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Depuis sa découverte, il y a 30 ans, la grotte Chauvet ne cesse de fasciner autant qu’elle passionne les scientifiques. Véritable carrefour de recherches, le site mobilise un panel de disciplines – archéologue, paléontologue, ichnologue (spécialiste des traces et empreintes), géologue, généticien, anthropologue…
Une exposition à la Cité des sciences et de l’industrie nous révèle les grandes questions qui entourent la grotte Chauvet et auxquelles des experts cherchent à répondre. L’occasion d’un petit bilan des indices déjà collectés mais aussi d’esquisser cette entreprise scientifique.
Pénétrer dans ce patrimoine mondial de l’UNESCO (l’authentique, pas sa réplique Chauvet 2) n’est pas donné à tout le monde ! À vrai dire, à personne, puisque la vraie Chauvet est fermée au public depuis sa découverte le 18 décembre 1994. Seule une poignée de scientifiques est autorisée à entrer dans ce Saint des saints de la Préhistoire.
Salle du Fond de la Grotte Chauvet
Photographie Stéphane Jaillet (CNRS) / équipe Grotte Chauvet. © Ministère de la Culture
La Cité des sciences s’appuie sur douze portraits de spécialistes, aux profils très divers allant de la géomorphologie à la photogrammétrie – une technologie permettant de réaliser des modèles 3D à partir de photos réalisées dans la grotte… On y scrute même l’acoustique ! Le choix d’une équipe pluridisciplinaire remonte à 1998 et a été mise en place par Jean Clottes, premier directeur de recherches.
Détails d’un prélèvement sur tracé pariétal pour datation 14C
Photographie Carole Fritz (CNRS) / équipe Grotte Chauvet. © Ministère de la Culture
Sauf à de rares exceptions, les chercheur·euses n’ont pas le droit de fouiller, mais uniquement d’observer et de procéder à quelques minutieux prélèvements ; le tout seulement sur quatre semaines par an, pas plus, que l’on regroupe au mois de mars – en cette période, le CO2 à l’intérieur de Chauvet est moins élevé que le reste de l’année où il y est 100 fois plus concentré dans l’air.
Le défi annuel des scientifiques s’accomplit chaque année en souplesse quand, équipés d’un casque, d’un baudrier, d’une combi et de chaussures spéciales, ils se faufilent à travers un conduit vertical de dix mètres de haut débouchant sur la première salle de la grotte. Le reste du temps de l’exploration, il faut prendre garde à bien rester sur la passerelle de 60 centimètres. Essayez de prendre des photos avec une lourde perche : vous verrez, ce n’est pas évident !
Panneau dit « des chevaux » à la grotte Chauvet
Photographie Carole Fritz (CNRS) / équipe Grotte Chauvet. © Ministère de la Culture 09 :
On imagine l’émotion que provoque la vision du plus ancien ensemble d’art pariétal connu en Europe. Dans l’obscurité, des rhinocéros, des mammouths, des lions, des bisons, des chevaux, une cavalcade animale surgissant sur les parois… Peints et gravés, ce millier de dessins bouleversants remonte, selon les dernières datations, à – 38 000 ans (presque deux fois plus que sa cousine de Lascaux dont les œuvres sont vieilles de 20 000 ans).
Vue de l’exposition « Grotte Chauvet, l’aventure scientifique » à la Cité des Sciences et de l’Industrie, Paris
© Arnaud Robin / Cité des Sciences et de l’Industrie 2024
Si on a longtemps vu dans ce décor une sorte « d’enfance de l’art », où l’humain aurait commencé à appréhender les techniques artistiques, les scientifiques s’accordent aujourd’hui à voir s’y exercer le rapport au monde des humains préhistoriques. « Les hommes et les femmes qui ont réalisé ces dessins ont fait preuve d’une grande maîtrise de diverses techniques artistiques, c’est une composition réfléchie », souligne Carole Fritz, commissaire scientifique, en pointant la manière dont la paroi est utilisée, les différentes couleurs de pigments (crayon d’hématites, charbon de bois, calcaire…), les contrastes et les superpositions dont les auteurs ont été capables. « On est face à un savoir-faire, une culture qui se transmet », affirme la responsable de l’équipe de recherche de la grotte Chauvet depuis 2018.
Si Chauvet a conservé ses trésors dans d’exceptionnelles conditions, c’est grâce à un éboulement à l’entrée, il y a 21 500 ans. « Ces millénaires passés sans contact avec l’extérieur ont miraculeusement créé une atmosphère propice, à la manière d’un glacis pour une peinture, qui va permettre de conserver les œuvres », explique Carole Fritz.
Antoine Laurent, archéologue et géomaticien dans la grotte Chauvet
Photographie Thomas Sagory (MC-MAN) / équipe Grotte Chauvet. © Ministère de la Culture
Cette cavité a vu passer des humains du Paléolithique mais aussi quatorze espèces d’animaux dont on a retrouvé les os. En majorité, il s’agissait d’ours des cavernes. Sur les 4 500 ossements, 95 % sont ceux de cet ancêtre lointain de l’ours brun, une bête pesant près de 400 kg. Ils ont aussi laissé de nombreuses autres traces, telles que des empreintes ou des poils. Pour se convaincre encore, les scientifiques ont aussi fait parler des coprolithes – comprenez des excréments fossilisés. Pensez un instant aux grondements qui emplissait cet endroit obscur… Pour frissonner, filez à la Cité des sciences où l’ambiance sonore de Chauvet a été reconstituée !
Grotte Chauvet – L’aventure scientifique
Cité des sciences et de l'industrie
Du 15 octobre 2024 au 11 mai 2025
Adresse : 30 Avenue Corentin Cariou • 75019 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
Un film remarquable au planétarium pour entrer dans la grotte Chauvet
La grotte Chauvet – hors du temps
Le planétarium de la Cité des sciences et de l’industrie offre une belle plongée dans les entrailles de Chauvet grâce au film (d’une durée de 30 minutes) réalisé par le photographe Raphaël Dallaporta (né en 1980), rare privilégié à avoir pu descendre dans la grotte en 2015. Ces images, tournées au plus près des dessins, brossent à 360° un panorama vertigineux et intemporel par le choix du noir et blanc pour faire ce voyage de près de 38 000 ans. Un moment suspendu porté par la douce voix de l’autrice-compositrice-interprète Barbara Carlotti, qui peut tout à fait se vivre en famille (à partir de 12 ans).
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