Mucem

René Perrot, le maître de la tapisserie qui murmurait à l’oreille des hiboux

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Ses tapisseries ornent nos ministères et nos ambassades à travers le monde. Mais avant cela, René Perrot a d’abord eu une vie d’affichiste, de graveur et de peintre, traversant les campagnes de France sous la Seconde Guerre mondiale pour documenter une vie paysanne en voie d’extinction. À Marseille, le Mucem nous brosse le portrait de cet artiste profondément pacifiste, qui voyait son cœur comme un hibou.
René Perrot, La Nature mesurant le temps
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René Perrot, La Nature mesurant le temps, 1970 ?

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Tissage Atelier Camille Legoueix, Aubusson • Coton (chaîne), laine (trame) • Coll. particulière • © Adagp, Paris, 2023 / Photo Nicolas Roger

À l’image du mystérieux personnage de sa gouache Cortège funèbre (1948) [ill. ci-dessous], seul au milieu d’un cimetière, sous un ciel enneigé, il avait fini par enfouir la mort. Fils d’instituteurs et petits-fils d’agriculteurs, originaire du Doubs et ayant fait les Arts Décoratifs, René Perrot (1912–1979) débute comme affichiste, avant d’œuvrer, pendant la Seconde Guerre mondiale comme artiste ethnographe. Antimilitariste farouche, il montre l’absurdité des combats dans ses gravures.

Subitement, à 40 ans, il prend un tournant. Déçu de l’humanité, éprouvé par les horreurs, le sang versé, l’artiste trouve dans sa vie solitaire avec « Grisette », petite chouette chevêche recueillie blessée, réconfort et inspiration… C’en est fini de la forme humaine. Dans ses tapisseries, qui deviendront désormais son art de prédilection à partir des années 1950, Perrot se concentre sur la nature. Dans la laine et le coton, il tisse une véritable symphonie de couleurs qui exalte les arbres, les fleurs, et où s’épanouissent papillons, oiseaux, ou encore, en particulier, chouettes et hiboux.

« Mon pauvre cœur est un hibou »

René Perrot et sa chouette chevêche Grisette
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René Perrot et sa chouette chevêche Grisette, vers 1958

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Coll. particulière • D.R. / Photo Yves Inchierman

« Mon pauvre cœur est un hibou », affirme René Perrot, repiquant là un vers au poète Apollinaire, dans une tapisserie de 1963. Cette citation sert de trame au Mucem qui déroule dans une rétrospective inédite le parcours d’un créateur singulier en près de deux cents dessins, peintures, productions tissées et objets. Une redécouverte qui se fait grâce aux réserves du musée marseillais :  « Plusieurs centaines de ses œuvres sont conservées dans nos collections », explique Marie-Charlotte Calafat, commissaire de l’exposition avec Raphaël Bories et Alice Bernadac.

C’est la première vie de René. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’artiste travaille pour le musée national des Arts et Traditions populaires, l’ancêtre du Mucem, ce qui lui permet de ne pas trop être inquiété par le régime de Vichy : « Il faisait partie, poursuit Marie-Charlotte Calafat, d’un grand projet de documentation du monde rural traditionnel, alors en train de changer profondément, voire de disparaître. De jeunes architectes, ethnologues, designers et artistes comme Perrot ont donc été envoyés comme enquêteurs dans les campagnes françaises pour y photographier, dessiner et comprendre l’architecture, l’artisanat et les modes de vie traditionnels. »

René Perrot, Cortège funèbre
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René Perrot, Cortège funèbre, 1948

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gouache sur papier • Coll. particulière • © Adagp, Paris, 2023 / Photo Nicolas Roger

De 1942 à 1945, l’enquête de l’artiste le mène dans son village natal du Doubs, puis le Cantal et les Pyrénées-Orientales, où il rend compte en près de quatre cents peintures et gravures de ce monde rural en mutation, de son paysage à la vie quotidienne, faite d’agriculture, d’artisanat et de fêtes de villages.

Il relance la production des lissiers

Profondément attaché à la nature depuis toujours, René Perrot s’y réfugie après cette expérience de graveur ethnographe. La faune, la flore, les fonds marins et les minéraux irriguent son imagination qu’il transpose en couleurs éclatantes sur ses tapisseries.

René Perrot, Gemmes (maquette de tapisserie)
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René Perrot, Gemmes (maquette de tapisserie), 1972

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gouache sur papier • Coll. particulière • © Adagp, Paris, 2023 / Photo Nicolas Roger

À l’image de son aîné Jean Lurçat, maître de la tapisserie moderne, Perrot contribue également à la relance d’ateliers de basse-lice en Creuse. Ses quelque quatre cents cartons peints, dont on peut admirer des modèles du genre dans l’exposition du Mucem, stimulent les lissiers d’Aubusson et de Felletin (manufactures Rivière des Borderies et Pinton). Sous les mains d’or des artisans, la nature prend vie en tapisseries, exécutées pour des particuliers et des entreprises. C’est l’époque de la reconstruction où l’État, par l’intermédiaire du Mobilier national, lui passe de nombreuses commandes. Ce qui explique que les tapisseries de Perrot trônent encore aujourd’hui dans les ambassades et les ministères.

Ayant à cœur de transmettre sa passion pour la laine et le coton, l’artiste fut aussi un professeur généreux à l’École des beaux-arts de Bourges et à l’École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris. En 1979, à 66 ans, René Perrot se dérobe. Sur sa sépulture à Merlines, en Corrèze, une chouette sculptée par son ami Raymond Coulon, veille toujours sur lui.

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Mon pauvre cœur est un hibou

Du 24 novembre 2023 au 10 mars 2024

beaux-arts.cosavostra.com

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