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Enghien-les-Bains

Les hologrammes, ou l’art de l’illusion ressuscité

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Publié le , mis à jour le
La collection du musée de l’Holographie est à vendre ! Créé en 1980 par une passionnée, le musée a longtemps occupé un espace du Forum des Halles. Aujourd’hui, une exposition au Centre des arts d’Enghien-les-Bains est l’occasion de redécouvrir cet art complètement oublié – et, qui sait, de raviver la flamme…
Margaret Benyon, Ti Girl
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Margaret Benyon, Ti Girl, 1984

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Interférogramme et collage • Coll. et © Musée de l'Holographie

Le 5 février 2017, l’homme politique Jean-Luc Mélenchon réussit à être présent simultanément à Paris et à Lyon pour animer un même meeting. Un exploit réussi grâce, nous dit-on alors, à la projection d’un hologramme. Il n’en est rien. Comme pour le vrai/faux concert du rappeur Tupac Shakur (assassiné en 1996) au festival Coachella (Californie) en 2012, il s’agit en réalité d’une reproduction holographique en deux dimensions – et, pour Jean-Luc Mélenchon, d’une simple projection vidéo sur un écran incliné. Tout ce que l’on croit connaître de l’hologramme est faux ! En cause, l’emploi abusif du mot : l’hologramme est un procédé de photographie en relief, qui permet de produire des images en trois dimensions. De très nombreux portraits ont été réalisés en hologrammes, ainsi que des vues d’objets patrimoniaux (à des fins de conservation) et des compositions diverses qui amusent l’œil. Pour les regarder, il faut parfois se pencher, bouger pour les voir s’animer ; l’expérience est troublante, car les visages sont saisis sur le vif et semblent être juste devant nous, les objets paraissent même palpables.

Stephen Benton
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Stephen Benton

Anne-Marie Christakis est la créatrice du musée de l’Holographie. Elle nous a reçus dans sa maison du 20ème arrondissement de Paris, où elle vit et conserve sa collection, à quelques jours du vernissage de l’exposition « Mondes multiples » au Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Pour elle, tout a commencé au milieu des années 70, pendant un voyage aux États-Unis : elle y a croisé le chemin d’un hologramme, et s’est prise de passion pour ce procédé inventé en Europe à la fin des années 40, puis perfectionné par des chercheurs américains (parmi lesquels Stephen Benton, l’inventeur du procédé de « l’hologramme arc-en-ciel », dont elle possède un autoportrait).

En 1980, elle décide d’organiser une exposition au sein du Forum des Halles, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes après des années de travaux. Tout fleure bon la modernité : ici, les magasins et les cinémas ont remplacé les étals de fruits et les carcasses bovines, et l’exposition d’hologrammes remporte un succès fou. « J’ai des caisses entières d’articles de journaux ! » souligne Anne-Marie. « À l’époque, personne n’avait jamais vu d’hologrammes ; le dernier jour, on a eu du mal à fermer l’exposition tant il y avait de monde. » Les années ont passé, l’ordinateur est arrivé, le bail du musée a pris fin : « trop cher, trop compliqué », l’hologramme (et son musée) ont petit à petit disparu.

LOBE (laboratoire d'optique de Besançon), Vénus de Milo
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LOBE (laboratoire d’optique de Besançon), Vénus de Milo, 1976

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Image en volume

Une sculpture équestre de Marc-Aurèle en train de s’affaisser est même sauvée grâce à l’holographie.

Et pourtant : dans les années 80, l’hologramme avait le vent en poupe. « Les artistes venaient du monde entier pour l’expérimenter ; on a fait le portrait d’ORLAN, et on devait même faire le portrait de François Mitterrand ! » Mais le procédé a un gros défaut : il est si fidèle à la réalité – il est impossible d’ajouter une retouche comme on pourrait modifier une photographie – qu’il montre toutes les imperfections de la peau, et les boutons, les rides et les poils apparaissent de façon peu flatteuse. Pas de portrait du Président donc, l’Élysée préférant la douceur d’une lumière photographique. Les grands musées aussi s’y intéressent, la Vénus de Milo est immortalisée, le sabre de Napoléon aussi ; à Rome, une sculpture équestre de Marc-Aurèle en train de s’affaisser est même sauvée grâce à l’holographie, qui repère les raisons de son effondrement.

Comète de Halley
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Comète de Halley, 1981

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Hologramme de transmission • Coll. et © Musée de l’Holographie

Aujourd’hui, cette collection est donc à vendre : soit plus de 600 objets répertoriés (produits dans l’un des trois anciens laboratoires d’Anne-Marie Christakis ou collectés au fil de ses voyages). En attendant de trouver preneur, les plus belles pièces (notamment une vision de la comète de Halley) dialoguent au Centre des arts d’Enghien-les-Bains avec Flavien Théry (né en 1973). L’artiste s’inspire à la fois du mouvement de l’art optique et des nouvelles technologies pour créer des pièces sonores et visuelles très inventives. Premier coup d’éclat : sur un grand écran, une image stéréoscopique du sol de Mars qui tourne lentement – le spectateur doit alors chausser des lunettes spéciales pour observer les variations de ses reliefs. À quelques pas de là, une tapisserie réalisée par une machine au sein de la manufacture d’Aubusson illustre la première stimulation informatique de l’apparence d’un trou noir (rien que ça !).

Flavien Thery, Jean-Pierre contemplant le trou noir
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Flavien Thery, Jean-Pierre contemplant le trou noir, 2018

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D'après une oeuvre de Jean-Pierre Luminet, 1978

Une légère musique plane dans la salle : le son vient de deux œuvres rondes qui tournent, recouvertes d’aimants : ceux-ci reprennent les constellations d’étoiles visibles à différents endroits de la Terre. L’idée ? « Écouter le sens des constellations, choisies arbitrairement ». L’artiste nous confie alors : « La question de point de vue, de position, d’observation me tient à cœur ». Éminemment politique, oui, mais aussi formel, puisqu’à l’étage, ses œuvres, qui jouent avec des formes géométriques mouvantes et des couleurs, supposent du spectateur qu’il bouge, tourne autour, se baisse ou se mette sur la pointe des pieds. Comme avec les hologrammes voisins, on peut se laisser fasciner par la technique employée, et ignorer tout du fonctionnement de l’œuvre. Et, évidemment, s’amuser comme des enfants dans cette exposition ultra-stimulante !

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Mondes multiples

Du 18 janvier 2019 au 31 mars 2019

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