Événement incontournable pour les professionnels de la photographie comme pour les amateurs, Paris Photo a repris ses quartiers au Grand Palais éphémère jusqu’au 12 novembre, réunissant 150 galeries venues de 21 pays du monde.
Au programme des réjouissances : des œuvres historiques, à l’image des envoûtants portraits de Julia Margaret Cameron repérés sur plusieurs stands en écho à son actualité parisienne, mais aussi bien sûr le meilleur de la création contemporaine, qui comprend cette année encore une belle moisson de jeunes talents. Sans oublier la nouveauté de cette année : un « secteur digital », consacré aux nouvelles technologies.
Sur le stand de la galerie Galerie RX & Slag, un panorama de la falaise de Bâmiyân, 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Embrasser en un regard des siècles d’histoire malmenés par la folie des hommes, voilà l’ambition de Pascal Convert sur le stand de la galerie RX & Slag, qui présente à l’entrée de la foire un monumental panorama de la falaise de Bâmiyân en Afghanistan, dont les célèbres bouddhas datant de l’ère préislamique furent détruits par les talibans en 2001. Réalisés à partir de photographies en très haute définition et de scans 3D, les tirages argentiques qui composent cette imposante fresque de près de vingt mètres de long dévoilent, dans les moindres détails, la beauté meurtrie de ce paysage également menacé par le dérèglement climatique : un grand et beau moment d’émotion.
Galerie RX & Slag
Stand A18
Vue du stand de la galerie Lumière des roses, 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Il y a cent-vingt ans, Auguste et Louis Lumière créaient l’autochrome ! La galerie Lumière des roses célèbre ce procédé révolutionnaire en réunissant sur son stand un ensemble exceptionnel de microphotographies de fécule de pomme de terre des célèbres frères inventeurs (qui permettent d’obtenir les fameux autochromes), mais aussi de très belles plaques représentant notamment de pittoresques paysages bretons à l’aube du XXe siècle. Le reste du stand vaut aussi le détour, car comme à son habitude, cette galerie montreuilloise spécialisée dans la photographie vernaculaire a réuni sur ses cimaises de magnifiques clichés d’anonymes (des années 1880 aux années 1960) qui dialoguent avec des noms historiques (William Klein, Sergueï Eisenstein, Étienne Carjat…) : un véritable coffre aux trésors !
Lumière des roses
Stand A08
Les photographies de Ren Hang sur le stand de la galerie Stieglitz19, 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Changement radical d’ambiance sur le stand qui jouxte Lumière des roses. Venue de Belgique, la galerie Stieglitz19 présente un remarquable accrochage en forme d’ode à la jeunesse et à la liberté avec les œuvres des Chinois Ren Hang, Pixy Liao, Lin Zhipeng et de la jeune photographe d’origine tchèque Marie Tomanova. Tous ont pour point commun de briser les tabous liés à la nudité, au désir et à la sexualité. Tantôt allégoriques (comme ce majeur manucuré pénétrant une clémentine) ou explicites, voire carrément cru, leurs travaux explorent l’intimité avec une énergie vitale et féroce.
Stieglitz19
StandA06
Vue du stand de la galerie Hans P. Kraus Jr., 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Difficile de rester de marbre face à la beauté envoûtante du stand de la galerie new-yorkaise Hans P. Kraus Jr., spécialisée dans la photographie du XIXe et du début du XXe siècle. Dans la pénombre, on se laisse ensorceler par la grâce magnétique d’un portrait de jeune fille en Circé par Julia Margaret Cameron (actuellement exposée en majesté au Jeu de Paume), mais aussi par les paysages intemporels de photographes dits « primitifs » (Joseph Vigier, Henri Le Secq…), sans oublier l’exceptionnelle réunion de tirages originaux du pionnier William Henry Fox Talbot qui côtoient un merveilleux cyanotype d’Anna Atkins : un fascinant voyage dans le temps.
Hans P. Kraus Jr.
Stand C10
La galerie Bildhalle présente les photographies de René Groebli et Ilona Langbroek, 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Sur le stand de la galerie Bildhalle, on est d’abord irrésistiblement happé par la pureté des images de la photographe Ilona Langbroek. Inspirées de son histoire familiale dans les colonies néerlandaises, ses mises en scène évoquent la beauté silencieuse des œuvres de Vermeer ou de Hammershøi, à laquelle répondent les instants volés mélancoliques de la série « The Eye of Love » du photographe suisse René Groebli, capturés dans l’intimité de chambres d’hôtels lors de sa lune de miel à Paris au début des années 1950. D’une poésie folle, cet accrochage fait aussi la part belle à l’étrange. En témoignent les visions magiques de Paul Cupido, véritables haïkus visuels qui dialoguent habilement avec les œuvres de Casper Faassen, comme nimbées d’un épais brouillard…
Bildhalle
Stand D03
Vue du stand My Tv Girls par Chistian Berst, 2023
Photos Maurine Tric pour BeauxArts.com / © Atelier Obermant
Tout a commencé en 2007, à la mort d’un certain Tom Wilkins, collectionneur. Dans sa maison de Boston, où s’entassent toutes sortes d’objets, ses héritiers retrouvent une mystérieuse boîte portant la mention « My TV Girls ». À l’intérieur, ils découvrent douze albums rassemblant quelque 911 Polaroid d’apparitions télévisées de femmes, toutes soigneusement légendées et classées. Wilkins avait aussi glissé dans cet improbable ensemble un autoportrait tout aussi étonnant, où il apparaît grimé en femme, le visage dissimulé par son appareil. Qui était vraiment ce mystérieux collectionneur ? Pour tenter de résoudre l’énigme, rendez-vous sur le stand de la galerie Christian Berst, dont la scénographie immersive (avec reconstitution du salon du photographe amateur) est particulièrement réussie !
Christian Berst
Stand A25
The Anonymous Project au stand de la galerie Magnin-A, 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Depuis 2017, The Anonymous Project, initié par le collectionneur Lee Shulman, rassemble des clichés de milliers d’anonymes américains pris dans les années 1950 et 1960. C’est dans ce fond prodigieux qu’Omar Victor Diop a puisé la matière de cette série présentée sur le stand de la galerie Magnin-A. Un repas de Thanksgiving, une soirée entre amis… : avec un humour irrésistible, l’artiste s’est incrusté sur les clichés de cette middle class blanche et insouciante, pour mieux faire ressortir l’absence de diversité au sein de la société américaine, alors violemment ségrégationniste – drôle et grinçant.
Magnin-A
Stand B28
La galerie Albaran Bourdais présente les photographies d’Alberto García-Alix, 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Figure incontournable de la scène contemporaine espagnole, Alberto García-Alix est notamment reconnu pour ses portraits qui incarnent, dans un élégant noir et blanc, l’esprit subversif de la Movida. La galerie Albarrán Bourdais présente ici quelques-unes de ses œuvres historiques aux côtés d’images extraites d’une récente série – un ensemble de chefs-d’œuvre du musée du Prado photographiés en double exposition. Accrochés par paire, à la manière de diptyques, ces grands formats forment un récit visuel des plus troublants, où différents espaces-temps s’interpellent et se répondent par un geste, un motif… Une expérience qui confine au sublime.
Albarrán Bourdais
Stand E01
Vue du stand de BMW Art Makers, 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Lauréates du programme de mécénat BMW Art Makers, qui récompense chaque année un duo artiste-curateur, la photographe Eva Nielsen et la commissaire Marianne Derrien proposent, dans le secteur Curiosa dédié à l’émergence, une exploration de phénomènes climatiques et géologiques pleine de mystère… À partir de superpositions d’images sérigraphiées, dont certaines imprimées sur de grands voiles, Eva Nielsen recompose un paysage hybride et mouvant – celui de la Camargue, où cohabitent ruralité et industrie. Un panorama onirique qui témoigne tout en subtilité de l’intensité des phénomènes naturels de cette région.
BMW Art Markers
Stand G02
Hoda Afshar sur le stand de Milani Gallery, 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Photographiées de dos ou de profil, sans jamais tout à fait dévoiler leur visage, de jeunes femmes vêtues de noir se tressent mutuellement leur longue chevelure brune. D’une infinie délicatesse, cette série de la photographe Hoda Afshar présentée sur le stand de la galerie Milani rend hommage à la jeune Mahsa Amini, morte à 22 ans en septembre 2022 après sa violente interpellation par la police des mœurs de Téhéran pour avoir laissé dépasser quelques mèches de cheveux de son voile. Comme Hoda Afshar, Iranienne réfugiée en Australie, les modèles des photographies portent en elles les valeurs et le courage des manifestantes qui risquent leur vie au nom de la liberté.
Milani Gallery
Stand SC10
Paris Photo 2023
Du 9 novembre 2023 au 12 novembre 2023
Grand Palais Éphémère • 2 Place Joffre • 75007 Paris
www.grandpalais.fr
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