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Depuis ses treize ans, Picasso est féru de journaux illustrés, passionné par Spirou et les Pieds nickelés. Il se fait même envoyer les aventures de Little Jimmy durant ses vacances d’été ! C’est sûrement cette passion pour les origines du neuvième art qui orientera son trait libéré, vif et spontané, puissamment narratif. Dès 1903, il livre l’« Histoire claire et simple de Max Jacob » soit une planche en sept cases contant la réussite de son ami poète. Plus tard, en 1937, Picasso dénoncera la dictature de Franco à travers dix-huit cases gravées. Au musée Picasso, renversement de situation : les dessinateurs contemporains font de l’artiste un héros de bande dessinée. Pour l’illustratrice Catherine Meurisse, c’est l’occasion de reprendre un célèbre passage du film d’Henri-Georges Clouzot (Le Mystère Picasso) où le peintre dessine sur un mur invisible. Cette fois, ce sont des cases de BD qu’il trace à la craie !
Pablo Picasso et Catherine Meurisse, “Histoire claire et simple de Max Jacob” et “Histoire claire et simple de Pablo Picasso”, 1903 et 2020
Dessin à la plume et encre et pastel • Photo Mathieu Rabeau / RMN- Grand Palais / Musée national Picasso, Paris / © Succession Picasso, 2020 / © Catherine Meurisse
Le Minotaure, le faune, la jument… Que d’êtres mythologiques et surnaturels peuplent l’imaginaire de Picasso ! Une mine d’or pour les dessinateurs rêveurs telle la graphiste Marina Savani, gagnante du prix Jeunes Talents du festival d’Angoulême en 2016 et 2019. De son joyeux coup de crayon elle a recouvert deux murs du musée : tantôt l’artiste Minotaure entraîne dans une danse furieuse son épouse Olga à l’allure de cheval, tantôt une « bande de mi-diables mi-boucs », faune, poisson et centaure, envahissent Vallauris, demeure méditerranéenne de l’artiste où il se perfectionne à l’art de la céramique. Bonheur familial et créativité débordante y règnent, accompagnés d’un bestiaire picassien rocambolesque.
Marina Savani, Fresque « Pablo et Olga », 2020
© Marina Savani
Reconnue comme la plus grande œuvre tragique du XXe siècle, dénonçant le bombardement le 26 avril 1937 de la ville basque par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, Guernica, monument de la peinture, ne cesse de hanter les auteurs de bande dessinée. Pour Edgar P. Jacobs, auteur de Blake et Mortimer, l’immense tableau est un symbole intemporel de l’horreur des massacres et des conflits humains. Propulsé dans le futur, son professeur Mortimer découvre, au cours du tome 9, les vestiges d’une civilisation décimée, dont il ne reste sur les murs que des fragments de Guernica. Un profil féminin implorant le ciel, un cheval agonisant, des portraits aux yeux désaxés… L’œuvre est le seul souvenir d’une société exterminée.
Edgar P. Jacobs, Le Piège diabolique – Guernica, 1962
Encre • © Éditions Blake & Mortimer / Studio Jacobs ( Dargaud – Lombard s.a), 2020
« Quand je vois une femme de Picasso pleurer, je pleure aussi ! » confie le maître de la bande dessinée érotique italien Milo Manara. Plutôt adepte des plastiques idéalisées, il fait ici partie de ceux qui rendent hommage à l’art saisissant de l’Espagnol. Ébranlé par sa période bleue à laquelle il dédie toute une histoire contemporaine, l’auteur oriente son intrigue autour du Vieux Guitariste, toile peinte par Picasso vers 1903–1904. Un tableau bouleversant, figurant son ami Carlos Casagemas, suicidé quelques temps plus tôt à la suite d’une déception amoureuse. C’est d’ailleurs ce violent traumatisme qui décidera le maître espagnol à s’orienter vers une palette de tons bleus, les tons d’une terrible mélancolie.
Pablo Picasso et Milo Manara, “Le Vieux Guitariste” et “Periodo Blue”, 1903-1904 et novembre 1980
Huile sur toile et encre sur papier • 1,23 m x 83 cm • © Succession Picasso / Huberty & Breyne Gallery
Fervent admirateur de Picasso, l’auteur récompensé Art Spiegelman (Prix Pulitzer avec Maus) se livre à un hommage loufoque en peignant un visiteur halluciné, le cou allongé et difforme à la vue d’un tableau du maître. Se serait-il lui-même représenté, en personnage picassien au milieu d’une foule interrogatrice (qui compte un sosie de Tintin) ? Sans oublier que le portrait admiré n’est autre que l’Homme au chapeau de paille et au cornet de glace (1938), figurant Vincent van Gogh… Voilà qui situerait l’auteur de BD dans la lignée des grands maîtres de l’histoire de l’art !
Pablo Picasso et Art Spiegelman, « Homme au chapeau de paille et au cornet de glace » et « The Plastics Art », couverture pour The New Yorker, 30 août 1938 et 19 avril 1999
Huile sur toile et gouache • Photo Mathieu Rabeau / RMN- Grand Palais / Musée national Picasso, Paris / © Succession Picasso, 2020
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