Bestiaire fabuleux, scènes de chasse à la théâtralité époustouflante, symboles énigmatiques… Émouvants témoignages des hommes (et des femmes) de la Préhistoire, les grottes ornées ne cessent de fasciner, et certaines n’ont d’ailleurs pas fini de livrer tous leurs secrets. Si elles sont au nombre de 350 dans le monde, c’est en France que l’on en compte le plus : 186 !
De Lascaux, la bien nommée « chapelle Sixtine de l’art pariétal » à la Cueva de las Manos (Argentine), aux parois couvertes de plusieurs centaines d’empreintes de mains en négatif, en passant par les grottes de Leang-Leang (Indonésie), dont l’une renferme la plus ancienne peinture figurative connue, embarquez pour un tour du monde aux confins de l’humanité et de la création.
La grotte de Lascaux II, reconstitution du site préhistorique et grotte ornée classés au patrimoine mondial de l’UNESCO
© hemis.fr / Bertrand Rieger
On la surnomme la « chapelle Sixtine de l’art pariétal », et sa superbe n’a rien à envier à ce joyau de la Renaissance. Célèbre dans le monde entier, la grotte de Lascaux (Dordogne) est la plus importante des grottes ornées. Elle compte ainsi quelque 2 000 peintures réalisées il y a environ 18 000 ans. Il s’agit principalement de représentations d’animaux – des chevaux, des bisons, des cerfs ou encore des aurochs. Découverte en 1940 par quatre adolescents et un chien, puis ouverte au public en 1948, la grotte a dû fermer sur décision d’André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles en 1963. Victimes de ce que l’on appellerait aujourd’hui le sur-tourisme, ses peintures avaient commencé à gravement se détériorer… Inauguré en 2016, le site de Lascaux IV, centre international de l’Art pariétal, reproduit l’intégralité de la grotte.
Lascaux IV, centre international de l’Art pariétal
Avenue de Lascaux, 24290 Montignac-Lascaux
Plus d’information sur le site de Lascaux IV
Le panneau des chevaux de la réplique exacte de la grotte Chauvet en Ardèche
© hemis.fr / Photo Marc Dozier
Le 18 décembre 1994, Jean-Marie Chauvet, alors en charge de la surveillance des grottes ornées de l’Ardèche, s’embarque avec Éliette Brunel (viticultrice) et Christian Hillaire (employé à EDF) dans une sortie de spéléologie au pied du Pont d’Arc. Il fait alors une découverte saisissante : une grotte aux murs ornés d’un incroyable bestiaire vieux de 36 000 ans (soit 18 000 ans de plus que Lascaux). Certaines représentations, à l’image de la panthère, du hibou et du bœuf musqué, sont uniques dans l’art pariétal paléolithique. Ce qui frappe ici, c’est surtout la grande théâtralité et l’impression de mouvement qui émanent de ces scènes de chasse ou de combat entre rhinocéros. À cette époque reculée, les artistes faisaient déjà preuve d’une technique parfaitement maîtrisée, qu’il s’agisse de gravure au silex, de peinture par soufflage de pigment ou de dessins au charbon de bois. Pour préserver ses merveilles, la grotte Chauvet n’a jamais ouvert au public. Une réplique accueille, quant à elle, les visiteurs depuis 2015.
Chauvet 2
4941 Route de Bourg St Andéol, 07150 Vallon-Pont-d’Arc
Plus d’informations sur le site de Chauvet 2
Les peintures rupestres de la grotte ornée préhistorique d’Altamira
© hemis.fr / Photo Franck Charton
Lorsqu’il a découvert la grotte d’Altamira (Espagne) en 1868, Marcelino Sanz de Sautuola n’avait pas tout de suite remarqué la présence de peintures pariétales. Cette deuxième découverte, en 1879, il la doit à sa fille, alors âgée de huit ans, qui se serait exclamée « toros ! » en pointant la voûte de la grotte ! Datant d’environ 14 000 ans, ces représentations ne figurent pas de taureaux, comme le pensait la fillette, mais plutôt des bisons des steppes, des cerfs, des sangliers et des chevaux. Marcelino Sanz de Sautuola, qui s’est empressé de partager sa découverte, s’est malheureusement heurté au scepticisme des historiens de l’époque. Il ne sera réhabilité qu’après sa mort. Comme Lascaux, la grotte d’Altamira a souffert du tourisme et est désormais totalement fermée au public, qui peut en revanche visiter une réplique située à proximité.
Grotte d’Altamira
Avenida Marcelino Sanz de Sautuola, s/n, 39330 Santillana del Mar, Cantabria, Espagne
Plus d’information sur la grotte d’Altamira
Les premières peintures rupestres datent d’environ 8 000 avant J.C dans l’abri-sous-roche de Bhimbetka en Inde
© hemis.fr / Photo Christophe Boisvieux
Situé en Inde, dans l’état du Madhya Pradesh, le site tentaculaire de Bhimbetka a été découvert en 1957 par l’archéologue indien Vishnu Shridhar Wakankar, et comprend 600 abris-sous-roche situés sur des dizaines de collines. Il attire aujourd’hui les touristes surtout venus admirer ses peintures rupestres vieilles de 10 000 à 12 000 ans. Outre les nombreuses représentations d’animaux (éléphants, bisons, tigres, antilopes, chiens, lézard…), on trouve aussi un remarquable ensemble de figures humaines, stylisées à l’aide de formes géométriques simples et immortalisées dans des scènes de chasse, de danse… et même des scènes érotiques !
Bhimbetka
Madhya Pradesh 464990, Inde
Plus d’informations sur Bhimbetka
Les empreintes de main rupestres de la Cueva de las Manos en Argentine
© hemis.fr / Photo Christian Heeb
800 : c’est le nombre d’empreintes de mains relevées dans cet abri-sous-roche situé en Patagonie (Argentine), lui ayant donné son nom – la Cueva de las Manos. Comme réalisées au pochoir, ces émouvantes traces en négatif côtoient des scènes de chasse. Les fouilles et datations au carbone 14 ont révélé que ces représentations, réalisées à partir de pigments minéraux naturels, avaient été peintes à des époques différentes : il y a environ 13 000 ans pour les plus anciennes, et 7 000 ans pour les fameuses mains. Outre leur beauté parfaitement conservée, ces peintures rupestres livrent un témoignage exceptionnel de la vie des chasseurs-cueilleurs de Patagonie. Certains animaux représentés, tel le guanaco, sont toujours présents dans la région.
La Cueva de las Manos
Santa Cruz Province, Argentine
Le panneau des chevaux en période de hauteur moyenne de l’eau. On peut remarquer la disparition de matière et même le creusement de la paroi dans la partie basse de la tête du cheval 001 (le plus à gauche de la photo)
© MC DRAC SRA PACA / Photo Michel Olive
Des pingouins dans les calanques ? Vous ne rêvez pas ! Il y a 25 000 ans, ces derniers étaient bien présents dans la région, tout comme les aurochs, les bisons, les chamois… C’est ce dont témoignent les parois de la fabuleuse grotte Cosquer, découverte en 1985 près du cap Morgiou à Marseille, par le scaphandrier professionnel qui lui a donné son nom. Sa particularité ? Il s’agit de l’unique grotte ornée au monde dont l’entrée se trouve sous la mer ! Ses fabuleuses peintures pariétales, que le public peut aujourd’hui admirer dans une réplique bâtie au pied du Mucem, datent de deux époques différentes : il y a 27 000 ans et 19 000 ans. Outre un impressionnant bestiaire, elles comprennent aussi des empreintes de mains peintes en positif ou négatif (dont des mains d’enfants !), et plus de 200 signes géométriques. Certaines de ces représentations n’ont pas encore livré tous leurs secrets…
Cosquer Méditerranée
Promenade Robert Laffont, Esp. J4, 13002 Marseille
Plus d’informations sur la grotte Cosquer
Peinture de sanglier à Leang Tedongnge, Sulawesi datée de 45 500 ans
© Maxime Aubert / Griffith University / Afp
Situées au sud de l’île Sulawesi, en Indonésie, les grottes de Leang-Leang (qui signifie « nombreuses grottes » en makassar, un dialecte austronésien) ont récemment fait parler d’elles. En juillet dernier, des chercheurs ont en effet révélé avoir découvert, dans la grotte de Leang Karampuang, la plus ancienne peinture figurative au monde : un cochon sauvage rouge, peint il y a 51 200 ans ! Si cette représentation avait déjà été mise au jour en 2017, sa datation a été revue à la hausse par les scientifique grâce à leurs outils toujours plus performants. Les autres grottes qui composent le site archéologique de Leang-Leang recèlent, elles aussi, de bien des trésors, dont des empreintes de mains en négatif.
Parc archéologique Leang-Leang
Leang-Leang, Bantimurung, Maros Regency, South Sulawesi 90561, Indonésie
Plus d’informations sur Leang-Leang
Les symboles peints dans la grotte de Magoura
© Wikimedia Commons / Photo Vislupus
Si la grotte de Magoura, située dans le nord-ouest de la Bulgarie, est célèbre, c’est non seulement pour sa longueur (2,5 kilomètres !) mais aussi bien sûr pour ses peintures rupestres datant du Mésolithique et du Néolithique – soit 8 000 à 6 000 ans avant notre ère. Celles-ci représentent surtout des scènes de chasse, mais aussi des scènes religieuses et des divinités : c’est un cas unique dans les Balkans ! Les archéologues ont également retrouvé sur place les ossements d’espèces préhistoriques telles que des ours et des hyènes des cavernes. Fait amusant : l’une des galeries de la grotte est utilisée pour la production d’un vin pétillant, proche du champagne.
Grotte de Magoura
3938 Rabisha, Bulgarie
L’une des inscriptions en forme de cheval retrouvées dans la grotte de Pair-Non-Pair
© CMN / Photo Olivier Huard
Découverte en 1881 par un certain François Daleau, archéologue autodidacte, la grotte de Pair-non-Pair (Gironde) est l’une des plus anciennes grottes ornées. Nulle peinture ici : elle renferme un formidable bestiaire exclusivement gravé dans la roche ! Datant de près de 32 000 ans, ce dernier est composé de chevaux, bisons, bouquetins, cerfs, mammouths, et même d’un mégacéros (sorte de grand cervidé présent en Europe pendant la période glaciaire). À ceux qui s’interrogent sur le drôle de nom de cette grotte : celui-ci provient d’un hameau voisin nommé d’après son ancien propriétaire au XVIIe siècle, le « père Pénot », et qui est devenu au fil des siècles « Pair-non-Pair ».
Grotte de Pair-non-Pair
Chem. de Pair Non Pair, 33710 Prignac-et-Marcamps
Plus d’informations sur la grotte de Pair-non-Paire
Les peintures rupestres de la grotte préhistorique de Niaux dans l’Ariège
© hemis.fr / Photo Bruno et Tuul Morandi
Située en Ariège, dans les Pyrénées, la grotte de Niaux renferme elle aussi de superbes gravures et peintures pariétales. Celles-ci datent du Paléolithique supérieur (soit environ 13 000 ans) et dépeignent tout un cortège d’animaux qui peuplaient alors la région : bisons, chevaux, bouquetins, cerfs, poissons et une belette – espèce alors rarement représentée dans l’art pariétal magdalénien. Un certain nombre d’inscriptions retrouvées sur ses parois montrent que la grotte était visitée dès le XVIIe siècle. Toujours accessible au public, elle se visite seulement par groupes de 25 personnes afin de préserver la beauté de ses trésors.
Grotte de Niaux
09400 Niaux
Plus d’informations sur la grotte de Niaux
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