ACTU

38 menhirs de Carnac détruits pour construire un magasin de bricolage ?

Par

Publié le , mis à jour le
Alignement de menhirs de Carnac, France
voir toutes les images

Alignement de menhirs de Carnac, France, vers 4 500 avant J.-C.

i

© Alamy / Hemis / Ian Crowson

On croit rêver : à Carnac, commune du Morbihan connue pour ses alignements de pierres dressées du Néolithique, au moins 38 menhirs situés au chemin de Montauban auraient été détruits pour ériger un magasin de la célèbre enseigne Mr.Bricolage ! « C’est totalement illégal ! », s’indigne Christian Obeltz. C’est ce chercheur carnacois spécialisé en populations néolithiques, correspondant pour la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), qui a lancé l’alerte le 2 juin dans un article publié sur le site web de l’association Sites et monuments.

« Sans doute l’ensemble du genre le plus ancien de France »

Des datations carbone réalisées en 2010 permettraient de situer leur installation « autour de 5 480–5 320 avant J.-C. »

Deux files de petites stèles en granite, se déployant chacune sur une cinquantaine de mètres de long. Ces menhirs alignés et partiellement enfouis « constituaient sans doute l’ensemble du genre le plus ancien de France », rappelle-t-il. En effet, des datations au carbone réalisées en 2010 permettraient de situer leur installation « autour de 5 480–5 320 avant J.-C. », indiquant donc qu’ils ont été érigés par des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique, plusieurs siècles avant l’ère des agriculteurs-éleveurs du Néolithique — une découverte importante, insiste Obeltz ! Au lieu d’être « broyés dans ses machines à concasser pour venir remblayer les abords du Mr.Bricolage, ces menhirs auraient pu venir alimenter le futur parcours du musée de Carnac », regrette-t-il, ajoutant que la destruction d’un site archéologique est « passible d’une lourde amende ».

En lice pour intégrer la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO

Un permis de construire en bonne et due forme avait pourtant bien été délivré le 26 août 2022 par la mairie de Carnac à la SAS Au marché des Druides pour ce chantier, alors que l’intérêt de ces menhirs semblait connu. Située aux abords du tumulus Saint-Michel, la zone était selon Obeltz référencée depuis 2015 sur l’Atlas des patrimoines, un catalogue en ligne de sites archéologiques établi par la Drac, que les élus doivent « consulter pour tout permis de construire », souligne le spécialiste. Des fouilles et des mesures de conservation avaient été prescrites par l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) suite à un diagnostic archéologique effectué en 2015, justement provoqué par une demande de permis de construire (finalement rejetée) qui avait été déposée par la même SAS. Toujours selon Obeltz, le site de Montauban était même en lice pour intégrer la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO qui concerne 397 mégalithes des rives de Carnac et du Morbihan !

L’enseigne « Mr. Bricolage » détruit plus d’une trentaine de menhirs classés, dans la zone du Chemin de Montauban à Carnac pour la construction de l’un de ses magasins
voir toutes les images

L’enseigne « Mr. Bricolage » détruit plus d’une trentaine de menhirs classés, dans la zone du Chemin de Montauban à Carnac pour la construction de l’un de ses magasins

i

© France Télévisions / Sandrine Ruaux

Pourtant défenseur du classement des mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan au patrimoine de l’UNESCO, le maire de Carnac Olivier Lepick (qui aurait reçu des insultes et des menaces cette semaine de la part de défenseurs du patrimoine) assure qu’il ignorait que la zone était référencée, précisant être « toujours attentif à ce genre de choses » et avoir « respecté la législation ». Selon lui, c’est la Drac qui aurait commis une erreur en plaçant le site en zone de prescription dans l’ancien plan d’occupation des sols (POS), mais pas dans l’actuel plan local d’urbanisme (PLU). Stéphane Doriel, gérant de la SAS qui a obtenu le permis, jure également n’avoir jamais été averti. « Si on avait su cela, on aurait fait autrement ! ».

La Drac réfute la valeur archéologique du site

« Du fait du caractère encore incertain et dans tous les cas non majeur des vestiges, l’atteinte à un site ayant une valeur archéologique n’est pas établie. »

Le 7 juin, la Drac Bretagne est enfin sortie du silence en publiant un communiqué qui remet en cause les accusations d’Obeltz. Elle y affirme que la demande de permis de 2014 avait été rejetée « pour des raisons non liées à l’archéologie » (une question de zone humide, selon la SAS concernée), et que « le terrain n’est pas répertorié parmi les zones de présomption archéologique, c’est-à-dire justifiant un avis du service régional d’archéologie ».

En 2014, toujours selon la Drac, « il était apparu que deux anciennes clôtures dissimulées dans les taillis étaient construites à partir de blocs dressés, reliés par des murets de pierres sèches. Dans l’une de ces clôtures, les blocs avaient manifestement été déplacés pour construire le muret. Il ne s’agit donc pas d’une file de menhirs en place historiquement. L’autre ensemble était plus complexe d’interprétation. Les blocs de 0,50 à 1 mètre de haut étaient implantés plus profondément dans la terre. Quatre d’entre eux présentaient des marques d’une usure en position dressée depuis très longtemps. (…) Du fait du caractère encore incertain et dans tous les cas non majeur des vestiges tels que révélés par le diagnostic, l’atteinte à un site ayant une valeur archéologique n’est pas établie ». Une conclusion qui laisse songeur au vu de l’ancienneté « inédite » des blocs soulignée par Obeltz…

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi