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Musée d'Orsay

Les noires obsessions de Léon Spilliaert

Par et

Publié le , mis à jour le
Il est longtemps resté dans l’ombre. C’est que le noir n’a cessé de nourrir le talent singulier de Léon Spilliaert (1881 – 1946), éclos à l’aube du XXe siècle, dans la froide grisaille d’Ostende. Solitaire, maladif et insomniaque, ce fils de parfumeur à la sensibilité proche des symbolistes, a décliné à l’encre et au crayon les même thèmes obsessionnels : silhouettes ombrageuses, architectures vertigineuses, objets fantomatiques, paysages infinis, intérieurs désertés… Et surtout lui-même, scruté sous tous les angles, dans les ténèbres ou dans le miroir, au chevalet ou cerné de masques, comme pour explorer ses angoisses les plus enfouies. Son œuvre travaillée par l’ »inquiétante étrangeté » est à découvrir dans une exposition qui concentre ses années les plus fécondes au musée d’Orsay.
Léon Spilliaert, Hofstraat, Ostende
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Léon Spilliaert, Hofstraat, Ostende, 1908

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Lugubre ruelle

Nous voilà piégés dans le gouffre d’une rue déserte. Au loin, entre deux rangées d’immeubles évoquant des falaises noires de suie, un réverbère luit faiblement dans le brouillard…

Gouache, aquarelle et pastel sur papier • 63 × 48,5 cm • Coll. particulière • Photo Cedric Verhelst/Courtesy Francis Maere Fine Arts Gallery, Gand.

Léon Spilliaert, Digue la nuit
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Léon Spilliaert, Digue la nuit, 1908

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Nuit d’encre

Parcourue de nuit par l’artiste, la ville d’Ostende se transforme en un paysage fantastique et inquiétant, aux mille nuances de gris et de noir. Les bâtiments ne sont plus que des masses sombres. Des lumières électriques étirent leur reflet solitaire sur le sol mouillé de la digue ou forment d’étranges halos.

Lavis d’encre et aquarelle sur papier • 47,8 × 39,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris, conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre • © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais/Patrice Schmidt.

Léon Spilliaert, Clair de lune et lumières
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Léon Spilliaert, Clair de lune et lumières, Vers 1909

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Pont du néant

Au-dessus d’un pont, le rayonnement hypnotique de la lune rappelle les lignes angoissantes du Cri d’Edvard Munch (1893). Et donne à une façade, vue de biais, l’aspect d’un crâne humain…

Pastel et lavis d’encre • 64 × 48,5 cm • Paris, musée d’Orsay (don de Madeleine Spilliaert, 1981) • © akg-images/Erich Lessing.

Léon Spilliaert, Vertige
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Léon Spilliaert, Vertige, 1908

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Architecture du vertige

Au sommet d’un escalier cauchemardesque, une femme se tient en équilibre, son écharpe flottant au vent. À juste titre, le cinéaste Alfred Hitchcock était fasciné par ces marches démesurées, contrastées, vertigineuses.

Encre de Chine et crayons de couleur sur papier • 64 × 48 cm • Coll. Mu.ZEE, Ostende • © Mu.ZEE, Ostende/Photo Steven Decroos.

Léon Spilliaert, Les Galeries royales d’Ostende
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Léon Spilliaert, Les Galeries royales d’Ostende, 1908

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Sombres perspectives

Aspiré par le vide, Spilliaert représente toujours les bâtiments en marge, depuis un point de vue décalé et déformant. Comme la colonnade des Galeries royales d’Ostende, compressée ici par une perspective rasante qui la transforme en un escalier surréaliste, perpendiculaire à la plage !

Encre de Chine et crayons de couleur sur papier • 49,8 × 39,4 cm • Coll. particulière, Paris

Léon Spilliaert, La Chambre à coucher
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Léon Spilliaert, La Chambre à coucher, 1908

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Huis clos

Chez Spilliaert, la solitude domine autant à l’extérieur qu’entre quatre murs. Aussi désertes et sombres que ses rues nocturnes, les pièces qu’il dessine traduisent une puissante sensation d’enfermement. Ainsi de cette chambre à coucher aux murs noirs, dont le lit paraît à l’étroit, piégé entre un meuble imposant et une fenêtre bouchée par le choix de la perspective.

Encre de Chine, aquarelle, gouache et crayons de couleur sur papier • 48,6 × 63,4 cm • Coll. musée d’Ixelles, Bruxelles • Photo Luc Schrobiltgen/Courtesy Royal Academy of Arts, Londres.

Léon Spilliaert, La Verrière
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Léon Spilliaert, La Verrière, 1909

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Pris au piège

Comme dans un monde mis sous cloche, cet atelier dont la verrière aux lignes graphiques se reflète dans un miroir ne donne que l’illusion d’un espace ouvert sur l’extérieur.

Encre de Chine et crayons de couleur sur papier • 64 × 50 cm • Coll. particulière, Limelette

Léon Spilliaert, La Coupe bleue
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Léon Spilliaert, La Coupe bleue, 1907

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Objets fantômes

Décentré, ce bol vide a pour seule compagnie son ombre brossée au lavis noir. Spilliaert souligne la présence fragile et spectrale de cet objet, creux et solitaire comme un personnage en attente.

Encre de Chine, aquarelle et crayons de couleur sur papier • 48 × 63 cm • Coll. Mu.ZEE, Ostende • © Mu.ZEE, Ostende/Dominique Provost, 2019.

Léon Spilliaert, Les Flacons
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Léon Spilliaert, Les Flacons

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À moitié vide

Dans le laboratoire de son père, l’artiste passe des heures à observer les flacons de parfum. Parmi ces trois flacons en verre fignolés à l’encre diluée, deux sont vides, eux aussi. En soignant les jeux de transparence et de reflets, Spilliaert remarque que ces flacons « ont la même densité qu’un homme qui dort »…

Encre de Chine, lavis et pinceau sur papier • 48,6 × 65,5 cm • Coll. particulière, Drogenbos • Photo Luc Schrobiltgen/Courtesy Royal Academy of Arts, Londres.

Léon Spilliaert, Le Coup de vent
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Léon Spilliaert, Le Coup de vent, 1904

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Une épingle dans le vent

Fine comme une brindille, une femme s’agrippe à la balustrade d’une jetée tandis que le vent, qui malmène sa robe et ses cheveux, menace de l’emporter dans le vide. Derrière elle, une mer morose s’étend sous un ciel d’une phosphorescence orageuse. Est-elle de dos ? Ou de face, le visage déchiré d’un cri sombre ?

Encre de Chine, aquarelle et gouache sur papier • 51 × 41 cm • Coll. Mu.ZEE, Ostende • © Mu.ZEE, Ostende/Photo Steven Decroos.

Léon Spilliaert, Femme devant la mer, la nuit
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Léon Spilliaert, Femme devant la mer, la nuit, 1902-1903

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Marche funèbre

Lorsqu’ils ne sont pas déserts, les paysages de Spilliaert sont habités par des femmes seules, réduites à des ombres perdues dans un gris infini. Des échos de sa propre solitude métaphysique…

Crayon, lavis d’encre de Chine et stylo sur papier • 26,6 × 35,7 cm • Coll. Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles • © Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles.

Léon Spilliaert, Plage au clair de Lune, marine avec lumière
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Léon Spilliaert, Plage au clair de Lune, marine avec lumière, 1908

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Mer d’encre

De son observation de la mer à Ostende, et de la vaste plage déserte, le peintre tire de nombreux paysages d’une pureté étrange, où le sable, le ciel et la mer se confondent en une succession de strates aux couleurs passées.

Encre de Chine, aquarelle et crayon sur papier • 50 x 65 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images

Léon Spilliaert, Autoportrait au chevalet
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Léon Spilliaert, Autoportrait au chevalet, 1908

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Mise en abyme

Rares sont les autoportraits où Spilliaert se représente à l’œuvre. Mais, contrairement à cette formule classique en histoire de l’art, le miroir révèle ici que, sur son chevalet, le papier demeure totalement vierge. À cette absence d’œuvre fait écho la mise en abyme de sa silhouette, absorbée par les deux glaces qui l’entourent, jusqu’à se réduire à une vague tache grise.

Encre de Chine, crayons de couleur et pastel sur papier • 66 × 50 cm • Coll. musée royal des Beaux-Arts, Anvers • © Bridgeman Images

Léon Spilliaert, Autoportrait, 2 novembre
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Léon Spilliaert, Autoportrait, 2 novembre, 1908

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Les yeux dans les yeux

Tel un spectre, son apparition dans le miroir irradie, tandis qu’un chiffon posé devant lui sous entend la possibilité d’un effacement, comme sur un tableau noir. Au second plan, un calendrier affiche la date de la fête des morts…

Encre de Chine, crayons de couleur et gouache sur papier • 49 × 63,8 cm • Coll. The Hearn Family Trust, New York • © Bridgeman Images

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Léon Spilliaert (1881-1946) - Lumière et solitude

Du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021

m.musee-orsay.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Léon Spilliaert

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