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Évian

Les curiosités naturelles d’Alain Le Foll

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Publié le , mis à jour le
Graphiste talentueux, illustrateur hors pair, Alain Le Foll a su émerveiller le monde durant les années 1960–1970 par son coup de crayon versatile, qui trace une nature fabuleuse et bascule vers l’étrange… Parcours éclair en sept étapes, alors que le Palais Lumière de la Ville d’Évian rend hommage à cet artiste méconnu du grand public.
Alain Le Foll, Couverture de « C’est le bouquet ! » de Claude Roy, Delpire éditeur
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Alain Le Foll, Couverture de « C’est le bouquet ! » de Claude Roy, Delpire éditeur, 1964

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Le pouvoir des fleurs

Nous sommes en 1964. Alors que le quartier de La Défense est en pleine construction, le végétal vient de gagner sa guerre contre le béton. Les fleurs poussent comme des buildings, embarquant les piétons sur leur pétale pour gratter le ciel ! C’est le scénario loufoque et écologique de « C’est le bouquet ! », un album imaginé et dessiné par Le Foll, dont est tiré ce dessin. Un bijou d’illustration nommé en 1968 comme l’un des dix meilleurs livres pour enfants par le New York Times… Au fil des pages, la flore prend le pouvoir sur la ville pour le plus grand plaisir des yeux, les images variant entre les vues en plongée et contre-plongée, laissant le lecteur coi devant la beauté de ces fleurs exubérantes.

Encre • 28,2 x 33,8 cm • Coll. particulière • Photo : © Mirela Popa

Alain Le Foll, Projet de dépliant publicitaire pour le médicament Mexaforme des laboratoires CIBA
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Alain Le Foll, Projet de dépliant publicitaire pour le médicament Mexaforme des laboratoires CIBA, 1965

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Un extraordinaire microbiote

Elles s’élancent dans une jungle dansante pour que l’on s’extasie devant leurs vives couleurs rouge et pourpre, leurs pétales se dépliant en éventail et leur feuillage se dévoilant fièrement. Incroyable mais vrai, ces plantes exotiques d’Alain Le Foll constituent une publicité pour un médicament, le Mexaforme. Ses prétendus bienfaits (le médicament s’est révélé inefficace et dangereux) : lutter contre les troubles gastro-intestinaux. Apparaît alors l’image d’une flore intestinale en époustouflante santé. Une forêt luxuriante de micro-organismes à l’esthétique tirée du studio d’art graphique new-yorkais Push Pin Studio, en vogue dans les années 60. Formes souples, inspiration Art déco et style calligraphique font bon ménage.

Encre • 57 x 28 cm • Coll. particulière • Photo : © Mirela Popa

Alain Le Foll, Coupe
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Alain Le Foll, Coupe, 1966

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Une coupe fleurie

Dès 1962, Alain Le Foll engage une riche collaboration avec la manufacture de porcelaine allemande Rosenthal. Un jour, il s’arrête devant un récipient utilisé pour les mélanges chimiques. Séduit par le diamètre imposant et l’élégance de ses courbes, il détourne l’objet industriel pour y imposer la sensualité de son trait : feuillages en volutes rappelant les fleurs d’acanthe, fleurs aux grands pétales ronds et au cœur d’artichaut envahissent cette magnifique coupe blanche. Les couleurs primaires s’y retrouvent et s’associent avec délicatesse. Le trait calligraphique, superposant les hachures parallèles, apporte une profondeur inouïe… Pour une finesse d’exécution sans pareille.

Porcelaine • Diamètre 49,5 cm • Coll. particulière • Photo : © Mirela Popa

Alain Le Foll, Mémoire d’Afrique. Le Nil Victoria
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Alain Le Foll, Mémoire d’Afrique. Le Nil Victoria, 1975

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Souvenir d’Afrique

L’artiste y a voyagé, certes. Mais le mystère demeure quant à l’origine de cette image : est-ce un souvenir d’Afrique, une illustration inspirée de l’un de ses magazines National Geographic auquel il est abonné, ou encore une carte postale envoyée par un ami ? L’image est si dépouillée, si parfaitement construite, qu’elle fait penser à un exercice de style plutôt qu’à un dessin pris sur le vif… Tout y est découpé en lignes horizontales, le ciel et l’eau habillés de strates. Les dégradés de bleu font converger le regard vers le centre, où la végétation luxuriante se profile à l’horizon. Puis quelques taches noires attirent l’œil : tranquillement, flottant sur l’eau, se confondant avec les remous calmes du Nil, nagent quelques hippopotames. L’animal sauvage, la rivière, la côte et le ciel : tout fait corps et s’harmonise dans un silence contemplatif.

Lithographie • 65 x 58 cm • Coll. particulière • Photo : © Mirela Popa

Alain Le Foll, La Roche d’Anderville
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Alain Le Foll, La Roche d’Anderville, 1978

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Paysage éternel

De l’Amérique, il a retenu les lignes façonnant les roches du Grand Canyon. De l’Afrique, celles reposant sur les eaux calmes du Nil, celles des plis de la peau épaisse des rhinocéros, ou celles d’un baobab millénaire. Ici, ce sont des lignes minérales composant une énorme roche sur une île anglo-normande. Mystérieuse composition, que l’on pourrait aussi bien confondre avec un rhinocéros recroquevillé sur le sol ! Des lithographies étranges et épurées comme celles-ci, roches striées de lignes contrastant avec un vide coloré, Alain Le Foll en a produit des dizaines. Entre la Bretagne et les îles normandes, l’artiste a inventé un style unique, mystérieux et envoûtant, où le minéral et le végétal s’opposent pour révéler les dessous d’une nature immémoriale.

Lithographie • 65,5 x 50,2 cm • Coll. particulière • Photo : © Mirela Popa

Alain Le Foll, Fleur argentée
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Alain Le Foll, Fleur argentée, 1965

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Scanner du cerveau

Est-ce un chou-fleur, un labyrinthe, une chevelure, un tissu froissé ? Pour Alain Le Foll, il s’agit d’une fleur argentée aux pétales sinueux, [em]dixit[/em] le titre de sa lithographie. Mais pour son chirurgien, ce dessin ressemble étrangement à l’image radiologique de son scanner cérébral… Car Alain Le Foll souffre d’une tumeur au cerveau, une masse formée d’un amas de cellules qui se serait développée de manière anarchique. Il en succombera le 22 juin 1981. Coïncidence ou prémonition, son illustration prophétise le fascinant destin de son évolution artistique. Peu à peu, il multipliera les lignes qui s’enchevêtrent, les paysages cornus, les crânes aux formes distendues…

Lithographie • 49,3 x 45 cm • Coll. particulière • Photo : © Mirela Popa

Alain Le Foll, Mutatis Mutandis, Elytres
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Alain Le Foll, Mutatis Mutandis, Elytres, 1973

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Vision extraterrestre

À mesure que Le Foll développe son art personnel, un monde surnaturel se dessine aux confins de la science-fiction. Des compositions mystérieuses et organiques, à la manière de l’artiste américaine Georgia O’Keeffe et des peintres surréalistes, qui relèvent à la fois de l’anatomie humaine, végétale et animale. « Je suis très troublé par les relations, les analogies qui existent entre ces trois règnes. Que l’articulation osseuse d’un bras ressemble à l’articulation entre deux branches me trouble. C’est fabuleux la relation entre un fenouil et des os humains », pense-t-il. Ici, qui pourrait différencier l’organe génital féminin d’un insecte ailé ? C’est troublant, envoûtant, mystique… Sa maladie l’amenait-il à dessiner d’étranges associations ?

Lithographie • 67,7 x 52,8 cm • Coll. particulière • Photo : © Mirela Popa

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