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PORTRAIT

Philippe Cognée, la peinture dans la peau

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Publié le , mis à jour le
Jusqu’au 16 juillet au musée Bourdelle et tout l’été aux côtés des Nymphéas à l’Orangerie ou au musée de Tessé du Mans : le peintre Philippe Cognée est immanquable ! Celui qui s’est fait remarquer dans les années 1990 avec sa peinture à l’encaustique, livre au grand jour ses secrets de fabrication et sa vision critique, distanciée, de notre monde contemporain.
Portrait de Philippe Cognée
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Portrait de Philippe Cognée, 2022

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© Laurent Édeline

De la cire d’abeille, du film plastique et un fer à repasser. Philippe Cognée (né en 1957), c’est avant tout une pratique hors norme : sur une toile marouflée sur bois, il peint grâce à un mélange de cire fondue, de colorants et de résines qui durcissent rapidement en séchant – un procédé hérité des portraits funéraires de l’Égypte romaine. Puis par-dessus, il pose un film plastique et vient appuyer au fer à repasser la cire qui s’étale et trouble l’image. En décollant le rhodoïd, des accidents se créent, des arrachements, des glissements de matière. « C’est souvent une révélation. L’image obtenue devient le fantôme de l’image originale », explique-t-il lors de notre visite au musée de Tessé, à une heure en train de Paris.

Là, sont exposés un échantillon varié de ses tableaux à la cire. Des fleurs fanées, des autoportraits, des paysages, des architectures dans un accrochage monographique qui complète sa rétrospective au musée Bourdelle et sa brève intervention au musée de l’Orangerie, où des séries de foules et de forêts dialoguent avec les Nymphéas de Claude Monet. Car son traitement du motif tient presque de l’impressionnisme : « Enlever la netteté au sujet, c’est ouvrir le champ de l’imagination et de la mémoire. C’est aussi, par cet écart à la réalité et en laissant la matière se réorganiser pour l’exprimer, affirmer la force et la puissance de la peinture », précise-t-il, partageant avec le mouvement du XIXsiècle non pas l’obsession de la lumière mais cette volonté de « rendre vivante la peinture », dont parlait Pierre Bonnard.

Philippe Cognée, À gauche, un des panneaux du triptyque “Supermarché” (2003-2004). À droite, vue de l’installation “Nodules” (1991)
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Philippe Cognée, À gauche, un des panneaux du triptyque “Supermarché” (2003-2004). À droite, vue de l’installation “Nodules” (1991)

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Encaustique sur toile marouflée sur bois ; Terre de brique cuite • 200 x 153 cm ; 200 x 100 cm • Coll. Claudine et Jean-Marc Salomon, Annecy • © Philippe Cognée, ADAGP, Paris 2023 / Photo courtesy de l’artiste et de TEMPLON Paris-Bruxelles-New York

À l’exposition du Mans, l’artiste en vient même aux mains, touchant ses œuvres devant nos yeux, la paume au contact de la cire.

Alors il expérimente, tâtonne à la manière d’un physicien, absorbé par une pratique gestuelle, abstraite et spontanée, puis par une peinture épaisse, pâteuse et trouée, comme s’il avait voulu percer la matière. Son tableau devient une peau, tantôt dure ou molle, lisse ou fripée, brillante là où l’intervention du film plastique se devine encore, rugueuse sur les traces de raclures. À l’exposition du Mans, l’artiste en vient même aux mains, touchant ses œuvres devant nos yeux, la paume au contact de la cire. On décèle alors le sculpteur qui, dès les années 1980, taillait à la tronçonneuse d’énormes têtes humaines en bois – des volumes inspirés des figures africaines de son enfance.

Le Bénin, comme un rêve obsédant

Philippe Cognée, Tête d’homme
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Philippe Cognée, Tête d’homme, 1989

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Bois d’iroko peint à l’encaustique • 29 × 27 × 24 cm • Courtesy de l’artiste et TEMPLON, Paris-Bruxelles-New York © Philippe Cognée, ADAGP, Paris 2023 / Laurent Edeline

Car Philippe Cognée a vécu douze ans au Bénin (jusqu’à ses dix-sept ans) où son père était instituteur. Il se rappelle encore des essaims surgissant des termitières qui lui ont inspiré ses peintures de foules d’où jaillissent des touches colorées comme un all-over. Ou la sensation des pluies torrentielles qui l’a guidé vers une peinture plus gestuelle. Cet ailleurs, lointain, exotique, parfois violent, marque tout son travail. Il en parle avec poésie, comme d’un rêve obsédant.

À son retour en France en 1974, il s’inscrit à l’École des beaux-arts de Nantes (sa ville de naissance), en sort diplômé en 1982, puis expose rapidement en galeries ses peintures au style primitif, peuplées d’animaux, de végétaux, de figures totémiques… Quelques années plus tard, en 1990, il reçoit le prestigieux prix de Rome et rentre en résidence à la Villa Médicis. Une consécration. C’est là, dans ce palace Renaissance juché sur une colline romaine, qu’il met au point sa technique à l’encaustique, née de son désir d’intégrer la photographie dans son travail.

Philippe Cognée, Entre chien et loup
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Philippe Cognée, Entre chien et loup, 2023

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Peinture à la cire sur toile marouflée sur bois • 274 x 600 cm • Courtesy TEMPLON, Paris - Bruxelles - New York © Philippe Cognée Adagp, Paris, 2023

Car avant d’utiliser sa peinture à la cire, Cognée projette sur sa toile une photographie (récemment, ce sont plutôt des images tirées de vidéos ou de Google Earth) dont il redessine les contours : paysages, portraits, tableaux de maîtres, supermarchés, fleurs, barres d’immeubles, containers, foules, carcasses, vanités… Ses tableaux procèdent toujours d’une mise à distance face à l’image, « une totale indifférence » qui lui permet d’altérer sans vergogne, de flouter et de déconstruire par sa technique au fer à repasser.

Une forme de mélancolie face l’instabilité du monde

Après une grande rétrospective au musée de Grenoble, des expositions au château de Versailles et de Chambord, il se transforme même en copiste en 2015 avec son « Catalogue de Bâle », une série d’un millier d’œuvres achevée en deux ans, qui reproduit le catalogue édité par la foire Art Basel. Son protocole est strict : il repeint sur format A4, par de grossières touches, chaque page de ce livre recensant galeries et artistes. Au musée Bourdelle, ces peintures se consultent dans un parcours labyrinthique, nous forçant à lire avec recul la scène artistique contemporaine, ses inévitables effets de mode et son aspect mercantile.

Philippe Cognée, Le catalogue de Bâle
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Philippe Cognée, Le catalogue de Bâle, 2013–2015

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Courtesy de l’artiste et TEMPLON, Paris-Bruxelles-New York © Philippe Cognée, ADAGP, Paris 2023 / Bertrand Huet-Tutti

L’on comprend alors que cette destruction volontaire des images, ces exercices aussi de re-peinture, sont le reflet d’une inquiétude sous-jacente, d’une forme de mélancolie face à notre monde instable et excessif. Peut-être même d’une profonde angoisse – celle que crient ses autoportraits, intimes et bouleversants, « pour moi le sujet le plus troublant », avoue-t-il, puisqu’il s’agit là de sa propre image dégradée, de sa peau écorchée. Une pulsion de mort, laisse-t-il suggérer lors de notre visite, qui permet d’entrevoir toute sa vulnérabilité. Et l’artiste soixantenaire de se montrer en homme au service de sa peinture. Ad vitam æternam.

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Philippe Cognée

Du 15 mars 2023 au 4 septembre 2023

www.musee-orangerie.fr

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Philippe Cognée, le réel sublimé

Du 13 mai 2023 au 5 novembre 2023

www.lemans.fr

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Philippe Cognée. La peinture d’après

Du 15 mars 2023 au 16 juillet 2023

www.bourdelle.paris.fr

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