Cet automne sur la Tamise, la surprise est de mise ! Plongez dans le célèbre fog immortalisé par Monet, immergez-vous dans l’univers délicieusement macabre de Tim Burton, organisez un intense tête-à-tête avec Francis Bacon et redécouvrez les Tournesols de Van Gogh. De la Courtauld Gallery au Design Museum, les grands maîtres sont les têtes d’affiches de parcours qui offrent un regard neuf sur leurs chefs-d’œuvre !
Mais la capitale britannique nous surprend encore davantage avec des expositions aux sujets inédits et forts. On redécouvre ainsi le Moyen Âge à travers le regard des femmes qui ont marqué son histoire à la British Library, on revit les soulèvements des années 1980 dans l’objectif des photographes britanniques à la Tate Britain et on ausculte le passé colonial du Royaume-Uni avec l’artiste contemporain guyano-britannique Hew Locke, au British Museum. Un programme des plus excitants qui bouscule nos idées reçues.
À gauche, « La chaise de Van Gogh » de Vincent van Gogh (1888). À droite, « Les tournesols » de Vincent Van Gogh (1888)
Huile sur toile • 91.8 × 73 cm / 92.1 × 73 cm • Coll. The National Gallery, Londres • © The National Gallery, London
Pour marquer son 200e anniversaire, la National Gallery de Londres organise sa toute première exposition consacrée à l’œuvre de Vincent van Gogh (1853–1890). L’exposition nous emmène dans le sud de la France, entre Arles et Saint-Rémy-de-Provence, et donne à voir une série de près de 50 peintures et 14 dessins sur les 200 œuvres réalisées par l’artiste de 1888 à 1890. Parmi elles, des paysages saisissants, en phase avec le tourment intérieur de Van Gogh qui passa douze mois dans l’asile de Saint-Paul-de-Mausole, aux portes de Saint-Rémy. Mais aussi la fameuse Maison Jaune (« La Rue »), où l’artiste vécut à Arles, et des portraits émouvants comme celui de son jardinier Patience Escalier (Portrait d’un paysan) ou de sa voisine Augustine Roulin (La Berceuse).
L’exposition célèbre aussi l’acquisition par le musée, il y a exactement un siècle, de deux peintures majeures de Van Gogh : La Chaise de Vincent et une version des célèbres Tournesols. Celle-ci se trouve accrochée aux côtés d’une autre de ces représentations de tournesols venue de Philadelphie – une première depuis que l’ensemble a quitté le studio arlésien de Van Gogh en 1889 ! Une exposition remarquable donc, et un vibrant hommage à la créativité exceptionnelle de l’artiste au crépuscule de sa vie.
Van Gogh: Poets and Lovers
Du 14 septembre 2024 au 19 janvier 2025
National Gallery • Trafalgar Square • Londres
www.nationalgallery.org.uk
Claude Monet, Charing Cross Bridge, la Tamise, 1903
Huile sur toile • Coll. musée des Beaux-Arts, Lyon • © Lyon MBA – Photo Alain Basset
La Courtauld Gallery met à l’honneur un autre grand maître : Claude Monet (1840–1926), en rassemblant, pour la première fois en 120 ans, un ensemble de 21 vues impressionnistes de Londres. Jamais une exposition n’avait été dédiée à cette série, démarrée à la faveur de séjours de Monet à Londres entre 1899 et 1901, et terminée dans son studio de Giverny. L’artiste découvre alors la ville en hiver : il est fasciné par le fameux fog, produit de l’industrialisation du XIXe siècle, qui offre une large palette de tonalités.
Il peint une centaine de fois la Tamise, les ponts qui la traversent, et les chambres du Parlement qui la bordent. Dès 1904, 37 de ces peintures font l’objet d’une exposition parisienne que l’artiste espère réitérer à Londres l’année suivante. Hélas, ce projet restera lettre morte. Aujourd’hui, 18 des œuvres qui devaient figurer dans la sélection sont données à voir à la Courtauld Gallery, consacrant ainsi les ambitions avortées de l’artiste, et ce à quelques encâblures seulement du Savoy Hotel, où Monet réalisa la plupart de ces œuvres. Un événement !
Monet and London. Views of the Thames
Du 27 septembre 2024 au 19 janvier 2025
Courtauld Gallery • Strand • WC2R 1LA
courtauld.ac.uk
Illustration de Marguerite de York agenouillée devant le Christ ressuscité
© British Library Board
Que signifiait être une femme au Moyen Âge ? C’est la question à laquelle tente de répondre la British Library à la faveur d’une exposition unique, qui explore le quotidien des femmes en Europe de 1100 à 1500, et ce de leur point de vue. Car, des exploits guerriers à l’art et la littérature, l’histoire de cette époque nous est parvenue presque exclusivement au masculin, cantonnant les femmes à un rôle mineur, largement stéréotypé. La Bibliothèque nationale du Royaume-Uni propose de redécouvrir cette période au travers cette fois des mots des femmes qui l’ont vécue, grâce à de nombreux manuscrits, documents et objets.
Des figures plus ou moins connues sont à l’honneur, telles que Jeanne d’Arc et son génie militaire, Christine de Pizan, première femme de lettres ayant vécu de sa plume en Europe, Trota de Salerne, pionnière de la gynécologie, ou encore Shajar Al-Durr, souveraine égyptienne qui défit le roi Louis IX lors de la septième croisade. Quelle influence les femmes exerçaient-elles dans la sphère privée, le domaine public, le monde des arts ou encore la vie spirituelle ? À quels défis étaient-elles confrontées et quels combats ont-elles menés ? Rares sont les institutions qui se sont penchées sur ces questions passionnantes, qui résonnent aujourd’hui avec force.
Medieval Women: In Their Own Words
Du 25 octobre 2024 au 2 mars 2025
British Library • 96 Euston Road • NW1 2DB
www.bl.uk
À gauche, « Head VI » de Francis Bacon (1949). À droite, « Autoportrait, 1973 » (1973)
Coll. Southbank Centre, Londres / Coll. particulière • © The Estate of Francis Bacon © ADAGP, Paris 2024 / Photo Prudence Cuming Associates Ltd. Arts Council
La National Portrait Gallery consacre sa première exposition au peintre britannique des chairs torturées, Francis Bacon (1909–1992). Sans surprise, l’institution se concentre, en une cinquantaine de peintures, sur le genre qui a fait sa renommée : le portrait, des années 1940 jusqu’aux dernières années. Si à ses début, l’artiste en reprend les codes traditionnels (positionnement de trois quarts, fond sombre), il s’en éloigne rapidement en figurant des visages qui crient ou se déforment, la tête enfermée dans une cage de verre ou encore squelette apparent. Des peintures qui sonnent comme un écho à la souffrance du monde d’après-guerre. Bacon s’amuse aussi à détourner des chefs d’œuvre classiques comme le Portrait d’Innocent X de Diego Vélasquez (1650) ou le Peintre sur la route de Tarascon de Vincent van Gogh (1988), lequel lui inspire d’ailleurs l’emploi de couleurs vives.
À partir du milieu des années 1950, Bacon tourne peu à peu son regard vers ses proches, de ses mécènes à ses amis, comme le peintre britannique Lucian Freud, et amants, tel Peter Lacy à qui il consacre un magnifique triptyque en 1962. Des années 1960 à la fin de sa vie, les portraits de Bacon deviennent de plus en plus intimes et poignants, notamment l’autoportrait qu’il peint en 1973 après la mort d’un autre amant, George Dyer. La National Portrait Gallery donne aussi à voir de rares photos de sa collection, figurant Bacon sous l’objectif d’éminents photographes tels Cecil Beaton ou Bill Brandt. Ne ratez pas cette plongée au fond de l’âme humaine.
Francis Bacon: Human Presence
Du 10 octobre 2024 au 19 janvier 2025
National Portrait Gallery • Saint Martin's Place • WC2H 0HE Londres
www.npg.org.uk
David Mansell, Jayaben Desai, 1977
Photographie argentique • Coll. particulière • © David Mansell, reportdigital.co.uk
La Tate Britain invite à explorer l’évolution de la photographie au cours d’une décennie tumultueuse au Royaume-Uni, les années 1980. Rigueur thatchérienne, émeutes raciales, grève des mineurs, conflit en Irlande du Nord, Sida ou encore gentrification : le parcours de 350 clichés montre comment les photographes témoignent et réagissent à une actualité sociale, politique et économique brûlante. En ces années de révolte, l’objectif devient un puissant outil d’activisme politique, mais aussi un incroyable vecteur de représentation sociale, de différence culturelle, de diversité de genre et d’expression artistique.
Juxtaposant des noms célèbres, comme Martin Parr ou Paul Graham, à d’autres dont le travail est de plus en plus reconnu, comme Maud Sulter, Mumtaz Karimjee ou Mitra Tabrizian, l’exposition explore enfin l’influence qu’aura l’esthétique de cette décennie sur les stars montantes de la suivante, tels Wolfgang Tillmans et Jason Evans. Elle ravira les fans des années 1980 autant que les amoureux de la photo – notamment argentique.
Croquis présenté dans l’exposition « From Catwoman to Corpse Bride: 600 items from the world of Tim Burton come to the Design Museum » à Londres
© Tim Burton
Non content d’envahir nos écrans avec son dernier opus, Beetlejuice Beetlejuice, Tim Burton (né en 1958) investit aussi le Design Museum cet automne, à la faveur d’une large rétrospective. Riche de plus de 600 objets, l’exposition nous plonge au cœur de l’univers du célèbre réalisateur : une foule de dessins expressionnistes réalisés depuis l’enfance témoigne du processus créatif de Burton. Les visiteurs pourront ainsi découvrir les ébauches des personnages de Mars Attacks! (1996) ou encore du chapelier fou d’Alice au pays des merveilles (2010). Costumes, accessoires et décors de films sont aussi de la partie. Les fans retrouveront ainsi l’inoubliable accoutrement de Johnny Depp dans Edward aux mains d’argent (1990), la combinaison en latex de Catwoman dans Batman, Le Défi (1992) ou encore la tenue portée par Jenna Ortega lors de sa scène de danse devenue culte dans la série Mercredi (2022). Autre moment fort : la reconstitution de l’atelier du réalisateur, et un film spécialement conçu pour l’occasion. L’exposition termine à Londres son tour du monde, après s’être installée dans 14 villes et 11 pays en dix ans. Alors si vous aimez le regard décalé de Burton, ne ratez pas cette occasion de traverser la Manche : l’exposition ouvre le 25 octobre, juste à temps pour Halloween !
The World of Tim Burton
Du 25 octobre 2024 au 21 avril 2025
The Design Museum - London • 238 Kensington High Street • W8 6ND Londres
designmuseum.org
Hew Locke, « The Watchers » au British Museum, 2024
© ADAGP, Paris 2024 / Photo Richard Cannon
Le British Museum, dont les liens avec le passé colonial du Royaume-Uni ont été largement critiqués, a confié à l’artiste guyano-britannique Hew Locke (né en 1959) le soin d’explorer sa collection d’objets africains, indiens et caribéens. L’exposition vise à examiner le pouvoir de l’ancien Empire britannique, tout en abordant la question épineuse de l’héritage culturel. Deux années durant, Locke et sa compagne, également directrice de studio, Indra Khanna ont fouillé le musée et ses collections, avec l’aide de plus de vingt conservateurs, pour finalement en extraire 150 objets qui questionnent l’histoire impériale anglaise, mais selon la perspective personnelle de l’artiste. Fils d’un sculpteur guyanien et d’une peintre anglaise, Locke a grandi en Guyana.
Son œuvre interroge cette tension permanente entre la société britannique contemporaine et son passé colonial. Des sculptures, spécialement créées par l’artiste pour l’occasion, se mêlent à la collection permanente ; intitulées The Watchers (« les Observateurs »), elles fixent les visiteurs invités à interagir avec l’exposition, comme pour les pousser à s’interroger sur leur relation à ces objets, à leur charge symbolique et historique. Sous les feux de la critique depuis quelques temps, le British Museum décide de s’y confronter sans détour. Alors, opération marketing ou remise en question réussie ? Le défi est de taille.
Hew Locke what have we here?
Du 17 octobre 2024 au 9 février 2025
British Museum • Great Russell Street
www.britishmuseum.org
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