atelier rouge, 1911).
Dessin photographique imprimé sur 7 feuilles de papier, monté sur 7 feuilles de Dibond • 278 x 760 cm • Coll. Tate, Londres / © David Hockney
David Hockney, A Bigger Card Players, [Les Joueurs de carte en plus grand format], 2015
On dirait le Sud
Tout l’œuvre de David Hockney est traversé de références aux maîtres anciens, de Fra Angelico à Picasso (il visitera près de huit fois l’exposition consacrée à ce dernier au MoMA en 1980 !). Il rend ici hommage à Paul Cézanne, figure incontournable d’Aix-en-Provence, et à ses fameux Joueurs de cartes. Il s’agit là aussi d’un « dessins photographique », dans lequel l’artiste a placé en regard deux de ses œuvres, un collage photo et une autre version peinte de son interprétation du chef-d’œuvre du maître d’Aix. Vertigineuse mise en abyme !
Dessin photographique imprimé sur papier et monté sur cadre aluminium, exemplaire 11/12 • 177 x 177 cm • Courtesy Galerie Lelong & co, Paris / © David Hockney
David Hockney. Collection de la Tate
Du 28 janvier 2023 au 28 mai 2023
www.museegranet-aixenprovence.fr
Musée Granet • Place Saint-Jean de Malte • 13080 Aix-en-Provence
www.museegranet-aixenprovence.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Une tasse de thé ?
Au début des sixties, le jeune David Hockney, né en 1937 à Bradford, est étudiant au Royal College de Londres. Influencée par tous les styles, sa peinture expérimentale explore les multiples modes de représentation du réel et de l’imaginaire. Le peintre, aussi formé au dessin classique, questionne déjà la perspective (qui ne cessera dès lors de l’obséder), mélange les figures humaines au graffiti. Tout, pour Hockney, peut être art. Y compris une boîte de thé, qui donne sa forme même à la toile. Fin observateur de la vie quotidienne, il s’affirme à contre-courant de l’abstraction tout en gardant ses distances avec le pop art.