Musée d'Orsay

L’imaginarium du docteur Chauveau

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Il y avait le Douanier Rousseau et le facteur Cheval, il faudra désormais aussi compter le docteur Chauveau ! Quelques jours avant le confinement, le musée d’Orsay révélait le bestiaire insoupçonné de Léopold Chauveau (1870–1940), artiste à l’imaginaire singulier et au talent polymorphe. Une exposition qui fera le bonheur des petits et des grands puisque le musée a ouvert le 23 juin dernier. Partons à la découverte d’un monstre… d’imagination.
Léopold Chauveau, « Monstre », 1919 ; « Monstre », non daté, et « Tante Louise », vers 1911
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Léopold Chauveau, « Monstre », 1919 ; « Monstre », non daté, et « Tante Louise », vers 1911

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Bronze martelé / Esquisse en plâtre traité à l’huile de lin et gomme-laqué / Bronze à la cire perdue fondu par Valsuani • 10,5 x 14 x 8,5 cm / 13,3 x 4,3 x 5 cm / 43,5 x 27 x 29 cm • Collections particulières / Coll. musée d’Orsay, Paris, don de Marc Chauveau sous réserve d’usufruit par l’intermédiaire de la Société des amis du musée d’Orsay, 2019 • © Musée d'Orsay/Patrice Schmidt. © Musée d'Orsay/Patrice Schmidt. © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt.

Un grand oiseau, des bonshommes têtards se jetant dans le vide, des créatures hybrides monstrueuses mais tellement humaines… Bienvenue dans l’antre de Léopold Chauveau, que le musée d’Orsay met en scène dans une exposition féerique accessible aux grands comme aux petits. Ce qui a permis la révélation de cet artiste OVNI jusqu’alors oublié de l’histoire de l’art ? La donation de 48 sculptures et 526 dessins à l’institution parisienne par son petit-fils Marc Chauveau.

Léopold Chauveau en compagnie de ses monstres sculptés
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Léopold Chauveau en compagnie de ses monstres sculptés, vers 1937

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DR.

Léopold Chauveau naît à Lyon en 1870. Suivant les pas de son père, l’illustre professeur Auguste Chauveau, il étudie la médecine. En parallèle, Léopold s’envisage artiste mais ce n’est qu’à 35 ans qu’il se lance. À Versailles, son voisin, le peintre et sculpteur Georges Lacombe, l’initie autour de 1905 à la sculpture sur bois, qu’il délaisse rapidement pour le modelage.

« Tout enfant, ce qui était monstrueux me plaisait déjà. Je n’avais encore vu que les gargouilles de certaines cathédrales, quelques monstres chinois et japonais et déjà je sentais qu’il y avait là un monde à ma convenance. » Des mains de Léopold Chauveau naît un bestiaire plein d’humour, une grande famille de monstres où se cachent des portraits de proches chargés de tendresse comme Tante Louise [ill. plus haut], et des êtres touchants comme ce pauvre Tapahuac au visage penaud coincé entre deux énormes fesses…

Léopold Chauveau, « Tapahuac », 1910, et anonyme, « Vase zoomorphe : chauve-souris », vers 100 avant J.C. – 700 après J.C.
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Léopold Chauveau, « Tapahuac », 1910, et anonyme, « Vase zoomorphe : chauve-souris », vers 100 avant J.C. – 700 après J.C.

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Plâtre traité à l’huile de lin et gomme-laqué, traces de peinture bleue / Terre cuite orange, rouge et crème Pérou, site de Moche • 7 x 8 x 9 cm / 17,7 x 12 x 11,4 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris / Coll. Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, Paris, don Abel Drouillon, 1883 • © musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais/Patrice Schmidt / © musée du quai Branly - Jacques Chirac, Dist. RMN-Grand Palais/Claude Germain.

Mobilisé comme médecin en 1914, il adresse à ses quatre enfants de tendres cartes couvertes de dessins de monstres.

Outre le Moyen Âge et l’Extrême-Orient, Chauveau se livre peu sur ses influences. À travers l’accrochage, les commissaires de l’exposition (Ophélie Ferlier-Bouat, Leïla Jarbouai et Géraldine Masson) dressent des ponts avec l’art de symbolistes comme le peintre Odilon Redon ou le sculpteur Jean Carriès, de caricaturistes comme Honoré Daumier et Henri Gustave Jossot. En outre, le jeune Léopold avait connaissance du fonds de plaques photographiques du physiologiste Charles-Émile François-Franck, collègue de son père, comprenant des reproductions d’objets ethnologiques. Sans oublier l’exercice de la médecine qui lui a conféré une grande connaissance de l’anatomie humaine et animale, une clé pour comprendre l’enfantement des monstres.

Léopold Chauveau, La Maison des monstres, n°57
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Léopold Chauveau, La Maison des monstres, n°57, 1910

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Encre noire, tracé préparatoire à la mine graphite sur papier vélin très fin • 20,3 × 14,9 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris, don de Marc Chauveau par l’intermédiaire de la Société des amis du musée d’Orsay • Courtesy Musée d’Orsay, Paris.

Chauveau reste un artiste amateur jusqu’en 1922, au moment où il arrête la médecine. Voilà qui explique sa liberté absolue de création. Il peine néanmoins à percer, malgré trois participations au Salon d’Automne à partir de 1911. Variant les supports, Chauveau inaugure un autre bestiaire en 1910, à l’encre celui-là : la Maison des monstres. Mobilisé comme médecin en 1914, il adresse à ses quatre enfants depuis le front de tendres cartes couvertes de dessins de monstres. Ce statut de père est crucial pour comprendre son art. Tous les artistes ne peuvent se targuer d’avoir donné vie… à un doudou ! Chauveau abandonne pourtant la sculpture en 1922 pour se consacrer à l’illustration et à l’écriture, lui permettant de vivre chichement.

Léopold Chauveau, Paysage monstrueux, n°38
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Léopold Chauveau, Paysage monstrueux, n°38, 1920

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Encre noire et aquarelle sur papier vélin épais Ingres Arches MBM • 18,7 × 26, 5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris, don de Marc Chauveau par l’intermédiaire de la Société des amis du musée d’Orsay, 2019 • Courtesy Musée d’Orsay, Paris.

« J’ai subi pendant quelques heures une violente crise de spleen […] J’ai repris ma sérénité et je me suis remis à modeler un cher monstre. » Ces compagnons attachants sont autant d’échappatoires pour un homme en proie à la dépression. Un état alourdi par les tragédies personnelles : Léopold perd son fils Pierre, noyé en 1915, son épouse Renée et son autre fils Renaud en 1918, suite à une opération de l’appendicite qu’il a lui-même pratiquée… Comme exutoire, il livre des paysages monstrueux aux teintes de gouache chaleureuses, où le loufoque s’exprime avec poésie dans une justesse rare, sans jamais tomber dans la mièvrerie.

Léopold Chauveau, « Fables de la Fontaine/ Le rat qui s’est retiré du monde »  et « Paysage monstrueux, n°55 »
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Léopold Chauveau, « Fables de la Fontaine/ Le rat qui s’est retiré du monde » et « Paysage monstrueux, n°55 », 1921

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Encre noire, aquarelle et gouache sur papier vélin épais Ingres Arches MBM / Encre noire et aquarelle sur papier vélin épais Ingres Arches MBM • 19 x 26, 5 cm / 18,7 x 26,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris, don de Marc Chauveau, 2016 / Coll. musée d’Orsay, Paris, don de Marc Chauveau par l’intermédiaire de la SAMO, musée d’Orsay, 2019 • Courtesy Musée d'Orsay, Paris.

« Je dessine des monstres – bien gentils, bien doux, bien inoffensifs – bien ridicules à côté des monstres vrais et vivants qui bouleversent maintenant le monde. »

Léopold Chauveau

Chauveau trouve du réconfort dans le monde de l’enfance, dans les fables qu’il illustre et les contes qu’il invente. Il ne refoule aucun malheur, redonnant vie à son petit garçon dans les Histoires du petit Renaud, dont la première édition, en 1926, est illustrée par Bonnard – Chauveau prendra lui-même en charge l’illustration de l’édition de 1932. Dans ce recueil, c’est l’enfant qui raconte les histoires à son père : le lecteur est encouragé à participer, dans une sensibilité qui rapproche l’auteur du courant d’éducation nouvelle. Revanche d’un papa-gâteau sur une éducation autoritaire héritée du siècle précédent ?

Végétarien, anticolonialiste et antifasciste, Léopold Chauveau est avant tout un humaniste dénonçant les injustices dans ses histoires, jusqu’à la montée du nazisme. Quelques mois avant sa mort, en septembre 1939, il dresse ce sévère constat sur la marche de l’histoire : « Je dessine des monstres – bien gentils, bien doux, bien inoffensifs – bien ridicules à côté des monstres vrais et vivants qui bouleversent maintenant le monde. »

Léopold Chauveau, Le Bouffon Babriot, n°24
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Léopold Chauveau, Le Bouffon Babriot, n°24, vers 1931–1933

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Encre noire sur papier vélin épais Ingres Arches MBM • 19,5 × 28,3 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris, don de Marc Chauveau par l’intermédiaire de la Société des amis du musée d’Orsay • Courtesy Musée d’Orsay, Paris.

L’œuvre de Léopold Chauveau est taquine et impertinente autant que visionnaire et polymorphe. Et son apport à la littérature jeunesse est salué aujourd’hui tant il semble actuel. Le maître en la matière, Claude Ponti, y dédie un album hommage, Voyage au pays des monstres en 2019 : « Cette capacité de Léopold Chauveau d’exprimer une douce douleur tendrement assagie, de dire l’absurdité du monde si l’on est privé d’humour, de se savoir monstre parmi les humains et humain parmi les monstres et cette finesse de donner aux enfants le meilleur de soi-même, voilà qui m’impressionna et me donna, pour miracle, droit de cité sur ses terres. »

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Au pays des monstres - Léopold Chauveau (1870-1940)

Du 10 mars 2020 au 28 mars 2021
Réouverture du musée d'Orsay à compter du 15 décembre.
Les visiteurs doivent se munir de billets horodatés et réservés en ligne (billetterie et réservation ouvertes à partir du 8 juin).
Le port du masque (non fourni par le musée) est obligatoire pour tous les publics à partir de 11 ans.

m.musee-orsay.fr

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