Quel est le point commun entre ces artistes ? On a pu apercevoir leur travail lors de la dernière édition du festival Les Puces de l’Illu organisé par le Campus Fonderie de l’Image, à Bagnolet. Comme chaque année, le premier salon de l’illustration contemporaine en France a réuni professionnels de l’illustration et de l’édition indépendante, mais aussi curieux et amateurs.
Parmi la foule de jeunes prodiges de l’image, voici nos coups de cœur : virtuoses du crayon de couleur, du pastel ou du dessin numérique, ils nous enivrent de beauté…
Clément Thoby, Nanao Ishikawa, 2023
crayons de couleur
Des îles Galápagos aux Buttes-Chaumont, qu’importe la destination, ses illustrations sont une invitation à l’évasion. Avec lui, on part sur une barque à Madagascar, en immersion dans un parc à Kyoto ou en balade quai de Valmy à Paris. Ces derniers temps, il développait un tropisme insulaire avec la parution en octobre dernier de son beau livre Aux îles aux éditions Actes Sud, sur un texte d’Aurélia Coulaty. Maestro du crayon de couleurs, Clément Thoby (né en 1991) épate par le mouvement qu’il réussit à créer dans des dessins aussi vibrants qu’évanescents. L’illustrateur, qui a remporté le Grand Prix de l’Illustration contemporaine cette année aux Puces de l’Illu, capture la douceur d’une ambiance prête à s’échapper, un instant fugace de beauté qu’on voudrait garder à jamais. Un soleil levant nous donne l’impression d’un Monet, un soleil couchant celui d’un Vallotton. Les quelques personnages, minuscules, qui peuplent ses illustrations sont juste de passage, tels les témoins discrets d’un moment de grâce qui les dépasse.
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Beya Rebaï, Vacances, 2023
30 × 40 cm
La reine des pastels, c’est elle. En quelques traits, minimalistes mais percutants, les couleurs jaillissent du papier : un orange mandarine, un rouge orange sanguine, un jaune citron… Acidulé, aérien et onctueux, le dessin de Beya Rebaï (née en 1995) figure une nature enveloppante et luxuriante. Un paradis imaginaire se dévoile au rythme d’une palette riche et libre. Là-bas, les montagnes prennent des reflets rose Pompadour. Lorsqu’ils sont présents, les personnages de ce décor se fondent totalement dans leur environnement. Il y a, dans le travail de Beya Rebaï, une joie silencieuse et contenue, flirtant avec la mélancolie, qui nous rappelle les tableaux de Bonnard ; une couleur furieuse et un trait bondissant, à la manière des fauves.
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Thomas Merceron, Au Ras des pâquerettes, 2023
passtel, encre, digital
Rétrofuturiste et énigmatique, son dessin fascine par son dynamisme, proche de la bande dessinée. Lauréat du prix de l’Illustration contemporaine aux Puces de l’Illu en 2022, Thomas Merceron jongle entre dessins au pastel sec, encre de chine et dessin numérique. Des lignes noires ou blanches, horizontales ou diagonales, filent en ligne droite. Elles apportent profondeur et vitesse à l’action qui se dessine en filigrane. L’artiste parisien formé à l’ENSAD (École nationale supérieure des arts décoratifs) mise sur la simplicité d’un trait glacial et l’efficacité du noir et blanc réhaussé d’une ou de deux couleurs franches : voilà pour l’arrière-plan. Au centre, c’est l’absence d’un regard qui marque, parfois dissimulé sous une paire de lunettes gigantesque. On a la sensation d’entrer dans un polar aux allures de science-fiction. Puis nous vient l’intuition d’un drame qui se joue entre ces lignes à la droiture implacable.
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Eve Cambreleng, Girls will be girls, 2023
digital
L’illustration s’est imposée à elle comme une arme de politisation massive. Indissociables à ses yeux, son militantisme féministe et son activité d’artiste s’allient dans des dessins aux couleurs explosives qui célèbrent les femmes et la sororité. Eve Cambreleng (née en 1999) partage son travail sur son compte Instagram « about evie », suivi par plus de 45 000 personnes. Son objectif : représenter une diversité de corps féminins, et surtout des femmes en action. Courageuses, furieuses ou curieuses, ce sont enfin les chevaleresses 2.0 ! Toujours dans un esprit didactique (et avec humour !), la jeune artiste dresse par exemple le portrait de grandes figures écoféministes comme Rachel Carson ou Vandana Shiva. En 2022, elle s’associe à une consœur dessinatrice et militante, Blanche Sabbah, pour proposer des arguments à avancer aux propos anti-féministes. De cette collaboration est née une BD publiée aux éditions Mango : Nos mutineries — délicieusement puissant !
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Nos mutineries : réponses imparables aux idées reçues sur le féminisme
Par Eve Cambreleng et Blanche Sabbah
192 pages, 17,95 €, éditions Mango.
Dans les Dents, Rollercoaster, 2023
collages
« Dans les Dents » : c’est sous ce pseudo étonnant que l’illustrateur nantais signe son travail pop et ultra-coloré. Le monde joyeusement timbré de Guillaume Denaud (né en 1985) nous met véritablement K.O. D’un trait minimaliste, presque enfantin, surgit un pays imaginaire où végétal et animal ont toute leur place… Ce sont même chats, chiens, chevaux et rhinos qui mènent le tempo ! Ici, rien de plus normal que de voir un croco aux platines ou un guitariste à tête de cocker… À l’intérieur de ces dessins drôles et naïfs, la vie est une fête à chaque coin de rue. Tel un collage chaotique inspiré des papiers découpés de Matisse, les motifs s’immiscent et s’accumulent jusqu’à coloniser tout l’espace. Les détails fourmillent, la bonne humeur pétille dans ces mondes parallèles déclinés en affiches, cartes, risographies et sérigraphies : « la maison magique », « la fabrique à bidules », le « Mushroom World »…
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Géraldine Polès, Amoureuses, 2022
encre et crayon de couleur • 10 × 15 cm
De profil, deux visages s’enfoncent dans une eau vert émeraude, ne laissant entrevoir que leurs yeux en amande. Sur le dessus de leur tête, des fleurs ont poussé, à l’image de leur amour naissant. Réalisé à l’encre et au crayon de couleur, Les amoureuses de Géraldine Polès (née en 1987) reflète toute la poésie de son crayonné. Surréaliste, le monde onirique de l’illustratrice diplômée des Beaux-Arts de Nantes, est envahi d’êtres hybrides, à la fois femme, végétal et animal. Les fleurs ont des têtes de femmes ; ou les femmes des têtes de fleurs. Un fantastique qui évoque par touche Leonora Carrington, la noirceur en moins. Le trait rond, la couleur pastel atténue l’étrangeté de ses personnages : d’une douceur divine !
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