Les Arches en pierre rouge et blanche de la mosquée-cathédrale de Cordoue, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO
© Alamy / Hemis / Photo Matt Parry
C’est la deuxième plus grande mosquée du monde, après celle de La Mecque… Mais les musulmans n’ont pas le droit d’y prier, du moins plus depuis le XIIIe siècle, date à laquelle le bâtiment a été consacré en cathédrale. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984, la mosquée-cathédrale de Cordoue est un parfait mélange d’architectures et de décors chrétiens et musulmans.
Les plus anciens remontent au VIe siècle et sont visibles à travers des fenêtres percées dans le sol : de superbes mosaïques aux motifs géométriques, qui appartenaient originellement à la basilique construite en 584 par les Wisigoths sur le site d’un ancien temple romain dédié à Janus, dieu des commencements et des fins.
Le pont romain de Cordoue datant du Ie siècle av. J.C avec en arrière plan la mosquée-cathédrale
© Alamy / Hemis
Au VIIIe siècle, la région passe sous domination musulmane – c’est la période d’Al-Andalus. En 787, on utilise donc les matériaux des églises détruites aux alentours pour transformer la basilique en mosquée. Durant deux siècles, celle-ci ne fait que s’agrandir, et devient une forêt de 600 colonnes en marbre… Avant d’être reprise aux Musulmans par le roi Ferdinand III de Castille en 1236, et d’être à nouveau transformée en une cathédrale majestueuse !
C’est au XVIe siècle que les chanoines choisissent de faire surgir une superbe chapelle au beau milieu de la mosquée, monument dont l’architecture, les décors fleuris et les arcs en fers à cheval sont encore nettement imprégnés de culture musulmane. Le contraste est net, puisque la chapelle associe la richesse du style gothique à la rigueur élégante de l’architecture renaissante, avec quelques traits baroques. Pas de quoi toutefois bouleverser le roi Charles Quint (1500–1558), qui, venu en visite, aurait lâché : « Vous avez détruit ce qui était unique pour faire la même chose que l’on voit partout… »
La coupole et les plafonds gothiques de la mosquée-cathédrale
© VWPics / Alamy / Hemis / Photo Pascal Saez
Or il se trompait (quoiqu’il ait tout de même autorisé la construction), puisque c’est précisément la présence de cette superbe cathédrale au cœur d’une tout aussi superbe mosquée qui fait la singularité du bâtiment ; mieux encore, la coexistence des deux ouvrages religieux témoigne de la finesse du travail des architectes catholiques, conscients (une prouesse pour l’époque !) qu’il ne fallait pas défigurer la mosquée, et réussissant à créer un dialogue inattendu mais parfaitement équilibré entre les deux.
Le patio de los Naranjos et la fontaine Santa Maria de la mosquée-cathédrale de Cordoue
© Adobe Stock / Photo Diego Grandi
Pour revivre un peu de l’époque d’Al-Andalus, qui vit une bonne partie des territoires ibériques et un peu du sud de la France être conquis par les musulmans, il faut aussi sortir de l’ancienne mosquée et se balader dans le patio des Orangers, cour entourée d’arches, où l’on profite de l’ombre bienfaisante des arbres et du clapotis léger du bassin Santa Maria. Sa petite centaine d’orangers, plantés là au moins depuis la fin du XVIIIe siècle, ses amples dimensions (50 sur 130 mètres) et son ancienneté (il date du VIIIe siècle, soit des premiers travaux de la mosquée) en font un endroit à part, rêveur.
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