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Cubiste, tubiste, réaliste non figuratif, abstrait. Fernand Léger a traversé toute la grande aventure de l’art moderne au XXe siècle. Avant d’être le peintre de la ville nouvelle, il a été marqué par son expérience de la Grande Guerre. Son art est basé sur le contraste équilibré des couleurs et des formes, qu’il a développé à une échelle monumentale. La quête de modernité est au cœur de sa pensée et de son esthétique.
Fernand Léger à Venise, 1952
Photographié par Graziano Arici • © Archivio Arici / Leemage / © Adagp, Paris
« Je ne sais pas ce que c’est un sujet ancien ou moderne ; je ne connais qu’une interprétation nouvelle et c’est tout. »
Né en 1881 en Normandie, le jeune Fernand Léger préfère le dessin à l’étude. En 1900, il s’installe à Paris, dans le quartier de Montparnasse, et fréquente les académies de peinture. Ses amis se nomment Blaise Cendrars, Robert Delaunay ou encore Marc Chagall.
Marqué par la rétrospective Cezanne de 1907, Fernand Léger se lance dans l’aventure cubiste. En 1909, il peint sa première toile cubiste, se rapproche des frères Duchamp et du groupe de la Section d’or (ou Groupe de Puteaux). Léger participe à de nombreuses expositions, dont le Salon des artistes indépendants (il y expose en 1911 ses Nus dans la forêt) ou l’Armory Show organisé à New York en 1913.
Son art est qualifié de « tubiste » par la critique d’art car, à la différence de Picasso ou de Braque, Léger traite les éléments dans l’espace, de manière cylindrique. Jusqu’en 1914, il développe sa réflexion sur le contraste des formes afin de traduire la vitesse du monde moderne par un vocabulaire plastique approprié.
Entre 1914 et 1918, Léger est sur le front. Il est durablement marqué par son expérience de brancardier, qui le place au cœur même des souffrances des combattants. Lui-même gazé en 1917, il reprend les pinceaux pendant sa convalescence et livre une œuvre majeure, La Partie de cartes. Son art reste placé sous l’influence des avant-gardes cubistes.
Dans les années 1920, le peintre se lance dans une nouvelle aventure esthétique, prônant un nouveau réalisme orienté vers l’image de la ville moderne et du machinisme. Il s’associe à des expériences cinématographiques d’avant-garde (Le Ballet mécanique, L’Inhumaine), adhère au purisme et participe au retour à l’ordre classique défendu par les modernes. Il forme également de jeunes peintres au sein de son atelier, véritable académie artistique.
Dans les années 1930, Léger prend part aux entreprises artistiques conduites pour le Front populaire. À l’occasion de l’exposition internationale de 1937, il réalise une grande décoration murale pour le palais de la Découverte (Transport des forces). Selon Léger, l’artiste a un rôle à jouer dans la société : celui de concilier la modernité à l’esprit populaire.
Pendant l’Occupation, Léger s’installe aux États-Unis où il retrouve d’autres artistes exilés (Breton, Duchamp, Chagall, Mondrian). La modernité de New York lui inspire ses dernières grandes compositions. Revenu en France en 1946, il participe au renouveau de l’art sacré en réalisant les vitraux de l’église d’Audincourt et devient l’un des artistes phares du Parti communiste, aux côtés de Picasso.
Quelques mois avant sa mort, en 1955, Léger acquiert une maison au pied du village de Biot. Elle abrite depuis 1960 un musée à son nom.
Fernand Léger, Nus dans la forêt, 1910
Huile sur toile • 120 × 170 cm • Coll. & © Kröller-Müller museum, Otterlo / © Adagp, Paris
Alors que de nombreux cubistes expérimentent des techniques nouvelles (comme les papiers collés), Fernand Léger demeure fidèle à la peinture. Il s’approprie les codes esthétiques du cubisme (vision de la nature par la géométrisation, palette restreinte), mais invente un style bien à lui, qualifié de « tubiste ». Les formes cylindriques témoignent de son attirance pour les thèmes machinistes, mais aussi de sa proximité avec les peintres cubo-futuristes russes.
Fernand Léger, La Partie de cartes, 1917
Huile sur toile • 129 × 193 cm • Coll. & © Köller-Müller Museum, Otterlo • © Artothek / La Collection / © Adagp, Paris
Peinte pendant sa convalescence en 1917, ce tableau signale le retour de Léger sur le front des arts. L’artiste traite un thème conventionnel de la Grande Guerre (un jeu de cartes pour tromper l’ennui), mais l’interprète à la manière cubiste, en géométrisant fortement l’espace et en présentant les soldats comme des machines. On peut également voir dans cette œuvre un clin d’œil de Léger à l’œuvre de Cézanne qu’il admirait.
Fernand Léger, Les Loisirs – Hommage à Jacques-Louis David, 1948–1949
Huile sur toile • 154 × 185 cm • Coll. musée national d’Art moderne, Paris • © Bridgeman Images / © Adagp, Paris
Léger défend un art accessible au plus grand nombre. Dans cette œuvre, il glorifie les loisirs populaires et le thème des congés payés accordés aux travailleurs par le Front populaire. En outre, il rend hommage au peintre néoclassique et révolutionnaire Jacques-Louis David, dont il admire le trait classique et l’épure. Cette œuvre fut d’ailleurs réalisée à l’occasion du bicentenaire de la naissance de David et de sa grande exposition au musée de l’Orangerie.
Fernand Léger, Les Constructeurs, état définitif, 1950
Huile sur toile • 300 × 228 cm • Coll. musée national Fernand Léger, Biot • © Photo Josse / Leemage / © Adagp, Paris 2017
Se déployant à la manière d’une fresque, cette œuvre représente les artisans de la ville nouvelle. Léger y met en scène les ouvriers au travail, à l’instar d’acrobates évoluant sur des poutrelles de métal. L’œuvre se caractérise par sa forte structuration géométrique et des couleurs vives, typiques de la palette de Léger dans les années d’après-guerre.
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