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Reportage

On s’est faufilé dans les précieuses réserves du Mobilier national

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Publié le , mis à jour le
Quels trésors renferment les murs du Mobilier national ? Comment sont conservées les merveilles de l’histoire de France et les pièces contemporaines d’exception ? Pour le découvrir, Beaux Arts a passé la grille de cette institution, très chic garde-meuble où sont précieusement entreposés les quelque 100 000 objets destinés à l’ameublement des résidences présidentielles et des palais officiels. Visite guidée de ce lieu d’exception.
Sièges entreposés dans la réserve Perret, Mobilier National
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Sièges entreposés dans la réserve Perret, Mobilier National

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© Maurine Tric

Rendez-vous au 1 rue Berbier du Mets, à quelques pas de la Galerie des Gobelins, dans le 13e arrondissement de Paris. C’est ici, au croisement de trois petites rues et en face d’un parc, que l’immense bâtiment du Mobilier national se dresse fièrement, surmonté d’un drapeau tricolore, habillé de colonnes de style classique et marqué de lettres dorées – un look très officiel, puisque l’institution est rattachée à la Direction générale de la création artistique du ministère de la Culture. Érigé en 1936 par l’architecte Auguste Perret, il est entièrement construit en béton et rehaussé d’un ton jaune ocre qui lui confère « un air de villa méditerranéenne », se réjouit Hélène Cavalié, directrice adjointe des collections. Un écrin à la fois moderne et chaleureux…

Mais avant celui-ci, le Mobilier national a connu une multitude d’autres habitats, dont l’Hôtel de la Marine qui vient tout juste de rouvrir ses portes après une restauration de grande ampleur, ou encore avant, l’hôtel du Petit Bourbon jusqu’en 1758. La naissance de cette institution historique date de 1663, quand le roi Louis XIV et son ministre Colbert exigent d’instaurer un lieu dédié au stockage des meubles et objets de la Couronne, à leur transport et leur entretien, mais aussi aux nouvelles créations pour les édifices de l’État. Au fil de l’Histoire, l’initial « Garde-Meuble royal » prend le nom de « Mobilier impérial », puis « Mobilier national ». Désormais, ce sont environ 130 000 objets et œuvres textiles (provenant des différentes manufactures nationales comme celles des Gobelins et de Beauvais, l’atelier de dentelles d’Alençon, la manufacture de la Savonnerie, etc.) que les réserves conservent précieusement.

Entrée du Mobilier national édifié par Auguste Perret en 1936
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Entrée du Mobilier national édifié par Auguste Perret en 1936

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© Maurine Tric

« Le bâtiment est toujours aussi fonctionnel : au rez-de-chaussée, là où sont les grandes fenêtres, ce sont les ateliers. S’il n’y a pas de fenêtre, ce sont les réserves. Celles-ci sont organisées par typologie : les tapis, la lustrerie, les sièges… c’est très commode » précise Hélène en pointant du doigt les différents étages depuis la cour d’honneur, nous invitant ensuite vers la « réserve Perret » – ouverte au grand public uniquement durant les journées européennes du Patrimoine. Située au dernier étage, c’est une immense salle bétonnée remplie de meubles sous plastique. Une caverne aux trésors parfaitement rangés : sur des étagères, on y devine des fauteuils style empire, des horloges baroques, des bureaux marquetés, des trônes dorés, des banquettes tapissées…

Du trône de Napoléon au tabouret de Roger Tallon

Hélène Cavalié, directrice adjointe des collections du Mobilier national
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Hélène Cavalié, directrice adjointe des collections du Mobilier national

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© Maurine Tric

Notre guide savante, diplômée d’un doctorat en histoire de l’art et spécialisée en orfèvrerie, soulève les bâches tout en faisant cours d’histoire. Ici, un cartonnier de l’époque de Louis XIV avec marqueterie Boulle du nom de son inventeur, ébéniste du roi. Là, le trône de Napoléon Bonaparte au palais du Quirinal à Rome. Plus loin, le lit de la chambre de parade de Caroline Murat, sœur de Napoléon 1er, lorsqu’elle était propriétaire du palais de l’Élysée : c’est un sommier en bois sculpté de marguerites dorées, superposées les unes sur les autres [ill. ci-dessous]. Une merveille ! Il y a ensuite le mobilier acquis durant les expositions universelles du XIXe et XXe siècles, de plus en plus inventif et coloré. Et enfin, une partie beaucoup plus restreinte dédiée aux pièces contemporaines. Sur les étiquettes, on peut lire les célèbres noms de Philippe Starck, Jasper Morrison, Patricia Urquiola ou encore Marcel Wanders. Et voir, par exemple, les petits tabourets Cryptogramme du designer français Roger Tallon, tels des champignons bombés de tissus colorés, ludiques et intemporels, présentés en 1970 à l’Exposition universelle d’Osaka…

Lit de la chambre de parade de Caroline Murat, sœur de Napoléon 1<sup>er</sup>
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Lit de la chambre de parade de Caroline Murat, sœur de Napoléon 1er

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© Maurine Tric

Après ce panorama du XVIIIe siècle à nos jours, nous redescendons vers la dernière réserve du sous-sol, passant une tête à travers les portes des ateliers : celui de la menuiserie en siège, laissant s’évader une douce odeur de colle, puis celui de la restauration en tapisserie, exposant une magistrale tapisserie représentant Marie-Antoinette et ses enfants, d’après un tableau d’Élisabeth Vigée Le Brun [ill. ci-dessous] – exquis ! Derrière, des femmes – diplômées de l’École des Arts textiles du Mobilier national et formées dans les manufactures historiques – manipulent délicatement de longs fils sur des tables. Passons vite, il ne faut pas les déranger… Une fois arrivées au sous-sol, une dernière surprise nous attend, détachée du reste des collections rigoureusement ordonnées : la cible du Prince Impérial (fils de Napoléon III), un gigantesque carré de métal monté sur châssis, sur lequel il s’entraînait à tirer ! Improbable découverte…

Atelier de la restauration en tapisserie du Mobilier national
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Atelier de la restauration en tapisserie du Mobilier national

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© Maurine Tric

 « Nous installons une véritable collaboration avec les designers : ils ont un concept et c’est à nous de le concrétiser. »

Jérôme Bescond, directeur de l’ARC

Dans ce gigantesque espace, se trouvent aussi un petit poste de travail avec des dessins techniques, une machine à commande numérique, d’intrigantes maquettes… Tout un attirail qui sert à l’ARC, l’Atelier de Recherche et de Création du Mobilier national : créé en 1964 à l’initiative d’André Malraux, il se charge de façonner le mobilier d’après les plans de créateurs contemporains. Les tabourets colorés de Roger Tallon vus précédemment, devenus best-sellers chez la marque Sentou, sont un exemple de réalisations par l’ARC. « Nous soutenons la création actuelle en façonnant des pièces singulières. Nous installons une véritable collaboration avec les designers : ils ont un concept et c’est à nous de le concrétiser », nous explique Jérôme Bescond, directeur de l’ARC.

Armature métallique de la table du Conseil des ministres, atelier métal du Mobilier national
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Armature métallique de la table du Conseil des ministres, atelier métal du Mobilier national

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© Maurine Tric

La table du conseil des ministres doit se monter et se démonter en moins de vingt minutes, et pouvoir accueillir entre 22 et 40 personnes !

Son projet du moment ? La table du conseil des ministres, du palais présidentiel de l’Élysée ! Elle a été imaginée par des étudiants de l’ENSAMAA suite à concours lancé par le Mobilier national. Le concept : des plateaux « comme des vertèbres sur une colonne vertébrale » viennent se poser sur des tréteaux métalliques. Parce que la table doit se monter et se démonter en moins de vingt minutes, et pouvoir accueillir entre 22 et 40 personnes ! Un défi qui mobilise toute l’équipe de l’ARC. À l’atelier métal, la structure a déjà pris forme – Jérôme Bescond la manipule sous nos yeux en actionnant une charnière qui détache les modules les uns des autres, sans outil. Quant aux plateaux de la table, ils sont en cours de fabrication : « nous avons tâtonné durant deux mois avant de trouver un béton assez fin pour recouvrir les plateaux sans trop les alourdir, et leur donner cet aspect osseux souhaité par les designers » nous explique le directeur de l’Atelier, soucieux de respecter à la lettre l’idée originelle.

Une vitrine des savoir-faire français

Ce qui l’amène à innover, à expérimenter, à traquer sans relâche les partenaires adéquats : « Nous faisons uniquement appel à des firmes françaises. Par exemple, c’est une petite entreprise vendéenne qui a accepté de jouer le jeu pour nous fournir le béton des plateaux. » Voilà une mission supplémentaire du Mobilier national : soutenir les industries françaises, les métiers d’art et de création, surtout durant la pandémie de Covid-19 qui a mis nombre d’entre elles en difficulté. Pour ce faire, plusieurs mesures ont été prises : une campagne d’acquisition auprès des designers et des galeries visant à cumuler des pièces contemporaines, et un appel d’offres pour la restauration de sa collection des années 1930 à 1950, ouverte aux gainiers, bronziers, lustriers, miroitiers, ébénistes, passementiers, tapissiers, verriers… Tout un programme…

Atelier de la menuiserie en siège du Mobilier national
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Atelier de la menuiserie en siège du Mobilier national

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© Maurine Tric

De son côté, malgré ses louables engagements, le Mobilier national souffre d’un cruel manque de visibilité et de notoriété qui pèse sur ses activités. Pour y remédier : une collaboration avec l’éditeur Ligne Roset qui commercialise les meubles réalisés par l’ARC, un partenariat avec les événements de design (le Salon du meuble à Milan pour n’en citer qu’un) mais aussi la digitalisation de ses collections permettant au grand public de consulter les milliers de meubles qu’elle conserve, restaure ou prête aux monuments nationaux. Bonne initiative, puisqu’une fois de plus, l’institution s’apprête à déménager ! Et ne sera toujours pas accessible au grand public. C’est dans un nouvel écrin de 25 000 m2 dessiné par les architectes Bruther et Data que les collections devront être transférées en 2024, dans le même bâtiment que celui du Centre national des arts plastiques (Cnap), à Pantin. Quant au bâtiment Perret, inadapté aux normes de sécurité et de conservation, il ne sera plus qu’une simple vitrine historique avec sa grande réserve du dernier étage… Une nouvelle page s’écrit.

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Mobilier national

Retrouvez dans l’Encyclo : Elisabeth Louise Vigée Le Brun

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