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RÉCIT

Dans les rêves tourmentés d’Unica Zürn

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Publié le , mis à jour le
Elle s’est bâtie un monde de papier, peuplé de poésie et de multiples créatures fantasmagoriques, comme autant de remparts à sa folie. Unica Zürn, dessinatrice et poétesse allemande proche des Surréalistes, est actuellement à l’honneur au musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, où elle fût internée dans les années 1960. L’institution offre un nouvel éclairage sur l’œuvre de cette artiste et invite à voir au-delà de la folie.
Unica Zürn, Sans titre
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Unica Zürn, Sans titre, 1957

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Pastel sec et gouache sur papier • 33 x 55,5 cm • Collection privée • © Dominique Baliko

« Elle était traversée par des fantômes, de grandes ailes d’oiseaux traversaient son corps. Un monde merveilleux l’habitait », se souvient le docteur Jean-François Rabain dans un entretien récent. Au début des années 1960, alors qu’il est un jeune externe à la clinique de l’encéphale de Sainte-Anne, il fait la rencontre d’Unica Zürn. L’artiste proche des Surréalistes y a été internée suite à une violente crise. En pleine bouffée délirante ou sédatée par une camisole chimique, elle lui raconte. Et dessine.

Unica Zürn
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Unica Zürn

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© Verlag Brinkmann & Bose, Berlin / Aware

Unica Zürn est née en 1916, en Allemagne, d’un père officier et d’une mère fortunée, qui divorcent lorsqu’elle a 15 ans. Sa mère ne tarde pas à se remarier avec un ministre de la république de Weimar, futur haut dignitaire du IIIe Reich. En 1933, après des études de commerce, elle est embauchée comme dactylo aux studios de l’Universum Film AG à Berlin avant de devenir autrice de films publicitaires. Mariée depuis 1942 avec un certain Erich Laupenmühlen, elle divorce sept ans plus tard et lui laisse la garde de leurs deux filles. Zürn troque sa vie rangée pour la bohème des cabarets Berlinois. Dans l’un d’entre eux, à La Baignoire (Die Badewanne), elle fait la connaissance de Surréalistes allemands qui, comme elles, font surgir des ruines de la guerre des dessins, vers et peintures. Les temps sont durs. Pour s’en sortir, Unica Zürn écrit des contes expressionnistes publiés sous la forme de feuilletons dans des journaux, ainsi que de courtes pièces radiophoniques.

Unica Zürn, Sans titre
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Unica Zürn, Sans titre, vers 1965

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Encre de Chine et aquarelle sur papier • 50 x 65 cm • Collection privée • © Dominique Baliko

Sur les photos de vernissage, Unica Zürn pose aux côtés de Dorothea Tanning et Denise René… Mais son regard n’est jamais vraiment à la fête.

C’est une rencontre capitale qui fait tout basculer en 1953. Hans Bellmer (1902 – 1975) expose alors à Berlin. Le surréaliste exilé en France, où il jouit déjà d’une certaine notoriété, s’éprend d’Unica qui, très vite, le rejoint à Paris. Dans leur petite chambre de la rue Mouffetard, Hans encourage Unica à l’écriture d’anagrammes, mais aussi à la peinture. Zürn prend également part aux réunions surréalistes, rencontre et fréquente le pape d’entre eux, André Breton, Max Ernst, Man Ray ou encore Jean Arp. Son travail convainc des galeries comme Le Soleil dans la tête et Le Point Cardinal, où elle expose à quelques reprises entre 1956 et 1965. Sur les photos de vernissage, Unica Zürn pose aux côtés de Dorothea Tanning et Denise René… Mais son regard n’est jamais vraiment à la fête. Il est absent, comme perdu dans le monde de papier qu’elle s’est créé, qui rappelle autant les bestiaires médiévaux que les visions hallucinantes et hantées de Jérôme Bosch. Un refuge fantastique où elle fait naître des formes et des créatures fantasmagoriques.

Unica Zürn, Sans titre
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Unica Zürn, Sans titre, 26 février 1965, Hôpital Sainte-Anne, Paris

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Gouache sur papier • 64,5 × 49,5 cm • Coll. MAHHSA • © Dominique Baliko

Dessins, peintures et anagrammes… Toutes les œuvres d’Unica Zürn témoignent d’une créativité folle, mais surtout d’un esprit de recherche constant, sans cesse à l’affût de nouvelles formes. Ses cahiers de dessins deviennent des territoires vierges à explorer, où s’épanouissent « une abondance de textures succulentes – écailles, peau de serpent ou de poisson, frondaisons, gouttes diamantées, colliers, ocellements, fibrilles, tatouages aigus et fines dentelures », selon les mots de Roger Cardinal. Parfois, elle rehausse ses traits d’encre tantôt de gouache, tantôt de crayons de couleurs ou encore d’aquarelle, qui leur confèrent un aspect évanescent et joyeux, aux antipodes, pourrait-on dire, de la vie de l’artiste.

Unica Zürn, Sans titre
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Unica Zürn, Sans titre, 27 septembre 1962, Hôpital Sainte-Anne, Paris

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Gouache sur papier • 67 × 50 cm • Coll. MAHHSA • © Dominique Baliko

Car sa relation avec Bellmer est mouvementée. Plusieurs fois, le couple se sépare puis se reforme, jusqu’en 1960 où, cette fois, Unica sombre pour de bon. Victime d’une violente crise hallucinatoire, elle est internée dans une clinique psychiatrique allemande, où elle remplit un carnet de 64 dessins… détruit à l’occasion d’un autre épisode nerveux. Dès lors, l’existence d’Unica Zürn est ponctuée de crises, que nombre de psychiatres tenteront d’expliquer, développant de multiples hypothèses convoquant tour à tour troubles bipolaires, « névrose hystérique », schizophrénie… Internée à l’hôpital Sainte-Anne de 1961 à 1963, Unica y réalise de nombreux dessins. Par l’entremise du poète Henri Michaux, Bellmer lui fait parvenir des cahiers de travaux pratiques vierges, de ceux que les écoliers du quartier Latin achetaient chez Gibert, dont il ne reste quasiment aujourd’hui que des feuilles volantes (éparpillées dans des collections privées du monde entier). Et lorsqu’elle ne dessinait pas dans sa chambre, Zürn participait également à des ateliers organisés par le Département d’art psychopathologique de Sainte-Anne, où se sont notamment déployés les prémices de l’art-thérapie.

Unica Zürn, Sans titre
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Unica Zürn, Sans titre, 1966

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Encre de Chine sur papier • 31 × 25 cm • Collection privée • © Dominique Baliko

« Je suis, donc je rêve. »

Unica Zürn

L’Homme Jasmin, Sombre printemps, Vacances à Maison Blanche À la fin des années 1960, Unica Zürn profite de rares accalmies pour écrire. Sa rencontre avec Hans Bellmer, ses internements, mais aussi ses fantaisies : elle couche sur le papier ses conflits existentiels et les muent en œuvre. En 1970, alors qu’elle est internée à la clinique psychiatrique du château de Chesnaie de Chailles, elle profite d’une permission de quelques jours pour rendre visite à Bellmer, dans leur appartement de la rue de la Plaine. Celui-ci est, depuis un accident vasculaire cérébral survenu l’année précédente, fortement diminué, hémiplégique. Unica se jette du sixième étage et meurt sur le coup. « Je suis, donc je rêve », écrivait-elle en 1967, dans son précieux recueil d’anagrammes, Oracles et spectacles. Unica Zürn n’est plus, mais ses rêves, eux, continuent de nous hanter.

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Unica Zürn

Du 31 janvier 2020 au 26 juillet 2020

Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme

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