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Musée de l'Homme

Théo Mercier, touriste international

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Objets-souvenirs, pneus, babioles… Théo Mercier contamine jusqu’au 2 avril 2018 le musée de l’Homme d’objets incongrus et chinés, laissés tels quels ou assemblés. Portrait de cet artiste cosmopolite, plasticien et metteur en scène. Un collectionneur hors pair, qui, entre Paris et Mexico, scrute le monde contemporain mondialisé, à l’aune des vestiges du passé.
Théo Mercier
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Théo Mercier

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Courtesy & © Photo Yannick Labrousse / Picturetank

On le surnomme « le trublion de l’art » (Le Monde), « l’enfant terrible » (Télérama), ou « le Petit prince » (Libération). Une gueule d’ange, un look punk, les bras tatoués, une boucle à l’oreille et des amis musiciens branchés (Rebeka Warrior), Théo Mercier attise bien des convoitises et a l’agenda rempli. Récemment au Théâtre des Amandiers et à la Ménagerie de verre avec deux spectacles (La Fille du collectionneur et Radio Vinci Park), actuellement au musée de l’Homme à Paris et à la galerie Marso à Mexico, ce jeune trentenaire respire l’air du temps, et celui-ci le lui rend bien. Depuis qu’il a fait le « buzz » à la FIAC en 2014 avec son Solitaire – un monstre déprimé en spaghettis –, tout semble sourire à cet artiste touche-à-tout.

« J’ai pu me moquer de la gravité de l’art. Il y a une notion de jeu dans mon travail mais il n’est pas ironique. »

Formé dans une école de création industrielle à Paris, puis auprès du couturier allemand Bernhard Willhelm, afin de concevoir les costumes de scène de la chanteuse Björk, ce Parisien du 18e arrondissement rejoint en 2008 l’atelier new-yorkais d’un « géant » de l’art contemporain, Matthew Barney. À la conquête du monde des arts plastiques, Théo Mercier finit par voler de ses propres ailes et pose ses valises remplies de mille trésors d’adolescent, de babioles, dans les galeries chic et immaculées de l’art contemporain. Ludiques et incongrues, ses premières natures mortes photographiques – accumulations d’objets de type statuette de dragon, ballon de football, crâne gothique, calices et collier d’ail – détonnent.

Opération rangement

Ses expositions ont en fait des allures de freak show, d’étranges magasins de farce-et-attrapes lugubres, voire lubriques, où un nain de Blanche-Neige coexiste avec un buste antique factice affublé d’une perruque, où un mug érotique « qui bande » s’accouple avec une reproduction de buste antique qui semble tout droit sorti d’un magasin de souvenirs. Théo Mercier muséifie la culture populaire et les objets kitsch du capitalisme. Son univers est provocateur, teinté d’humour. L’artiste pondère pourtant : « J’ai pu me moquer de la gravité de l’art. Il y a une notion de jeu dans mon travail mais il n’est pas ironique ».

Théo Mercier, Back To Basics And Gender Studies
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Théo Mercier, Back To Basics And Gender Studies, 2015

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© Erwan Fichou / Bugada & Cargnel / © ADAGP, Paris 2017

Au Lieu Unique à Nantes en 2013, naissent ses premiers totems, soit des colonnes d’objets chinés qu’il anthropomorphise. Un vase ambiance 70’s porte des lunettes de soleil et un mulet. Empilés, un œuf, un visage Tiki et une statuette en toc’ forme une curieuse créature. À notre époque, où la circulation des images n’a jamais été aussi intense, Théo Mercier classifie, ordonne et assemble les représentations comme des cadavres exquis pour mieux maîtriser le réel. Et questionner notre civilisation et ses fétiches.

Bienvenue à « Byzance »

Tous ses objets, Théo Mercier les dégote en arpentant les marchés internationaux ; et il les entasse dans son atelier que ses proches ont baptisé « Byzance » : « Je les trouve en voyageant. Mes intérêts pour les produits dérivés, les masques ou encore les pièces archéologiques m’emmènent dans des pays, des lieux divers, de la boutique de gare aux marchés aux puces, en passant par des antiquaires. Enfant, je collectionnais déjà. Ce qui m’excitait était de partir à la chasse aux objets. Tel un explorateur. »

Théo Mercier, La Possession du monde n’est pas ma priorité
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Théo Mercier, La Possession du monde n’est pas ma priorité, 2015

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Roches d’aquarium • © Wilhelm Hack, Ludwigshafen / © ADAGP, Paris 2017

Avant d’être un artiste, Théo Mercier est donc avant tout un collectionneur. Sous vitrine ou sur des étagères, il aligne méthodiquement une collection de briquets érotiques, d’os à mâcher pour chien, des ruines antiques « attrape-touriste » ou encore des roches d’aquarium. « J’ai toujours voulu constituer une sorte de musée personnel et domestique », confie l’artiste. Absurdes et kitsch, ces accumulations donnent à voir les artefacts de notre époque, soit des articles anciens, des rejetons de l’économie mondiale, des produits de l’impérialisme culturel, qu’on retrouve notamment sur les étales du marché mondial du tourisme.

Théo Mercier, Collier-passeport
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Théo Mercier, Collier-passeport, 2013

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Métal • © Erwan Fichou / Théo Mercier / Adagp, Paris, 2017

C’est d’ailleurs un collier à l’apparence d’objet rituel, composé de dizaines de « porte-clés Tour Eiffel », qui nous accueille actuellement au musée de l’Homme. Cet automne, Théo Mercier a contaminé les collections permanentes de l’institution, les ponctuant ici et là de ses œuvres, dans une sorte de jeu de piste. Dans une vitrine consacrée à la Préhistoire et dans laquelle trônent des pierres et des os, on surprend un verre d’alcool, un globe oculaire, un narguilé, des pierres artificielles, un yaourt au chocolat renversé. Serait-ce donc ces goodies ou objets plastiques que notre génération léguera aux suivantes? Le jeune prodige s’interroge de fait sur les vestiges des civilisations et leur fragilité, incarnée notamment par des sculptures sur le point de tomber, « des machines à démonter le temps », selon ses mots. Comme Le Goût du néant : une amphore antique en équilibre sur un socle bancal soutient une série de sphères en plâtre.

Artiste syncrétique

Car si Théo Mercier est collectionneur, il est aussi anthropologue. Non pas sur le modèle des surréalistes, explorant les cultures extra-occidentales pour mieux sonder l’inconscient, mais un anthropologue du monde globalisé, dans lequel les images, objets et savoirs circulent : « Je m’intéresse à la provenance, aux usages, aux fabricants, à la symbolique… des objets que je mets en scène ». Jarre antique, masque africain, pneu « Good year », os… Avec lui, pas de distinction entre passé, présent, culture haute, populaire, homme occidental et non-occidental : tout se rejoint, formant un univers de représentations hybrides.

Théo Mercier, Memento mori
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Théo Mercier, Memento mori, 2016

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Pneus, fossiles, bois • © ADAGP, Paris 2017

On pourrait ainsi faire l’analogie entre le travail de Théo Mercier et les rêves d’un conservateur qui se serait emmêlé les pinceaux. Ou encore un musée imaginaire ; un musée intime, secret, et sur lequel l’artiste lève le voile dans son dernier spectacle, La Fille du Collectionneur, une suite de tableaux vivants oniriques sur les souvenirs et l’absence.

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Artiste invité : Théo Mercier, pièces rapportées

Du 5 octobre 2017 au 2 avril 2018

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