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Marc Desgrandchamps, Sans titre, 2020
Huile sur toile • dyptique : 200 x 300 cm • © Adagp, Paris 2023 © Musée des Beaux-Arts de Dijon / Photo François Jay
Deux touristes, smartphone en mains, et une statue antique ont pris la place du Christ, de ses bourreaux et des mécènes dans le décor de la Flagellation de Piero della Francesca : bienvenue dans l’univers de Marc Desgrandchamps ! Peint au début de la pandémie de Covid en mars 2020, alors que l’artiste vient d’être contaminé, l’image résonne avec une actualité faite de musées fermés : à la fenêtre haute du bâtiment situé à droite, le peintre a ajouté une figure confinée…
« Marc Desgrandchamps – Silhouettes » n’est pas une rétrospective à proprement parler. L’exposition se concentre surtout sur les créations de la dernière décennie, reliées par la continuité des tons bleus et verts tapissant ses paysages et par la récurrence d’éléments tels que les sculptures antiques et les chevaux.
Marc Desgrandchamps, Le Centaure incertain, 2022
Huile sur toile • diptyque : 200 × 300 cm • © Adagp, Paris 2023 © Courtesy Galerie EIGEN + ART Leipzig / Berlin
Né en 1960 à Sallanches, Marc Desgrandchamps est actif à Lyon depuis les années 1980 où il a adopté la peinture à l’huile pour travailler d’abord d’après mémoire puis, depuis les années 1990, d’après des photographies. Il devient alors un acteur incontournable de la peinture figurative. Mais, ni réaliste, ni surréaliste, son art ne se conforme à aucune étiquette : « Malgré le caractère figuratif de ma peinture, le moment abstrait a été déterminant dans mon évolution. »
« Il y a une antinomie dans ces scènes d’apparence harmonieuse. »
Pauline Nobécourt
Ses tableaux hybrident ses souvenirs intimes à ses lectures, à l’histoire de l’art et à l’actualité, la multitude des sources employées allant du web aux albums de famille. Une vue de littoral paisible est perturbée par un groupe de bagarreurs tiré des fresques de Lucas Signorelli à Orvieto. Un jeune mod britannique – référence aux passions musicales du peintre – voit son milieu entaché d’aplats de peinture noire. Une passante vêtue à la dernière mode croise indifférente la route d’une Amazone sculptée du British Museum.
Un Déjeuner sur l’herbe de Manet prend des allures de pique-nique étudiant : « Il y a une antinomie dans ces scènes d’apparence harmonieuse, comprenant toujours une tension sous-jacente », comme l’explique Pauline Nobécourt, historienne de l’art assurant à Dijon son premier commissariat d’exposition.
Marc Desgrandchamps, Sans titre, 2012
Huile sur toile • diptyque: 200 x 300 cm • Coll. Galerie Lelong & Co • © Adagp, Paris 2023 © Courtesy Galerie Lelong & Co., Paris / Julien Bouvier Studio
Le choix même du polyptyque, quasi systématique, est profondément cinématographique.
Jamais illusionnistes, les images mettent en abyme notre propre rapport à elles. L’écran du smartphone comme nouvelle fenêtre sur le monde revient dans les mains des figures sans visage peuplant ses toiles : « Ça nous raconte une histoire du regard », explique Marc Desgrandchamps. La photographie n’est pas seulement une source mais c’est le procédé en lui-même qui intervient comme modèle de construction des images. Ainsi, la transparence des figures qu’implique la « manière maigre » adoptée par l’artiste, acceptant les coulures, fait écho aux surexpositions et images latentes, autant d’accidents plus ou moins maîtrisés dans le développement argentique.
Les accidents viennent aussi du cinéma, autre grande source d’inspiration du peintre. Dans Centaure incertain [ill. plus haut] , Desgrandchamps use du faux raccord entre les deux panneaux pour réunir le train arrière d’un cheval et un bras humain en une étrange chimère. À côté, la femme tenant un cabas avec un smiley imprimé casse la gravité d’ensemble : « Cet élément du réel réintroduit aussi une forme de temporalité », comme le dit l’artiste. Le choix même du polyptyque, quasi systématique, est profondément cinématographique, le liséré noir mettant en évidence le bord de chaque tableau qui fait écho au déroulé de la bobine filmique.
Marc Desgrandchamps, À gauche, “Un matin du temps de paix” (2022). À droite, “Les Effigies” (1995)
Huiles sur toile • 200 x 150 cm / diptyque : 205 x 280 cm • Coll. du Centre Pompidou - Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle, Paris • © Adagp, Paris 2023 © Courtesy Galerie EIGEN + ART Leipzig / Berlin © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Claude Planchet
Jamais violentes mais toujours tendues, à la fois intimes et universelles, les peintures de Desgrandchamps sont avant tout inscrites dans leur époque. La fragilité des paysages sereins rebondit sur l’angoisse écologique du présent. Mais l’artiste est aussi sensible à la guerre. Il en va ainsi des Effigies de 1995, rare incursion dans une période plus ancienne de l’artiste : le peintre reprend – librement – avec ces têtes d’animaux sur pilori un extrait du roman Sa majesté des mouches de William Golding, qu’il lisait en pleins massacres en Bosnie : « c’est le surgissement d’une sorte de sauvagerie au sein de sociétés en apparence jusqu’alors apaisées ».
Plus récente, Un matin du temps de paix dont le titre est une allusion au film La Jetée de Chris Marker, nous montre une adolescente à la silhouette flottante capturant pour la dernière fois la vue d’un lac tranquille. L’œuvre a été peinte en 2022, juste après l’invasion de l’Ukraine.
Marc Desgrandchamps. Silhouettes
Du 12 mai 2023 au 28 août 2023
Musée des Beaux-Arts de Dijon • 1 Place de la Libération • 21000 Dijon
musees.dijon.fr
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