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Art contemporain

5 artistes lituaniennes visionnaires mises à l’honneur par la saison France-Lituanie

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Publié le , mis à jour le
Cet automne, la Lituanie et ses artistes sont à l’honneur en France, où un peu plus de 200 événements (expositions, performances, spectacles…) sont programmés dans tout le pays. Cinq artistes féminines aux pratiques radicales y sont à découvrir d’urgence.

Elles sont plasticiennes, danseuses, metteuses en scène, et parfois un peu tout cela à la fois. Elles réfléchissent sur le corps, l’environnement, l’histoire, le pouvoir, l’harmonie ou le rapport aux autres, dans des sculptures, des films, des performances, dont l’audace dit toute l’ambition politique.

Exposées au Centre Pompidou, au Frac Île-de-France ou au Carré d’Art de Nîmes, invitées à s’emparer des scènes du théâtre de la Ville ou de la Bourse de Commerce, les cinq artistes de cette sélection illustrent le dynamisme de la scène artistique lituanienne, bien représenté par cette vaste saison culturelle.

Au Carré d’art de Nîmes, les étonnants cocons colorés d’Aleksandra Kasuba

Aleksandra Kasuba, Vue de l’exposition « Imaginer le futur » au Carré d’art contemporain de Nîmes
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Aleksandra Kasuba, Vue de l’exposition « Imaginer le futur » au Carré d’art contemporain de Nîmes, 2024

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Photo Egle Zelvyte

À la pierre et au béton, aux lignes droites et aux tours rigides, Aleksandra Kasuba (1923–2019) répond par la souplesse du textile, par la douceur de la courbe et par la chaleur de la couleur. Née en Lituanie, exilée aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, l’artiste méconnue du grand public (il s’agit ici de sa première exposition importante en dehors de son pays d’origine) a imaginé des œuvres enveloppantes aux lignes organiques et à l’échelle architecturale. Comme des refuges, des chez-soi constamment recréés par une femme qui a connu la douleur de l’exil. Cette personnalité passionnante a également placé la transmission au cœur de sa pratique : en 1972, pour son œuvre Woodstock at Whiz Bang Quick City 2 (1972), elle a a façonné avec des étudiants de la New York School of Visual Arts un environnement textile dans lequel ils ont vécu tous ensemble durant dix jours…

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Aleksandra Kasuba. Imaginer le futur

Du 25 octobre 2024 au 23 mars 2025

www.carreartmusee.com

Au festival d’Automne, Lina Lapelytė et son opéra pour « dix caissières »

Vaiva Grainytė, Lina Lapelytė, Rugilė Barzdžiukaitė, Have a Good Day!
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Vaiva Grainytė, Lina Lapelytė, Rugilė Barzdžiukaitė, Have a Good Day!, 2024

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Festival d’automne, théâtre du Rond-Point

Mettre en scène un opéra sur une plage de sable où les chanteurs lyriques sont en maillot de bain (Sun & Sea, 2019), proposer à des anonymes n’ayant pas l’oreille musicale de participer à une grande performance chantée (The Mutes, 2022)… Lion d’or à la Biennale de Venise en 2019, Lina Lapelytė (née en 1984) est sans conteste l’artiste lituanienne la plus célèbre du moment. Cet automne, elle s’est emparée de la Bourse de Commerce avec The Speech, performance encore une fois hors du commun pour laquelle elle a fait venir 100 enfants et adolescents des différentes écoles primaires et collèges parisiens afin d’interroger par le son le rapport des jeunes générations au vivant. Au théâtre du Rond-Point, elle a imaginé Have a Good Day !, un opéra pour « dix caissières, des sons de supermarché et un piano », tout en phrases répétitives. Un travail généreux, qui part de la musique pour donner chair à un puissant regard sur le monde d’aujourd’hui.

Au théâtre de la Ville, le vertige envoûtant de Lora Juodkaitė

Lora Juodkaite interprètant le solo Le Secret des oiseaux chorégraphié par Rachid Ouramdane
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Lora Juodkaite interprètant le solo Le Secret des oiseaux chorégraphié par Rachid Ouramdane, 2024

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Photo Laurent Philippe / Théâtre du Châtelet

Elle tourne, et elle tourne encore… Comme une toupie, comme une feuille d’automne, la danseuse Lora Juodkaitė (née en 1978) tourne sur elle-même indéfiniment, jusqu’à provoquer le vertige chez celui qui la regarde, médusé. Elle raconte tourner au moins quelques minutes par jour depuis sa plus tendre enfance, tel un rituel intime, une prière du corps. Remarquée il y a près de 20 ans par le chorégraphe français Rachid Ouramdane, elle s’est produite sous sa direction en octobre dernier sur la scène du théâtre de la Ville, se dévoilant dans un solo conçu comme un portrait. Une démonstration de grâce et d’obsession singulièrement troublante.

Au Frac Île-de-France, l’étrange terrier d’Eglė Budvytytė

Vue de l’exposition de Eglé Budvytyté, Frac Île-de-France, Le Plateau
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Vue de l’exposition de Eglé Budvytyté, Frac Île-de-France, Le Plateau, 2024

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© Martin Argyroglo

Où sont les murs blancs et lisses, repères bien connus de l’espace d’exposition ? Eglė Budvytytė (née en 1981) a métamorphosé le Frac Île-de-France, le transformant en une sorte de terrier dans lequel on s’enfonce, jusqu’à découvrir un film surprenant mettant en scène des performeurs dans des carrières d’argile et de calcaire, au bord d’une rivière (De sang chaud et de terre, 2024). Inspirée par les recherches de l’anthropologue et archéologue Marija Gimbutas autour des cultures matrilinéaires de l’époque néolithique, l’artiste imagine une troublante réflexion autour de l’archéologie. Elle explique : « Il y a une dimension violente dans la pratique de l’archéologie. Toutes ces fouilles se situent sur la peau de la Terre où on excave et déterre des artefacts et des restes humains. Cela m’intéressait de jouer avec l’idée de restituer les figurines à la Terre, au lit de la rivière. Aujourd’hui elles vivent essentiellement dans les musées auxquels elles n’appartiennent manifestement pas. Ce n’est plus très clair où est leur place, ou bien où elles voudraient être ».

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Ėglė Budvytytė. De sang chaud et de terre (Warm Blooded and Earthbound)

Du 26 septembre 2024 au 23 février 2025

www.fraciledefrance.com

Au Centre Pompidou, au Palais de Tokyo et à Kadist, Emilija Škarnulytė

Emilija Škarnulytė, Vue de l’exposition « Les Frontières sont des animaux nocturnes / Sienos yra naktiniai gyvunai » à Kadist Paris
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Emilija Škarnulytė, Vue de l’exposition « Les Frontières sont des animaux nocturnes / Sienos yra naktiniai gyvunai » à Kadist Paris, 2024

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Photo Vinciane Lebrun / Voyez-Vous

Fascinante artiste que Emilija Škarnulytė (née en 1987), dont les œuvres sont à voir dans trois lieux parisiens. Au Centre Pompidou, elle présente Aldona (2012), promenade méditative suivant sa grand-mère malvoyante dans un parc où sont réunies des dizaines de sculptures monumentales… Qui ne sont autres que d’anciennes statues soviétiques collectées dans toute la Lituanie après la chute de l’URSS, et que la vieille femme parcourt du bout des doigts, nous emportant avec elle dans une exploration aussi intime qu’historique. Au Palais de Tokyo, l’artiste filme les coulisses de la centrale nucléaire d’Ignalina ; y rôde un serpent inquiétant, quoique étrangement sensuel dans cet univers glacé (Burial, 2022). Enfin à Kadist, l’artiste montre une odorante sculpture végétale flottant dans les airs et tournant sur elle-même (Herbaria, 2024), inspirée des jardins suspendus lituaniens. Un art infiniment sensuel et politique.

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La saison de la Lituanie en France 2024

Du 14 septembre 2024 au 6 janvier 2025

www.centrepompidou.fr

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Les Frontières sont des animaux nocturnes (Sienos yra naktiniai gyvunai)

Du 12 octobre 2024 au 5 janvier 2025

kadist.org

Les frontières sont des animaux nocturnes / Sienos yra naktiniai gyvūnai

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