STREET ART

Une expo émouvante (et gratuite) sur un pionnier oublié du street art

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Publié le , mis à jour le
La galerie Mathgoth, dans le 13e arrondissement de Paris, rend hommage au pionnier de l’art urbain, Gérard Zlotykamien dit Zloty. Ses « Éphémères » fêtent leurs 60 ans.
Gérard Zlotykamien marchant sur le boulevard Raspail à Paris, devant son œuvre
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Gérard Zlotykamien marchant sur le boulevard Raspail à Paris, devant son œuvre, 1977

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© Archives Eliane et Gérard Zlotykamien / Courtesy Galerie Mathgoth, Paris

C’était il y a 60 ans tout pile. Gérard Zlotykamien, 83 ans, s’en souvient bien. Ça roulait plutôt pas mal pour le peintre autodidacte, en tout cas assez bien pour être invité à exposer à la 3e biennale de Paris au musée d’Art moderne, aux côtés de cinq autres jeunes artistes, notamment Eduardo Arroyo. Mais c’était sans compter la censure qui allait frapper son ami Arroyo, dont l’œuvre finira dissimulée en partie pour des raisons diplomatiques.

Face à cette injustice, Gérard Zlotykamien, alias « Zloty », prit une décision radicale : aller dans la rue pour peindre ce qu’il avait à peindre. Du pinceau enduit de noir sont nés des personnages, sorte de bonshommes auxquels l’artiste a choisi l’adjectif d’« Éphémères » pour nom de baptême.  Sans le savoir, ce qu’on nommera plus tard « street art » venait de naître !

Un gourou pour les street artistes d’aujourd’hui

Gérard Zlotykamien, Rue des rosiers à Paris
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Gérard Zlotykamien, Rue des rosiers à Paris, vers 1965

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© Archives Eliane et Gérard Zlotykamien / Courtesy Galerie Mathgoth, Paris

« Je travaille sur l’interdit », nous résume Gérard Zlotykamien, venu depuis La Rochelle, où il vit aujourd’hui, au vernissage de son exposition à la galerie Mathgoth, sise à deux pas de la BnF François-Mitterrand. Dans un espace en béton brut, le parcours retrace son rôle de pionnier dans l’art de rue en cent œuvres, avec des pièces inédites (sur toile de jute, sur palissades, même des cendres d’œuvres brûlées…), ainsi qu’un entretien filmé, ou encore une petite vitrine abritant la palette de l’artiste : des bombes de peintures qui venaient à peine d’être commercialisées quand Zloty avait 20 ans et, surtout, sa poire à lavement, sa marque de fabrique.

Il est, pour beaucoup de street artistes, de Seth à Jean Faucheur en passant par Jérôme Mesnager, presque un gourou. « Cela paraît banal aujourd’hui de peindre ou de coller dans la rue, remarque Gautier Jourdain co-commissaire de l’exposition. Mais avant lui personne ne l’avait fait ! ». Sur les nombreuses photos d’archives exposées à la galerie Mathgoth, on peut voir Zlotykamien sévir au cœur des Halles en chantier en 1972, s’épuiser dans une performance de dessin pendant vingt-quatre heures à Avignon, et ailleurs peindre sur des cartons abandonnés, des tunnels désertés, des matelas jetés sur le bitume…

Colère et injustice

Sous leur apparente simplicité, ces « Éphémères » répétés tel un logo – comme Keith Haring pourra le faire dans les années 1980 avec ses « Radiant Baby« – portent un discours sur la disparition et l’abandon, thèmes qui hantent l’artiste.

Vue de l’exposition « Gérard Zlotykamien, 60 ans d’Éphémères à la galerie Mathgoth
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Vue de l’exposition « Gérard Zlotykamien, 60 ans d’Éphémères à la galerie Mathgoth, 2023

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© Courtesy Galerie Mathgoth, Paris

À 2 ans, ce fils de juifs d’Europe de l’Est se retrouve séparé de ses parents, puis placé dans une famille d’accueil peu recommandable. À la Libération, de toute sa famille, seuls ses géniteurs sont revenus des camps. « J’ai la chance d’être toujours en colère », ajoute celui qui s’est perpétuellement intéressé aux innocents.

Telle The Napalm Girl, cette petite fille courant nue, cliché iconique de la guerre du Vietnam, à laquelle il a consacré une série de toiles : la créature « Éphémère » est blanche sur fond blanc. Disparition encore, à laquelle Zlotykamien ne cesse paradoxalement de donner chair par son geste. Pendant 60 ans, il a choisi de ne jamais se taire. Trop longtemps restée dans l’ombre, il était temps de remettre la créativité de cet artiste en lumière.

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Gérard Zlotykamien, 60 ans d’Éphémères

Du 23 septembre 2023 au 28 octobre 2023

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