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Performance lors du festival Perform dans le Médoc, du 16 au 18 août
Photo Maurine Tric
Vendredi 16 août, 20 heures. Les longues tables installées entre les arbres du domaine de Nodris bruissent de monde. Certains convives portent des masques d’animaux, et c’est à côté d’un mouton, d’un cochon ou d’un zèbre que l’on peut choisir de s’asseoir. Ils ne parlent pas, mais prennent des poses et interagissent entre eux : d’entrée de jeu, un trouble s’installe. Ce ne sera pas un festin comme les autres… Une artiste passe entre les invités et propose de la suivre pour un Blind Walk (« Balade aveugle ») : c’est Stéphanie Varela, qui rapidement entraîne avec elle quelques visiteurs, les yeux fermés et maquillés à l’improviste de longs cils rêveurs, pour un petit tour du jardin. Une poétesse, Marianne Bottari, lit un texte au milieu des animaux masqués… Cinq minutes ont passé depuis que nous nous sommes assis, et déjà les expériences se multiplient.
Public à table lors du festival Perform 2019
Photo Maurine Tric
Un festival pensé sans démagogie – on n’effacera pas en quelques jours l’exigence et la complexité de l’art de la performance –, mais avec convivialité.
C’est la volonté même de Sarah Trouche (née en 1983), artiste à la source du projet : faire entrer la performance et ses possibles infinis dans un territoire plus friand de vin que de voyages métaphysiques, où l’art contemporain ne s’exprime quasiment pas. Le Médoc représente donc un défi, affectif toutefois car il est sa terre d’attache, le lieu de son enfance et de l’un de ses ateliers. Alors, lorsqu’on lui a offert le domaine de Nodris sur un plateau (celui-ci a été récemment acquis par le département de la Gironde pour bientôt devenir un centre culturel), elle n’a pas hésité. Elle a téléphoné à tous ses amis artistes, photographes, journalistes, a travaillé durant deux mois (seulement !) et a créé Perform. Un festival pensé sans démagogie – on n’effacera pas en quelques jours l’exigence et la complexité de l’art de la performance –, mais avec convivialité. D’où cette idée de faire débuter la soirée par un grand festin, entièrement gratuit, où public et artistes se mêlent et échangent naturellement. Le maître-mot ? « Rassembler ».
Performance chorégraphiée par Lola Mino
Photo Maurine Tric
Aux fourneaux, un ami architecte qui concocte des tajines dans de grands pots de fleurs en terre cuite, et fait cuire sur un barbecue saucisses et sardines. La discussion va bon train avec les bouteilles de vin offertes par les domaines voisins. Au centre, Bettie Nin épluche des dizaines d’oignons jaunes – laborieuse performance à laquelle les invités peuvent se joindre, histoire de pleurer un bon coup tous ensemble. Puis, à la nuit tombée, Sarah invite chacun à la suivre pour une « déambulation » dans l’obscurité.
Perfomance de Samson Contompasis
Photo Maurine Tric
On se laisse guider, avec une trentaine de personnes, par une petite lampe qui nous mène vers la première performance, venue de Californie exprès pour l’occasion : Samson Contompasis, pieds nus, montagne de muscles, frappe de toutes ses forces un sac de boxe, les mains maculées de peinture. Il explique vouloir transformer l’énergie violente de la nature en beauté… On est bien plus séduits par la deuxième étape du parcours, qui voit deux danseurs enduits d’argile évoluer sous des lampes rouges, comme dans un monde post-apocalyptique. La chorégraphie est signée Lola Mino, Sarah Trouche est à la mise en scène, et les applaudissements sont longs, sincères, éblouis.
Puis, devant une ancienne grange éclairée de flashs lumineux, le thème de la soirée (le « genre », ambivalent, politique, multiple) est parfaitement mis en scène par le jeune collectif Jactatus, qui reproduit à de multiples reprises une « photo de classe » où chacun ne cesse de changer de pose et d’atours. À dire vrai, la vedette leur est un peu volée par une toute petite fille – aussi surprenant que cela puisse paraître, ce soir les enfants sont nombreux – qui mime en sautillant les gestes d’un photographe. On sourit devant cette appropriation si singulière et spontanée ! C’est ensuite au tour de Cléophée Moser d’entrer en transe, le corps orné de mèches de cheveux, dans la lumière de phares de voiture. Le second soir, pendant lequel la déambulation se répétera presque à l’identique, d’autres artistes viendront danser avec elle, transformant cette transe en mouvement collectif.
À gauche, une performance d’Eve Gabriele. À droite, une vidéo de Nicole Tran Van Bang
Photos Maurine Tric
Ultime étape : Eve Gabriele, ancienne employée de l’établissement de strip-tease Gentlemen’s Club, embrase une barre de pole dance sous les arcades d’une ruine, électrisant le public attentif. Mais le parcours n’est pas tout à fait terminé : dans le parc, des vidéos (signées Iván Argote ou Mohamed Thara) se découvrent sur différents murs et écrans, parfois cachées dans des troncs d’arbres ou sous des guirlandes argentées, ou même projetées sur la monumentale façade du château. Il est 1 heure du matin, et de petits choux à la crème concluent ce tour ébouriffant de la performance en petit comité. Avec le ciel étoilé pour dernier décor.
Perform
du 16 au 18 août 2019
Domaine de Nodris, 1 rue du Maquis, 33180 Vertheuil
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