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Sète, entre l’étang du Thau et la Méditerranée
© Hemis
Lundi 16 septembre. Midi. Rendez-vous sur le quai. Le soleil est au zénith, le ciel presque violet. Moment privilégié de rencontre avec la vingtaine d’artistes présents. Il n’en manque que quelques-uns sur les vingt-huit participants : quatorze Sétois et quatorze Angelinos. Pique-nique convivial sur l’étang de Thau. Le commissaire, Yann Perreau, un Français installé à Los Angeles depuis 2007, annonce que la semaine de création à venir se déroulera sur le territoire imaginaire de Set’Angeles, comme l’a baptisé l’artiste Topolino, un territoire à créer reliant Sète et Los Angeles. Car les deux villes ont plus de points communs qu’il n’y paraît : « des collines sur la mer, une culture populaire forte, le goût de la liberté et un vivier d’artistes underground, affranchis, wild and free. L’idée est que les artistes se prennent au jeu, qu’ils se déplacent et qu’ils créent sur place. Qu’il y ait des échanges, des créations in situ et peut-être même des collaborations entre les deux scènes artistiques ».
Le restaurant et espace culturel The Marcel au Rio, à Sète
© THE MARCEL/THE RIO
Mardi 17. À 18 h 30, tout le monde se retrouve au Comedia, le seul cinéma en activité de la ville. Au programme, To Live and Die in L.A. de William Friedkin (1985) et Muholland Drive de David Lynch (2001). Les discussions se prolongent tard dans la soirée autour d’un verre.
Mercredi 18. C’est le grand jour des inaugurations officielles ! À 16 h, découverte émerveillée du Rio, un ancien cinéma situé sur le quai du canal Royal, fermé depuis plus de vingt ans et qui s’est réinventé en espace de vie culturelle et de bistronomie. « J’ai eu un vrai coup de cœur pour cet endroit, confie Yann Perreau. Intéressant dans ses volumes, il faisait sens puisqu’il était connu de tous les Sétois. Cerise sur le gâteau, il était lié au cinéma, qui est l’industrie emblématique d’Hollywood ! Le cinéma s’est naturellement imposé comme thématique de Set’Angeles. » Les dix artistes américains présents ont signé les cent estampes gravées pour le coffret Sète-Los Angeles : des créations originales, dont la vente doit aider au financement de ce projet fou et expérimental.
Deux heures plus tard, une centaine de personnes parcourt le quai jusqu’au CRAC Occitanie, où est présenté 3 moving images, un triptyque vidéo d’Agnès Varda, sa dernière création. La petite grande dame aux cheveux bicolores disparue en mars dernier est dans tous les esprits, dans tous les cœurs aussi. Sa personnalité et son œuvre, tout en humanité et en modestie, est un des substrats de Set’Angeles.
Vers 18 h, l’assemblée retourne au Rio. Accompagné du musicien Tony Truant, le peintre sétois André Cervera offre à un public recueilli son Rituel initiatique pour anges de papier, mais pas que… I. Masqué, sous un arbre blanc, il déterre une peinture figurant un homme noir entouré de Blancs. Une proposition conçue à partir de l’étymologie de « los angeles » et dédiée aux minorités hispanophones des deux villes.
André Cervera, Rituel initiatique pour anges de papier, mais pas que…, 2019
© Jean-Loup Gautreau
L’on peut ensuite parcourir les différents espaces d’exposition du Rio. Au rez-de-chaussée, l’installation de Francesca Gabbiani met en scène les no men’s land de L.A.. Non loin de là, une série de petits dessins virtuoses de Jim Shaw dialoguent avec les « Renés », ces personnages inventés par son ami Hervé Di Rosa, grand représentant de la figuration libre et fondateur du MIAM (Musée des Arts Modestes) à Sète.
Performance de Joséphine Wister Faure
© Jean-Loup Gautreau
À l’étage, Agnès Varda, également référence incontournable pour la scène artistique américaine, est à nouveau célébrée. Tandis que, du balcon, se devine au sol de la salle de projection une trame recouverte par endroits de quatre triangles jaunes : ce sont celles de la topographie de Los Angeles, peintes par Armelle Caron. Un autre espace vibre aux riffs de la guitare électrique de Kim Gordon, l’égérie du groupe Sonic Youth. Enfin, une petite pièce cachée tendue d’étoffes dorées sert d’écrin aux reliquaires kitsch des divinités de la mythologie sétoise d’Aldo Biascamano. Il les a réalisées avec les jeunes filles de Vanessa Atlan, artiste française installée dans la cité des anges. C’est elle qui a eu l’idée du projet Sète-Los Angeles, qu’elle a ensuite organisé avec Sophie Dulin, Pauline Boyé et Marie Taillan. Vers minuit, une jeune femme déboule dans l’escalier du Rio, moulée dans une combinaison intégrale bleu Klein, mitraillant de peinture bleue cent gravures accrochées au mur : c’est Joséphine Wister Faure, artiste franco-américaine qui accompagnait il y a quelques années sa belle-mère Agnès Varda sur la Pointe courte. Décidément, son esprit infuse…
Jeudi 19. La Pointe courte, ce quartier de pêcheurs qu’Agnès Varda a immortalisé dans son premier film, en 1954, est justement la prochaine étape du festival. À 19 h est inaugurée la peinture murale que Barbara Carrasco a réalisé avec la collaboration de plusieurs peintres locaux : un grand portrait d’Agnès Varda accompagné des effigies de Marcel Jouet et de la famille Lubrano, protagonistes de son film éponyme. Dîner de macaronade, le plat typique de Sète, puis projection en plein air de Mur murs, tourné par Varda en 1981 et dédié aux murals des différents quartiers de Los Angeles. Il fait doux, l’ambiance est bon enfant, les artistes et le public se réjouissent, échangent… Rare moment de communion. Quelques jours après, Scoli Acosta est encore chamboulé : « Pour moi, le projet de Barbara est le cœur de la manifestation », ne cesse-t-il de répéter.
La réalisatrice Agnès Varda lors du tournage du film « Mur murs » en 1981
© Bridgeman Images
Vendredi 20. À 19 h, il y a foule sur les trottoirs étroits d’un quartier populaire de la ville. Ce soir encore, le public est au rendez-vous pour la double inauguration de la galerie Zoom et d’un nouveau volet du festival. Découverte des xylographies rock’n’roll de Jean-Marie Picard, des géométries pastel et psychédéliques sur papier du DJ Eddie Ruscha et d’une très belle frise dessinée au feutre noir par Topolino. Vers 21 h, tout le monde se dirige vers le Rio pour le concert des Sans pattes. Un son et lumière hypnotique, où évoluent Robert Combas, Lucas Mancione et Marc Duran le temps d’un morceau.
Samedi 21. À 11 h, à la librairie L’Échappée belle, rencontre avec l’Américain Percival Everett autour de son dernier roman, So much blue (Tout ce bleu), qui raconte l’histoire d’un peintre et de son tableau secret. L’homme nous livre une réflexion profonde, mais pleine d’humour, sur la création.
À 15 h, c’est à nouveau au Rio que ça se passe. Une toile blanche a été tendue dans un coin de l’ancienne salle de cinéma. Topolino commence à dessiner au feutre dans la joie et la bonne humeur. Conteur drolatique à l’accent sétois et au verbe inimitable, il soliloque en même temps qu’il peint. « En fait, c’est une arnaque, je ne suis pas peintre, je suis dessinateur… », s’amuse-t-il. Et de prévenir : « Je ne vais faire que la première moitié du tableau, je ferai l’autre à Los Angeles ! ».
Joséphine Wister Faure, Lévitation, 2019
© Jean-Loup Gautreau
Quatre heures plus tard, une centaine de personnes se retrouve sur la plage, bravant la pluie et la tempête. Le ciel est encombré de nuages gris, la mer est déchaînée et ourlée d’écume sous une lumière blanche et crue. Quand apparaît une jeune femme, vêtue d’une longue robe rose en lévitation, un mètre au-dessus d’un lit blanc posé dans le sable. Une demi-heure durant – le temps que le soleil se couche –, elle reste immobile. Seuls ses longs cheveux bruns, les volants et le ruban de sa robe volent dans le vent. Pur moment de grâce et de poésie offert par Joséphine Wister Faure. Le temps s’arrête, la soirée se poursuit, festive, à la Ola, mythique restaurant de plage qui sera démonté la semaine prochaine puis remonté au printemps, comme chaque année. Tout le monde est heureux, profite du moment présent et commence à penser à la suite : Los Angeles dans un mois et demi, du 6 au 10 novembre…
Festival Sète - Los Angeles
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