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New York

La success story oubliée de Dorothy Liebes, celle qui a révolutionné le design avec du tissu

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Publié le , mis à jour le
Pendant une cinquantaine d’années, Dorothy Liebes n’a pas fait tapisserie ! L’Américaine a bousculé les codes usés du textile et imposé, dès l’entre-deux-guerres, son style chatoyant qui séduisait les architectes et le grand public. L’histoire d’une pionnière du design remise en lumière à New York.
Vue de l’exposition “A Dark, A Light, A Bright: The Designs of Dorothy Liebes” au Cooper-Hewitt Museum, New York
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Vue de l’exposition “A Dark, A Light, A Bright: The Designs of Dorothy Liebes” au Cooper-Hewitt Museum, New York, 2023

Dorothy… qui ? Le nom de Dorothy Liebes ne vous est sans doute pas familier. Pourtant, cette tisserande a laissé une trame solide dans l’histoire du design, influençant de nombreux domaines, de la décoration intérieure à la haute couture en passant par l’automobile ou encore les vêtements que vous portez toujours au quotidien.

Prenant la poussière depuis les années 1970, ses archives sortent de l’oubli au Cooper-Hewitt Museum de New York, qui offre une rétrospective, un livre et une exposition en ligne, placés sous le mantra de la créatrice : « A Dark, A Light, A Bright » (de l’ombre, de la lumière, de la brillance). Un parcours en 175 pièces – dont une multitude d’échantillons tissés, de vêtements, de meubles, de photos et de vidéos – qui retrace cinq décennies d’une success story, émaillée de nombreuses collaborations avec des artistes de renom, comme Frank Lloyd Wright.

Une artiste autodidacte

Dorothy Liebes dans son studio de tissage et de design textile à San Francisco
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Dorothy Liebes dans son studio de tissage et de design textile à San Francisco

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© Dorothy Liebes

Tout commence avec un petit métier à tisser rouge, presque un peu pourpre. Née en 1897 en Californie, Dorothy Wright a grandi dans une famille d’enseignants. À l’Université de San José, où elle étudie dans le but de devenir professeure, elle s’initie à la peinture. Déclic : Dorothy va plonger dans l’univers du textile. Après avoir filé à Chicago, elle s’achète un métier à tisser portable, et la nuit, entre deux cours qui la mèneront à accumuler les diplômes en art, en architecture et en design, elle apprend à tisser.

À 31 ans, celle qui vend désormais ses tissus, file le parfait amour. En 1928, Dorothy s’est mariée avec Leon Liebes, héritier d’un grand magasin de San Francisco, et voyage à l’étranger. Animée toute sa vie par la curiosité, elle continue d’apprendre et se nourrit de nouvelles techniques de tissage qu’elle découvre en France, en Suède, en Inde, au Japon… De retour aux États-Unis en 1930, elle se lance dans l’aventure : Dorothy Liebes ouvre son premier studio de tissage et de design textile à San Francisco, avec toute une armada d’assistants tisserands. Mais avec Leon, c’est déjà la fin de la romance : monsieur n’apprécie pas l’ambition professionnelle de madame. Le couple se sépare. Dorothy ne va pas se morfondre, elle fonde en 1934 Dorothy Liebes Design Inc., dont le studio s’installe à New York.

Dorothy Liebes à New York dans son studio Dorothy Liebes Design Inc.
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Dorothy Liebes à New York dans son studio Dorothy Liebes Design Inc., 1934

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© Dorothy Liebes

Sa botte secrète, son « élixir magique », dit-elle, c’est la couleur.

L’époque de l’entre-deux-guerres est difficile. Pourtant Dorothy Liebes va composer avec les restrictions sur les matières premières imposées par l’État ; mieux, en tirer parti pour nourrir sa créativité : « Autrefois, nous étions limités aux seules matières animales ou végétales : herbes, lin, coton, laine et, plus belle de toutes, la soie. Mais nous avons appris qu’il s’agit d’un monde vaste, beau et plein de ressources. Nous pouvons tisser avec un nombre illimité de matériaux : ficelles, passementerie, tresses, rubans, toile cirée, liège, bandes de bois, roseau, dentelle, papier, aiguilles de pin et cuir… »

Le « look Liebes » se retrouve aussi dans l’architecture d’intérieure

Dessiné par Donald Deskey, tapisserie Dorothy Liebes, Fauteuil Chicago
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Dessiné par Donald Deskey, tapisserie Dorothy Liebes, Fauteuil Chicago, 1938

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manufacture Royal Metal Manufacturing Company • © Art Institute Chicago / Art Resource NY

Sa botte secrète, son « élixir magique », dit-elle, c’est la couleur. Dès ses premières créations, Dorothy Liebes s’en empare. Surtout, elle y ajoute sa petite touche innovante en intégrant dans ses textiles des matériaux réfléchissants, souvent faits de fils métalliques. Cette audace fera briller sa signature : c’est le riche et coloré « look Liebes » !

Après-guerre, l’essor de nouveaux matériaux comme le nylon, le polyester, le Dacron, donne des ailes à la petite affaire de Liebes, qu’elle dirige avec une main de fer dans un gant de velours. Les carnets de commandes se remplissent avec de nouvelles collaborations, notamment des fabricants de textiles tels DuPont ou Doebeckmun Company, qui lance le Lurex, un fil métallique qu’elle va contribuer à populariser.

Dorothy Liebes, Carte d’échantillon, rubans chinois
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Dorothy Liebes, Carte d’échantillon, rubans chinois, 1947

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Coton, viscose, mélange soie-acétate, cellophane, perles de verre • Coll. Cooper Hewitt museum, New York • Photo Matt Flynn / © Smithsonian Institution

 

Les Américains de standing s’arrachent ses meubles, ses tapis, ses rideaux, ses tissus muraux.

Chatoyants et inventifs, les tissus de Liebes sont aussi très prisés dans l’architecture et la décoration d’intérieur. C’est le cas de ses rideaux et tapisseries murales, tissés à la main, que l’on voit orner le siège des Nations unies, l’hôtel Plaza de New York et habiller les bâtiments construits par Frank Lloyd Wright. Liebes recouvre aussi les fauteuils des avions, des théâtres, elle drape des paquebots et des postes radio… Les Américains de standing s’arrachent ses meubles, ses tapis, ses rideaux, ses tissus muraux.

Un monde vivant, texturé, où il ne fallait pas « craindre la couleur », leitmotiv de cette pionnière retirée du métier à 73 ans, avant de s’éteindre un an plus tard en 1972. Après des décennies d’activités, l’atelier de Liebes va fermer ses portes, et ses archives seront dispersées au sein de plusieurs musées américains, dont le Cooper-Hewitt Museum, qui lui rend pour la première fois un hommage brillant.

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A Dark, A Light, A Bright: The Designs of Dorothy Liebes

Du 7 juillet 2023 au 4 février 2024

exhibitions.cooperhewitt.org

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À lire

Le livre qui accompagne l’expo, consultez le site. 

Retrouvez dans l’Encyclo : Frank Lloyd Wright

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