En partenariat avec Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne

Vue de l’exposition “La mécanique de l’art”
© Pierre Grasset
Une jolie mue s’est produite au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne. Son parcours permanent vient de se refaire une beauté sous le titre « La mécanique de l’art » : un titre qui rend à la fois hommage aux collections techniques du musée, bâties autour des spécialités stéphanoises — les cycles, les rubans et les armes —, mais qui attire aussi l’attention sur la mise en valeur inédite de son fonds artistique.
Le musée possède en effet un important (et insoupçonné) fonds d’œuvres et d’objets d’art. Dès la fin du XIXe siècle, sous l’impulsion de son directeur, le musée se veut aussi lieu de formation esthétique, en proposant aux industriels et ouvriers de quoi les inspirer pour leurs créations. Cette dimension pédagogique est à l’origine de nombreuses acquisitions et dons d’œuvres qui sont venues enrichir le musée au fil du temps, et qu’un récent chantier des collections a permis de redécouvrir.
Ainsi, après une salle d’introduction immersive, où une mise en scène numérique décrypte l’origine et l’histoire des collections, le nouveau parcours permanent s’articule autour de ce dialogue étroit entre les volets techniques et artistiques. Tableaux, meubles en marqueterie, affiches, céramiques, instruments de musique décorés… : ces œuvres d’une grande qualité font écho aux objets industriels du musée.
À gauche : cabinet anglo-indien, fin du 18e siècle ; À droite : robe et bustier en ruban gros-grain et dentelle, Franck Sorbiers, 2022
© Musée d’Art et d’Industrie – Photo up design Hubert Genouilhac
Il y a par exemple ce joli petit cabinet d’ivoire indien du XVIIIe siècle, dont la restauration aura nécessité pas moins d’une année de travail. Son riche décor floral se retrouve dans les tissages des rubans stéphanois de la fin du XIXe siècle, illustrant la large circulation de ces motifs. Ce cabinet ainsi que d’autres objets d’Extrême-Orient devaient servir aux dessinateurs pour s’inspirer de leurs codes esthétiques et créer des rubans ou des armes dont les décors seraient susceptibles de plaire au marché asiatique.
Portrait de dame en robe bleue, vers 1770
© Musée d’Art et d’Industrie – Photo up design Hubert Genouilhac
Mais les œuvres exposées dans le nouveau parcours ne sont pas seulement des sources d’inspiration : elles montrent aussi la manière dont les objets produits par l’industrie stéphanoise étaient utilisés. Ainsi, un portrait d’une très chic dame de la fin du XVIIIe siècle, dont le corsage est rehaussé d’un large nœud, illustre concrètement l’usage des rubans dans les tenues des aristocrates.
Plus qu’un simple lifting, ce parcours repense entièrement la présentation et l’étude des collections du musée. Auparavant divisé en trois typologies distinctes et presque étanches — cycles, rubans et armes —, le nouveau parcours de visite les présente désormais de manière bien plus poreuse, en illustrant les connexions entre elles. Des savoir-faire similaires relient par exemple les cadres de vélo et les canons de fusils, qui étaient usinés sur les mêmes machines. Un exemple parmi d’autres justifiant cette approche plus transversale, avec des salles éclairant l’apport du musée comme modèle ou bien la mécanique dans ces trois domaines a priori si différents.
L’importance de la mécanique est d’ailleurs mise en scène dans un « mur », autre nouveauté de ce parcours permanent. Comment expliquer simplement le fonctionnement d’une courroie de transmission ou d’un engrenage ? C’est le défi que relève haut la main ce dispositif, en associant pour chaque mécanisme une définition très théorique, un objet des collections et une maquette afin que le public puisse expérimenter par lui-même. Une triple approche intellectuelle, visuelle et pratique, permettant à chacun de trouver la manière de comprendre qui lui convient le mieux.
Métier à tisser les rubans avec mécanique jacquard, PACORET, 1875-1925
© Musée d’Art et d’Industrie
Enfin, ce nouveau parcours est aussi l’occasion de mettre en avant d’incroyables métiers à tisser, dont celui destiné à produire des images tissées emblématiques d’un savoir-faire unique de Saint-Étienne. Ce métier d’une complexité inouïe, qui ne servait plus depuis plusieurs décennies, a nécessité un important travail de remise en fonctionnement et l’aide des ouvriers de l’entreprise locale Neyret.
Marie-Caroline Janand, directrice du musée, se souvient du moment où la musique si particulière du métier à tisser s’est mise à résonner dans les salles : « Quand on a entendu le métier fonctionner, c’était un moment de grande émotion pour tout le musée ». Depuis, l’un des médiateurs a été spécialement formé pour l’actionner plusieurs jours par semaine, une rareté qui vaut à elle seule le déplacement.
Vue de l’exposition « La mécanique de l’art »
© Photo up design Hubert Genouilhac
Finalement, l’art du titre du nouveau parcours concerne aussi bien les œuvres sorties des réserves que les objets techniques. Loin d’être opposés dans le parcours de visite, ils se répondent et se complètent : les œuvres inspirant les objets techniques, et ces derniers rivalisant par leur design avec la créativité des tableaux et objets d’art. Mis en valeur dans leurs vitrines, un pédalier de vélo ou le fusil « Idéal » de Manufrance ont une beauté indéniable, et prouvent que le musée d’Art et d’Industrie n’a jamais si bien porté son nom.
La mécanique de l’art
Depuis le 16 novembre 2023
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Musée d'Art et d'Industrie - Saint-Étienne • 2 Place Louis Comte • 42000 Saint-Étienne
www.musee-art-industrie.saint-etienne.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique