Paris

Virales sur Instagram, les irrésistibles punchlines de Thomas Lélu s’exposent en galerie

Par

Publié le , mis à jour le
Chacun de ses aphorismes récolte des dizaines de milliers de likes sur Instagram. Thomas Lélu est un chineur de jeux de mots, un archiviste du langage. Mais un artiste plasticien avant tout, qui a décidé de remettre ses œuvres sur les cimaises de la galerie La Cité dans le 2e arrondissement de Paris.
Thomas Lélu, Let’s make art we can never post / I used to be a conceptual artist but I am ok now.
voir toutes les images

Thomas Lélu, Let’s make art we can never post / I used to be a conceptual artist but I am ok now.

i

© Thomas Lélu

« Today I did noting ». Comme un graffiti, la phrase est inscrite à la bombe de peinture noire sur une toile blanche, accrochée à un mur en pierres apparentes. On reconnaît immédiatement la graphie. Et le ton : absurde et désinvolte, la faute d’orthographe assumée. Son auteur ? Thomas Lélu, une véritable star sur Instagram où plus de 450 000 personnes likent et partagent ses aphorismes.

D’habitude, ils sont jetés sur une simple feuille blanche au stylo-bille bleu ou noir. Mais cette fois-ci le collectionneur de bons mots a vu les choses en grand pour faire résonner ses faux slogans et ses anti-mantras bourrés d’autodérision dans le nouvel espace de la galerie La Cité, qu’il avait ouverte en 2018. Son exposition inaugure le lieu flambant neuf et gorgé de lumière avec ses immenses verrières, dans le 2e arrondissement de Paris. Et elle ne passe pas inaperçue. Des passants s’arrêtent tous les jours pour prendre un selfie devant la vitrine recouverte d’un miroir sur lequel est inscrit : « - Morning ! – No thanks. » (Bonjour ! Non merci.).

Liké par Snoop Dogg et Madonna

Thomas Lavelle, Portrait de Thomas Lélu
voir toutes les images

Thomas Lavelle, Portrait de Thomas Lélu

i

© Thomas Lavelle

Ces mots acerbes ou réconfortants, ironiques ou mélancoliques, cela fait plus de quinze ans que Thomas Lélu y travaille. Lorsqu’il décide de les diffuser sur le réseau social adepte du visuel qui claque, le succès est au rendez-vous, évidemment. Car ces « textes doivent faire images », explique-t-il. « Mais pour arriver à cette espèce d’apparente simplicité, c’est beaucoup de ratages. Un processus lent. En fait, je suis assez bon élève contrairement à ce qu’on pourrait penser. »

Casquette Patagonia vissée sur le crâne, bomber kaki ultracool sur le dos. Sous son allure de quadra branché, Thomas Lélu a pourtant rêvé un jour de devenir un de ces artistes torturés. De vivre de vin rouge et de peinture à l’huile dans un atelier désordonné, à la Nicolas de Staël. Comment celui qui se « destinait à une pratique de peintre traditionnel » dès le plus jeune âge est-il devenu un collectionneur de calembours likés par Snoop Dogg et Madonna ?

Thomas Lélu, Today I did noting
voir toutes les images

Thomas Lélu, Today I did noting

i

© Thomas Lélu

« Je suis dans un régime pauvre, je le conçois aisément. D’une certaine façon, c’est le degré zéro de la pratique artistique, il y a un côté presque rien. »

Dès l’adolescence, le jeune Lélu expose dans des bars nantais. Vers l’âge de 18 ans, il tente naturellement les Beaux-Arts. Mais loupe la marche vers le Graal. Ses aspirations d’artiste-peintre flamboyant toujours en tête, il se rabat sur l’école des Arts décoratifs. Et c’est la révélation. « Je découvre toute une génération d’artistes : Pierre Huyghe, Pierre Bismuth, Xavier Veilhan, et aussi un apprentissage de l’art qui passe autrement que par l’atelier. J’ai des cours d’ésotérisme, d’histoire du rock… » Progressivement, sa démarche d’artiste plasticien tourné vers l’écrit se déploie. Sa carrière se lance vraiment grâce à la parution en 2002 de son mémoire de fin d’étude, Manuel de la photo ratée.

Thomas Lélu, À gauche : Being famous on Instagram is a bit like being rich at Monopoly. À droite : Sad generation with happy pictures.
voir toutes les images

Thomas Lélu, À gauche : Being famous on Instagram is a bit like being rich at Monopoly. À droite : Sad generation with happy pictures.

i

© Thomas Lélu

Assumer l’échec, la maladresse et les ratures, voilà son ambition. Il se reconnaît dans la démarche des artistes des années 1960 de Fluxus et de l’Oulipo, « avec un côté punk, destroy en plus ». Lui, l’enfant des années 1980, est influencé par la musique, la mode et la pub. Des univers autour desquels il gravite avec succès. Il sait bien que ses formules désinvoltes ne sont pas du goût de tous dans le monde de l’art, et s’approprie les critiques : « Je suis dans un régime pauvre, je le conçois aisément. D’une certaine façon, c’est le degré zéro de la pratique artistique, il y a un côté presque rien. » Un rien très subtil, et bien souvent irrésistible.

Arrow

Thomas Lélu - Today I did noting

Du 6 octobre 2023 au 12 octobre 2023

www.lacite.gallery

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi